Daniel Cournoyer

«Une attaque mesquine»

Visiblement, les relations sont loin d'être au beau fixe au conseil municipal de Trois-Rivières.
François Bélisle estime que la demande d'enquête est non fondée et dit percevoir la manoeuvre comme de l'intimidation.
 Le Nouvelliste a en effet appris que le conseiller municipal du district Sainte-Marthe, Daniel Cournoyer, a demandé une enquête au syndic du Barreau du Québec sur son confrère de Pointe-du-Lac François Bélisle, qui est aussi avocat. Une demande d'enquête que M. Bélisle estime non fondée et dit percevoir comme de l'intimidation.
Selon la demande déposée au cours des derniers jours et dont Le Nouvelliste a obtenu copie, M. Cournoyer reproche à François Bélisle des propos tenus quelques jours après l'arrestation de Jonathan Bettez dans un dossier de pornographie juvénile, et pour lesquels il n'aurait pas respecté le principe de présomption d'innocence de l'accusé.
On se souviendra que lors de l'arrestation de Jonathan Bettez pour possession et distribution de pornographie juvénile en août 2016, plusieurs entreprises privées avaient décidé de ne plus faire affaire avec l'entreprise Emballages Bettez.
La Ville de Trois-Rivières, de son côté, disait devoir honorer ses contrats au sens de la loi. Le conseiller Bélisle avait alors manifesté sur Facebook, puis dans les médias, son malaise face à cette situation et disait souhaiter que la Ville prenne une pause et analyse la situation en profondeur.
Selon la plainte déposée, Daniel Cournoyer croit qu'il s'agit là d'une atteinte à la présomption d'innocence, à laquelle l'accusé a droit. «Ses agissements et ses propos m'indisposent et minent la confiance que sa profession devrait m'inspirer», peut-on lire dans le document.
Le deuxième reproche concerne un règlement sur la vitesse sur la route 138 dans le secteur Pointe-du-Lac, qui a été proposé par le conseiller François Bélisle, et donc signé de sa main, mais qui comportait une erreur au niveau de la vitesse proposée.
M. Cournoyer fait valoir au syndic que M. Bélisle a agi «de façon dérogatoire et illégale en signant un document erroné et le sachant faux». Ce règlement avait, à l'époque, été voté de façon unanime par le conseil, pour ensuite proposer une correction à la séance suivante, correction qui n'a finalement jamais été adoptée car le tout avait été retiré de l'ordre du jour.
«De l'intimidation»
Appelé à réagir à cette plainte, François Bélisle a de son côté refusé de confirmer ou d'infirmer l'identité du plaignant, et ce, même si son nom apparaissait dans le document que nous avons obtenu. Selon M. Bélisle, il serait contraire aux règles de l'ordre professionnel pour lui d'identifier le plaignant en question.
Toutefois, il dit percevoir cette attaque comme de l'intimidation. «C'est une attaque mesquine, non fondée et tirée par les cheveux qui est teintée d'un parti pris. C'est de la politique de bas étage, voire du salissage», constate M. Bélisle.
Selon François Bélisle, le fait qu'il ait à l'occasion questionné publiquement des dossiers dérange certains de ses collègues du conseil.
«Mon engagement est avant tout celui d'être le porte-parole des gens de Pointe-du-Lac. Il se peut que ça ait déplu à des collègues. Mais selon moi, la confrontation est normale dans le cadre d'une démocratie municipale. Lorsqu'on veut sortir du rang, il faudrait subir de l'intimidation? Non, jamais», lance-t-il.
M. Bélisle estime que cette plainte n'a aucun rapport avec son travail d'avocat en droit familial qui, mentionne-t-il, est sans faute professionnelle depuis 22 ans. «Je suis très à l'aise de donner mon point de vue au Barreau et je vais le faire très rapidement. Je respecte mon ordre professionnel et j'ai confiance en son bon jugement», ajoute-t-il.
À l'approche des élections municipales, en novembre prochain, il espère que ce qu'il qualifie d'«intimidation» ne décourage pas d'autres jeunes ni d'autres professionnels qui voudraient s'impliquer en politique de faire le saut.
Procédure
Le dépôt d'une demande d'enquête au syndic du Barreau mène évidemment à une vérification des faits. Du même coup, les parties au dossier ont l'occasion de s'expliquer avant que le syndic ne rende une décision quant à la recevabilité de la plainte.
«On tente de mêler ma vie professionnelle et ma vie politique. Ici, il ne s'agit que de politique. Je n'ai jamais transgressé les règles qui régissent ma profession», assure-t-il.
Joint au téléphone, le conseiller Daniel Cournoyer n'a pas souhaité commenter l'affaire, pas plus que de confirmer ou d'infirmer s'il avait bel et bien déposé cette demande d'enquête, indiquant qu'il s'agissait d'un processus confidentiel.