Soeur Jeanne Vanasse, à gauche, et la réalisatrice Pauline Voisard étaient réunies dans le cadre du lancement du documentaire L'oeil bleu de Jeanne au Musée des religions du monde de Nicolet, jeudi.

Une femme, trois vocations

On procédait jeudi au lancement officiel du documentaire L'oeil bleu de Jeanne de la réalisatrice Pauline Voisard consacré à soeur Jeanne Vanasse. Pour l'occasion, le Musée des religions du monde de Nicolet, «ma résidence secondaire» se plaît à dire la religieuse, s'est fait salle de cinéma pour célébrer cette femme étonnante qui aura su concilier avec un égal bonheur ses vocations de religieuse, d'artiste et d'enseignante.
Soeur Vanasse est aujourd'hui âgée de quatre-vingt-onze ans et maintient une pratique artistique régulière comme elle l'a fait au cours des cinquante-huit dernières années, depuis sa sortie de l'École des beaux-arts de Québec où elle a notamment eu Jean-Paul Lemieux comme enseignant pendant quatre ans. Pendant trente-huit ans, elle a enseigné les arts plastiques, dont vingt au Cégep de Trois-Rivières, et elle compte aujourd'hui soixante-dix ans de vie religieuse au sein de la congrégation des Soeurs de l'Assomption de la Sainte Vierge, à Nicolet.
Dans ce film tout simple, la religieuse se confie avec candeur, témoignant même des doutes qu'elle a entretenus sur sa vocation religieuse. Des doutes dont la révélation ne donne que plus de valeur à son apostolat. Mais finalement, ce qu'on retient du film, c'est la rencontre qu'il nous propose avec une personne exceptionnelle vers laquelle la réalisatrice a eu l'excellente idée de tourner sa lentille avec beaucoup de doigté et de pertinence.
On s'étonne d'ailleurs un peu que l'artiste ait acceptée de faire l'objet d'un documentaire. «Quand on me l'a proposé, naïvement, j'ai dit oui tout de suite. Maintenant que je vois le document terminé, je ressens une certaine timidité. Je me demande comment il se fait que Pauline est venue me chercher et que j'ai accepté immédiatement. En fin de compte, je lui suis reconnaissante de m'avoir donné l'occasion de dire à quel point Dieu est beau, bon et vrai. Elle m'a offert une très belle occasion de l'exprimer.»
«Pour moi, le film est un regard sur cette artiste religieuse qui a vécu beaucoup de choses et beaucoup créé, plaide Pauline Voisard. Ce que je trouvais particulièrement intéressant, c'était de l'entendre parler, raconter ses passions. Ce n'est pas une biographie mais un regard sur elle.»
«Je ne peux pas dire que j'ai eu une vie exceptionnelle, réplique Jeanne Vanasse, mais je crois avoir réussi à condenser les trois grands aspects de ma vie: ma carrière artistique, d'enseignante et ma vie religieuse. Même que ma vie religieuse m'a donné beaucoup de liberté, peut-être beaucoup plus qu'une femme ou un homme engagé dans son art avec une famille à faire vivre. Moi, je ne fais pas vivre ma communauté! C'est une vie beaucoup plus calme, propice à la réflexion, ce qui a favorisé mon développement artistique.»
L'artiste a certainement été inspirée par certains thèmes religieux comme en témoigne sa production autour de L'Apocalypse (2013) ou du Cantique des cantiques (1989). «J'envisage présentement de faire une série de tableaux sur la Génèse et je m'aperçois qu'il y a un lien d'inspiration avec le Cantique des cantiques et L'Apocalypse. Intérieurement, on est un. La Bible est toujours une parole d'amour de Dieu envers sa créature. Il l'accompagne tout au long de sa vie et l'être créé essaie de rester en union avec son créateur malgré ses passages à vide.»
Au Musée des religions, où elle a exposé trois fois depuis 1994, le directeur Jean-François Royal était ravi de souligner son attachement à l'artiste.
«C'est une artiste spéciale. Je ne suis pas originaire de la région mais j'ai rapidement compris quand je suis arrivé, le poids qu'elle a ici. Les yeux des gens s'allument quand il est question d'elle. C'est moi qui lui ai demandé de réaliser L'Apocalypse parce qu'elle n'osait même pas nous l'offrir. C'est une grande créatrice et nous sommes choyés qu'elle ait accepté d'exposer ici. On est ouvert à tout autre projet.»
Le film L'oeil bleu de Jeanne est distribué par l'organisme Vidéo Femmes, à Québec.