Dany Sirois, président de la Table médicale territoriale du CSSS de l'Énergie, croit que «pour qu'une clinique recrute, elle doit être attrayante».

«Une coop ne peut garantir l'accès à des médecins»

Le décollage difficile de la Coopérative de solidarité santé de Saint-Boniface et les sautes d'humeur de son ex-président ne sont pas passés inaperçus à la Fédération des coopératives de services à domicile et de santé Québec au cours des dernières années. Le directeur général de ce regroupement, Benoit Caron, ne considère pas que cette organisation affronte des difficultés insurmontables.
La fédération a offert des conseils juridiques au conseil d'administration de la coopérative santé de Saint-Boniface l'hiver dernier, alors qu'elle se retrouvait devant des dilemmes financiers importants. Avec l'aide accordée de la Municipalité, des membres et des médecins, la situation se redresse maintenant au point où la présidente, Sophie Milette, parle de l'avenir avec enthousiasme.
La FCSDSQ a aussi fait comprendre aux intervenants locaux que pour attirer des médecins, mieux valait la saine collaboration que la confrontation.
«Une coopérative ne peut pas garantir l'accès à des médecins à ses membres plus qu'à n'importe quel citoyen», rappelle M. Caron. «Je pense que Saint-Boniface le sait très bien maintenant.»
Les citoyens qui décident de former un organisme à but non lucratif pour héberger des professionnels de la santé ne tentent que d'offrir un environnement de travail plus attrayant, résume M. Caron.
«Les coopératives de santé ne multiplient pas le nombre de médecins», nuance le directeur général. «Mais elles favorisent la proximité et éventuellement, une offre de service plus proche que s'il n'y avait pas eu de coopérative. Si des médecins ont une ou deux journées à donner en clinique par semaine, ils ne s'embarrasseront pas de l'acquisition d'un immeuble!»
Mais on ne peut quand même pas reprocher à des personnes de s'attendre à avoir accès un jour à un médecin quand elles versent 70 $ par année à une coopérative.
«Dans une communauté, les gens investissent tous dans différentes causes», rappelle M. Caron. «Dans ce cas, c'est de maintenir un service de santé de proximité, sans pour autant assurer l'accès. Les membres contribuent à la possibilité que s'ajoutent des médecins, ce qui serait totalement impossible sans cette plateforme.»
Distribution des ressources
C'est l'Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec qui agit comme responsable de la disposition des effectifs médicaux en omnipratique dans la région.
«Nous nous assurons une répartition équitable des ressources entre les huit territoires (centres de santé et de services sociaux)», explique Gilles Hudon, directeur général adjoint à l'agence. «Pour le plan d'effectif régional 2014, deux postes avaient été accordés au CSSS de l'Énergie. Par la suite, le choix final de l'endroit où les médecins décident de s'installer leur appartient, que ce soit en cabinet privé, en coopérative ou en groupe de médecine de famille.»
La Table médicale territoriale du CSSS de l'Énergie connaît les besoins et peut guider les nouveaux médecins, qui demeurent tout de même maîtres de leur choix. Elle fait le lien entre le Département régional de médecine générale et le CSSS.
«On ne peut pas dire aux médecins d'aller à un endroit ou l'autre», convient le docteur Dany Sirois, président de la TMT du CSSS de l'Énergie. «Ce sont des travailleurs autonomes.»
«Pour qu'une clinique recrute, elle doit être attrayante», ajoute-t-il. «Chaque endroit a ses contraintes. Il faut se présenter aux médecins et essayer de se vendre.»
La solution GMF
M. Caron ne verrait pas d'inconvénient à ce que la coopérative santé de Saint-Boniface devienne un GMF... en autant que la volonté vienne des principaux intéressés.
«Je n'encouragerais pas une coopérative à exiger de ses médecins à devenir membres d'un GMF», commente-t-il. «Les situations varient d'un médecin à l'autre. Chacun a une responsabilité professionnelle.»
«Bien sûr, on souhaiterait que la grande majorité des coopératives de santé deviennent des GMF ou des satellites», ajoute-t-il. «Ça faciliterait l'offre de services, ça donnerait accès à des ressources et ça crée une dynamique bénéfique.»
Par contre, il existe des contraintes importantes en terme de patients pris en charge et de disponibilité de service le soir et la fin de semaine. Une réflexion est déjà amorcée à ce sujet au ministère de la Santé et des services sociaux.
Depuis 2012, les GMF doivent élargir leur plage horaire. En Mauricie et au Centre-du-Québec, il existe 22 GMF et 16 d'entre eux répondent présentement aux exigences d'accessibilité en heures défavorables.
«On peut présumer que d'ici juin 2015, nous aurons fait le tour des GMF et ils répondront à l'ensemble des obligations d'accessibilité, une très bonne nouvelle pour la population», assure M. Hudon.