Un film porno a été tourné pendant le dernier Festival western de Saint-Tite.

Véhicule récréatif

Pour voir un film pornographique tourné au Festival western de St-Tite, il faut se lever de bonne heure. Quickie: casting à Saint-Tite était programmé à 5 h 45 jeudi matin sur Indigo. Je ne sais pas si c'est là une juste indication de l'optimisme du diffuseur quant à son éventuel succès, mais disons qu'il n'a pas misé sur un créneau horaire champion.
C'est en pareilles circonstances que se révèle toute la valeur de l'enregistreur vidéo numérique, ne serait-ce que pour éviter d'avoir à programmer le réveil à 5 h 40 et expliquer à sa blonde qu'on doit se lever pour aller écouter un film porno. Malaise. Seulement, je n'ai pas trouvé la fonction magique permettant de programmer et le visionnement du film et son enregistrement. Réveil, donc, à 5 h 40, malaise, mais enregistrement réalisé dès le film commencé. C'est déjà ça.
L'oeuvre vaut-elle qu'on se lève à cette heure indue? J'y répondrai en indiquant simplement que je n'ai vu le nom du réalisateur ni au début, ni à la fin du film et que sa volonté d'anonymat m'apparaît parfaitement légitime.
Contrairement à ce que son titre suggère, Quickie... est passablement long. Le film dure 28 minutes mais on aurait facilement pu en couper une demi-heure sans altérer en aucune façon la trame narrative. Le scénario n'a ni queue, ni tête. Euh... disons qu'il n'a pas de tête.
Si ce n'est pour ses 30 premières secondes, tournées en extérieur devant un kiosque de vendeur de chapeaux, le film, confiné à son véhicule récréatif, est un huis clos étouffant. Particulièrement pour ses deux actrices vedettes, dont les bouches sont extrêmement sollicitées.
Le film, soyons franc, souffre de plusieurs problèmes. Primo: le scénario. L'histoire d'amour entre ces deux jeunes femmes pleines de ressources et leurs quatre partenaires, je n'y ai pas cru une seconde. Certes, le thème universel de la quête inassouvie d'affection dans notre monde déshumanisé ne m'a pas échappé, mais j'ai trouvé l'approche bêtement répétitive et terriblement prévisible. Bien sûr, les interprètes s'appliquent, avec succès, à créer des tensions, mais elles se résolvent toujours de la même façon.
Aussi, on aurait pu étoffer les dialogues. Inclure des mots, par exemple, entre les gémissements. À ce titre, la référence à La guerre du feu intrigue, mais sans convaincre. Les interprètes ont bel et bien le feu, mais au derrière. Cela dit, le réalisateur, qui qu'il soit, connaît ses classiques. Prenez ses interprètes masculins, tous masqués, sauf un. Ça ne peut manquer de faire penser aux Yeux grand fermés, le testament de Stanley Kubrick, mais sans Tom Cruise, apparemment indisponible pendant le dernier Festival western.
Arrêtons-nous à la mise en scène. En incluant régulièrement les techniciens en plein travail dans ses plans, le réalisateur propose une intéressante mise en abyme qui rappelle le Truffault de La nuit américaine. Ainsi, quand on entend deux membres de l'équipe indiquer à une des comédiennes qu'ils sortent fumer une cigarette pendant qu'elle continue de s'adonner à une fellation sur son partenaire indifférent au monde qui l'entoure, ça propose une intéressante réflexion sur l'incommunicabilité.
L'oeuvre hésite constamment entre le documentaire anatomique, la comédie de situation et le documentaire animalier. Avec les tatouages plutôt ostentatoires qu'arborent les deux actrices, on flirte même avec le dessin animé. Évidemment, le cinéma commercial actuel étant ce qu'il est, on n'évite pas le placement de produit: on a ici droit à une publicité à peine voilée pour les implants mammaires.
Côté costume, on a opté pour une approche minimaliste plutôt convenue dans les circonstances: chapeau de cow-boy pour ces messieurs et ceinture porte-canettes de bière pour Vaneska Rex. La trame sonore est lourde de sens par son extraordinaire pouvoir abrutissant. Elle est ici en parfaite adéquation avec l'ensemble de l'oeuvre.
Ma cote? 1/2 de chapeau de cow-boy, pour la référence régionale.