L'amitié entre l'enseignant Pierre-Luc Piché et l'arbitre Frédérick L'Écuyer (à l'écran de l'ordinateur portable) fait le bonheur des élèves qui apprennent tout en s'amusant.

Y a-t-il un arbitre dans la classe?

La classe de 5e année de l'école La Providence, à Saint-Tite, ne ressemble à rien de déjà vu. Au mur, des têtes d'animaux empaillées ont l'air de surveiller les enfants du coin de l'oeil tandis que d'un simple clic, un arbitre en chef de la Ligue nationale de hockey apparaît au tableau interactif. Au programme ce matin-là: lecture d'une situation mathématiques en direct d'une chambre d'hôtel avec vue sur Time Square, à New York.
Pierre-Luc Piché, enseignant, et Frédérick L'Écuyer, arbitre, se connaissent depuis assez longtemps pour qu'on puisse les présenter comme deux bons chums. Pierre-Luc enseigne à l'école primaire et réside à Saint-Tite. Frédérick est originaire de la place. Ti-cul, il a pris place dans cette classe qui, aujourd'hui, a les allures d'un musée. Le moindre petit espace y est exploité.
Passionné d'histoire, de dinosaures, de sports, mais aussi pour l'enseignement, Monsieur Pierre-Luc est contagieux. Les élèves adorent ce prof qui réussit à leur dénicher des objets rares qui piquent leur curiosité, mieux, qui leur donnent le goût d'en apprendre davantage.
Connaissant le style d'enseignement de son ami Pierre-Luc, c'est Frédérick qui a proposé de mettre sur pied un projet de correspondance pour le moins original entre lui et les élèves de 5e année. C'était le 24 décembre 2012, sur le perron de l'église de Saint-Tite. Un an plus tôt, Frédérick avait visité son ancienne école primaire et avait remis son gilet rayé à la classe-musée de l'enseignant. En cette veille de Noël par contre, l'arbitre en chef avait encore plus à offrir: redonner ce qu'il a lui-même reçu de sa communauté pendant toute son enfance et son adolescence à Saint-Tite.
Frédérick L'Écuyer est très attaché à son patelin. «Je suis de Saint-Tite et de nulle part ailleurs», aime préciser celui qui, travail sur la route oblige, réside dans l'État de la Caroline du Nord, aux États-Unis.
Frédérick arbitre des matches de hockey depuis qu'il a 16 ans. «Au début, c'était pour me faire un peu d'argent. Ma famille n'avait pas beaucoup de sous. Mais j'aimais tellement ça arbitrer que je n'avais pas l'impression de travailler», tient à préciser celui qui n'a peut-être pas grandi dans la ouate, mais qui a hérité d'une richesse, la fierté transmise par sa mère.
À travers ses études à l'Université du Québec à Trois-Rivières en administration des affaires et en ressources humaines, Frédérick L'Écuyer a gravi les échelons du monde de hockey jusqu'à la Ligue nationale, au milieu des année 2000.
L'homme de 36 ans sait pertinemment que dans la classe de Monsieur Pierre-Luc, il y a des garçons et des fillettes qui, comme lui à 10-11 ans, ont de belles et grandes ambitions. «Je veux leur prouver que ce n'est pas parce que tu viens d'un milieu plus modeste que tu ne peux pas réaliser tes rêves. Peu importe ce qu'ils souhaitent devenir, s'ils mettent tous les efforts, tout est possible. Je veux les accrocher!», affirme-t-il au bout du fil avant de donner l'exemple d'Éric Bédard, un autre gars du coin (Sainte-Thècle) qui a cru en lui et qui a persévéré jusqu'aux Jeux olympiques.
But visé et accordé
Inspiré par le dynamisme et le don de soi de Pierre-Luc Piché - «Le genre d'enseignant que j'aurais aimé avoir quand j'étais enfant» - Frédérick L'Écuyer multiplie depuis septembre dernier ses rendez-vous hebdomadaires avec les élèves de 5e année de l'école La Providence. Grâce à la magie des appels téléphoniques via Internet, l'arbitre se pointe dans la classe et se met à discuter tout naturellement avec tout le monde. Au fil des rencontres, des liens se sont créés. Une belle complicité aussi. Frédérick reconnaît les jeunes qu'il interpelle par leur prénom. Il faut dire que très souvent, l'arbitre a fait son primaire avec leurs parents.
Parenthèse pour ceux qui n'ont pas mis les pieds dans une école depuis longtemps, sauf exception, le tableau noir poussiéreux a été remplacé par un tableau blanc interactif. Imaginez un immense écran d'ordinateur. La craie a été remplacée par une souris.
Cette semaine, Frédérick L'Écuyer s'est branché sur Saint-Tite en direct de la Grosse Pomme où il se trouvait entre deux matches à arbitrer. Grand amateur de hockey, Pierre-Luc Piché profite de la présence de son ami pour s'improviser animateur d'une tribune téléphonique. Il pose ses questions, émet des commentaires et demande à ses écoliers d'en faire autant. Bonsoir les sportifs!
Tout y passe: les hauts et les bas d'Ovechkin, la suspension de l'entraîneur Tortorella, les humeurs des fans du Canadien, les bonnes et les mauvaises punitions ... Frédérick joue le jeu avec un plaisir évident. Il leur parle de ses pantalons noirs oubliés à l'hôtel avant un match, des longues heures d'attente entre deux déplacements en avion, des vacances qu'il aime passer au lac Trottier avec sa femme Marilou Lachance (originaire de Sainte-Thècle) et leurs deux enfants (Thomas, 5 ans, et Nellie, 3 ans). Et quand une fillette veut connaître les conditions météo à New York, la réponse de l'arbitre ne se fait pas attendre.
«Tu veux voir? Suis moi!», propose Frédérick qui prend son ordinateur portable pour ensuite diriger la caméra vers une fenêtre de sa chambre d'hôtel. Les élèves se mettent sur le bout de leur chaise. Ici et maintenant, ils ont une vue imprenable sur la frénésie de Time Square, plus précisément sur l'immense enseigne du magasin de chocolat Hershey's.
Le temps de se lécher les babines et les enfants se remettent au travail. Frédérick a un problème de mathématiques à leur proposer. Les exercices sont préparés par Monsieur Pierre-Luc, un rigolo qui s'inspire du quotidien pas banal de l'arbitre, quitte à se servir du nombre de joueurs expédiés au banc des punitions pour montrer aux élèves comment calculer une moyenne.