Julie Boulet

Une place à prendre pour les femmes

Si la Mauricie compte peu de femmes candidates à l'élection de 2014, la région mise toutefois sur deux députées sortantes qui croient qu'il y a de la place pour les femmes en politique.
<p>Noëlla Champagne</p>
Élue sans interruption dans la circonscription de Laviolette depuis 2001, Julie Boulet se doutait bien que les femmes étaient moins présentes à cette élection. Les chiffres la désolent grandement.
«Les femmes représentent 52 % de la population. Je rêve du jour où on sera aussi représentées à l'Assemblée nationale, car les femmes ne font pas de la politique comme les hommes et c'est une plus-value.»
Mme Boulet estime que les femmes font preuve de plus de minutie, sont plus studieuses et plus soucieuses des détails. Ce souci du détail apporte une différence en bout de ligne.
«La vision des femmes n'est jamais la même que celle des hommes. C'est complémentaire. C'est un bel équilibre», croit celle qui sollicite un sixième mandat.
Noëlla Champagne présentait une allocution il y a quelques jours sur la présence des femmes en politique. Selon la députée sortante de Champlain, il faut être prêt à faire des sacrifices quand on se lance dans ce milieu.
«Ce n'est pas que c'est plus difficile que pour un homme, car chacun prend sa place dans la vie. Mais selon moi, il faut trois qualités pour faire de la politique: avoir une volonté de faire et de fer!, avoir le goût de débattre en chambre, en commission parlementaire, avec des citoyens, et avoir une santé de fer.»
La question des responsabilités familiales revient inlassablement dans la décision de se lancer en politique. Avant d'être élue députée de Champlain pour une première fois en 2003, Noëlla Champagne a été conseillère municipale dans l'ancienne municipalité de Saint-Louis-de-France.
Approchée pour un poste de conseillère, elle a refusé net en raison du bas âge de ses enfants à l'époque. Elle a attendu que ces derniers soient plus vieux avant d'accepter d'être candidate et d'être élue. Lorsqu'elle a fait son entrée en politique québécoise, sa famille était «installée».
«La femme a toujours un sentiment d'attachement familial qui est différent. Écoute, une journée classique de campagne électorale, c'est 12 heures minimum. Et je n'ai pas à aller chercher mon enfant à la garderie en fin d'après-midi. Mais Pauline Marois a fait autrement, Julie (Boulet) aussi.»
Les enfants de Mme Boulet avaient 11 et 9 ans lorsqu'elle a été élue la première fois. Elle reconnaît que la politique est un milieu très exigeant et que cela peut ralentir les ardeurs de certaines femmes. Mais elle affirme que si elle a pu concilier ses rôles de députée et de mère, d'autres peuvent le faire aussi.
«Quand j'ai commencé, j'avais une femme à la maison, mon mari s'occupait des enfants. Je faisais des leçons par téléphone. Une fois, mon fils avait besoin de souliers pour un concert de violon. J'avais dessiné le contour de son pied sur un bout de papier et j'ai magasiné des souliers à distance! Ça demande une organisation qui est différente, plus structurée. Ça prend de l'aide, un conjoint qui collabore et qui aime ça. Mais c'est tellement une expérience extraordinaire. J'aimerais que plus de femmes découvrent ce milieu. Ça se fait. Il faut avoir de l'audace, du courage, il faut se faire confiance.»
À regarder aller Noëlla Champagne, on sait tout de suite que cette femme est une véritable passionnée de la politique. Toutefois, la députée se garde de juger la décision des femmes de ne pas devenir des politiciennes.
«Il ne faut pas, dans notre mouvement féministe, rendre les femmes coupables de ne pas faire des vies super actives. Ne les rendons pas coupables parce qu'elles veulent donner du temps à leurs jeunes enfants.»