Pierre Langlois, physicien, auteur et conférencier, était l'invité des Grandes rencontres du Collège Laflèche.

Un monorail au lieu d'un TGV Québec-Montréal

Le petit bout de film que montre Pierre Langlois fait rêver. On y aperçoit une structure discrète de monorail longeant l'autoroute 40, entre Québec et Montréal. Des cabines de 60 passagers y glissent à la vitesse vertigineuse de 250 kilomètres à l'heure.
Chaque cabine est alimentée par 16 moteurs-roues, une invention de Pierre Couture que l'on connaît mieux pour sa création du moteur-roue d'Hydro-Québec.
Ce moyen de transport n'est pas sujet aux aléas du climat. Pas besoin de le déneiger puisque les moteurs-roues sont complètement recouverts. Le ventre des cabines flotte à 10 mètres du sol, au-dessus de tout obstacle.
Le physicien et conférencier Pierre Langlois a déjà pris le TGV en France, où il a habité pendant quelques années. Il reconnaît qu'il a adoré son expérience. Lorsqu'il est question d'importer cette technologie au Québec, toutefois, le scientifique en lui fait un très, très long pas en arrière.
«Il y a eu deux ou trois centimètres de neige en France, cet hiver et c'était la panique pour le TGV. Imaginez une bordée de 50 centimètres», plaide-t-il.
C'est que le train à grande vitesse, comme son nom l'indique, roule rapidement, soit 360 kilomètres à l'heure. Mieux vaut n'avoir aucun obstacle sur les rails.
Mais c'est loin d'être là le seul argument qui fait pencher Pierre Langlois en faveur du monorail de Pierre Couture.
De passage au Collège Laflèche, hier, dans le cadre des Grandes rencontres, où il est venu expliquer l'importance de libérer la civilisation de sa dépendance au pétrole, le physicien et auteur y est allé de comparaisons étonnantes entre les deux technologies.
Un monorail roule certes moins vite qu'un TGV, soit 250 km/h au lieu de 360. Toutefois, explique-t-il, le monorail, grâce à ses 16 moteurs-roues, prend à peine 20 secondes pour atteindre sa vitesse de croisière et guère plus pour se mettre en arrêt à destination. Le TGV, lui, pendra 8 minutes pour atteindre ses 360 km/h et tout autant pour s'arrêter.
Au bout du compte, ces 16 minutes d'accélération et de décélération font en sorte que seulement 4 petites minutes séparent le monorail du TGV pour parcourir la distance Québec-Montréal. «Et si l'on arrête à Trois-Rivières, le monorail arrivera bien avant le TGV», renchérit M. Langlois.
Avec un monorail, ajoute-t-il, pas besoin de couper le paysage en deux. Grâce à des pylônes à tous les 60 mètres, le monorail peut franchir tous les obstacles: routes, rivières, viaducs.
La superficie des terrains à exproprier pour installer les pylônes ne représente qu'une fraction des expropriations qu'il faudrait imposer avec le TGV, fait-il remarquer.
Contrairement au TGV dont le trajet se limite à une ligne droite entre les deux villes, le monorail possède une souplesse extraordinaire. Il pourrait facilement s'amarrer sur les côtés d'un pont pour aller desservir l'autre rive.
La cerise sur la gâteau, c'est le coût de construction. Au Québec, l'implantation d'un TGV se chiffre à 28 millions $ du kilomètre, rapporte le conférencier. Pour le monorail, il en coûterait à peine 8 millions $ du kilomètre. «C'est donc 2 milliards $ de dollars pour le monorail contre 7 milliards pour le TGV», fait valoir M. Langlois.
La deuxième cerise sur le gâteau, c'est que le monorail muni de moteurs-roues est une invention québécoise qui pourrait être exportée, ajoute-t-il et générer ainsi des revenus au Québec.
Auteur du livre Rouler sans pétrole aux Éditions MultiMondes, Pierre Langlois a tenté, comme bien d'autres personnes convaincues de la pertinence du monorail au Québec, de le faire reconnaître par les politiciens et les gens d'affaires. Malheureusement, dit-il, jusqu'à présent, il n'y a pas de lobby assez fort pour faire valoir cette solution tout québécoise aux problèmes de transport du XXIe siècle.
On peut voir l'animation sur la page d'accueil de TrensQuébec au www.trensquebec.qc.ca.