Alaclair ensemble a proposé un univers assez déjanté merci, avant l'arrivée de Radio Radio.

Une soirée éclectique, vous dites?

Quelle soirée éclectique, quand même. Du jazz au hip-hop en passant par le rap et quelques grands souvenirs aux accents méditerranéens, tous les chemins musicaux menaient au FestiVoix jeudi soir, avec quelques désertions dans les parages du parc portuaire, mais tout un succès du côté de la scène des Ursulines.
La soirée a débuté tout en jazz au timbre de la voix d'Emma Frank, qui a généré une ambiance aérienne dans le Jardin des Ursulines dès 18 h. Accompagnée de trois musiciens, la jeune artiste originaire de Boston a fait le pari d'offrir aux Trifluviens l'occasion de découvrir son répertoire bien à elle, un répertoire qui marie le jazz et le folk de belle manière, le tout livré avec quelques intermèdes timides de l'artiste américaine qui faisait là de très beaux efforts pour honorer notre langue. 
Très doux, comme entrée en matière. Mais vraiment. Quasi hypnotisant. Probablement trop au goût de certains qui ont migré plus tôt vers la scène des Ursulines, là où ils n'ont pas été déçus. Le public ne savait pas encore que sur les coups de 19 h, à cet endroit, ils seraient frappés d'un sérieux coup de
coeur.
Dans le programme, les gens avaient noté qu'ils étaient destinés ce soir-là à revisiter les plus belles chansons de Dalida. À entendre le murmure de surprise qui s'est fait entendre ici et là quand on a présenté au micro le nom de Fabiola Toupin, on peut en conclure que plusieurs en étaient déjà quittes pour une heureuse surprise. Et ils n'avaient encore rien entendu.
D'abord le site de la scène des Ursulines était plein. C'est qu'il est diablement populaire, ce lieu. À la limite trop petit. Et ce n'est certes pas la soirée d'hier qui allait arranger les choses. 
C'est avec Maryline Berthiaume que Fabiola Toupin a entrepris d'épouser le répertoire de la grande dame de la chanson française et les deux interprètes ont ce qu'il faut dans la voix, dans la gestuelle et dans la théâtralité pour faire honneur à Dalida.
On connaissait le profil Piaf de Fabiola Toupin. Il faut maintenant voir et entendre son profil Dalida, et témoigner de son grand art de l'interprétation quand elle s'approprie le texte de la pièce
Il venait d'avoir 18 ans. Quand elle entonne Gigi L'Amoroso, on comprend d'autant plus à quel point la Trifluvienne était faite pour plonger un jour ou l'autre dans ce répertoire. Frissons garantis, ovation bien sentie.
La revue musicale est chargée de souvenirs, qui se répercutent en chorales dans la foule ici et là au fil d'un petit bout de soirée magique. Paroles, paroles, J'attendrai, Besame Mucho, À ma manière, Bambino, Parlez-moi de lui, Ciao Ciao Bambina, les succès défilent en une vague méditerranéenne qui emporte joyeusement les spectateurs, qui les fait taper des mains ou se lever pour danser, c'est selon. 
Sur scène, les deux interprètes visitent chaque pièce avec habileté et se font féminines jusqu'au bout du petit doigt qui virevolte dans une gestuelle de circonstance. Enfin, petite touche inusitée à cette soirée, c'est le poète Jean-Paul Daoust qui est venu réciter hier un texte à l'entrée et à la sortie du spectacle, offrant un témoignage assez touchant merci à l'égard de Dalida.
C'est à cause d'eux si plusieurs sont arrivés tardivement au parc portuaire, là où le menu était chargé de rap et de hip-hop hier, dans une soirée qui nous a toutefois démontré que ces genres musicaux n'attiraient pas nécessairement les foules. 
À 20 h 30, Boogat a bien essayé de faire lever le party, mais les choses étaient ardues. Parce qu'il est brillant, tenace et qu'il est une belle bombe d'énergie sur scène, l'artiste est parvenu à provoquer les déhanchements du petit groupe massé devant la scène, et à multiplier ses mouvements jusqu'à le pousser à emprunter les mouvements commandés, mais le défi était
difficile.  
Or, à 21 h 35, quand Alaclair Ensemble a pris possession de la scène, les choses se sont compliquées encore un peu, plusieurs déclarant forfait, repliant leurs chaises et prenant le chemin de la sortie, visiblement convaincus qu'ils n'étaient résolument pas leur public cible. 
Heure de tombée oblige, je les ai rejoins docilement, sans savoir si avec un peu plus de temps, je serais parvenue à rejoindre la planète de ceux qui se démenaient à l'avant avec ce qu'ils appellent leur «hip-hop post-rigodon bas-canadien» pour parvenir à apprécier leur profil déjanté. L'histoire ne dit pas non plus si Radio Radio a réussi à ramener les choses à
22 h 40. À suivre.