Pierre Grenier

«Un miraculé parmi les miraculés»

On ne sait pas ce qui nous attend au coin de la rue. Parfois, il peut s'y cacher l'épreuve de toute une vie. Mais le beau côté de l'histoire, c'est quand la vie continue. Pierre Grenier a eu une greffe des deux poumons il y a deux ans.
«Quand on ouvre le moteur, on change tous les pistons», illustre celui qui a été 22 ans dans le domaine de l'automobile. Grâce à un donateur, aujourd'hui il respire. «Non seulement je respire: je suis en vie. On me considère comme un miraculé parmi les miraculés.»
En partant du principe que tous les greffés sont des miraculés, la récupération de M. Grenier est nettement au-dessus de la moyenne. «Quelqu'un qui a eu une récupération aussi rapide que la mienne, avec si peu de séquelles, comme c'est mon cas: ils n'ont jamais vu ça».
Les années qui ont précédé son opération n'ont toutefois pas été du gâteau. D'abord l'état physique dépérit. Puis l'attente, qui dure, qui s'éternise, sans savoir s'il y aura greffe un jour.
M. Grenier a été en arrêt de travail deux ans et demi, trois ans, pendant lesquels il a attendu l'intervention chirurgicale. «J'étais à l'oxygène, je pesais 122 livres et ça me prenait une demi-heure pour me brosser les dents. La forme, on oublie ça. Je n'en avais plus. Je me sentais comme un chien avec une laisse de 25 pieds. C'était carrément ça», témoigne-t-il, avant d'ajouter: «J'ai déjà eu 85 ans».
Autant l'attente a été longue, autant la récupération a été prompte. «Normalement, les gens qui ont une greffe des poumons, comme à l'époque où j'ai été opéré, étaient à l'unité des soins intensifs pour une durée variant entre une et trois semaines. Moi, j'ai été là trois jours», donne-t-il en exemple. A suivi un séjour à l'étage des greffés (à l'hôpital Notre-Dame), qui, normalement, est d'un à six mois. «Au bout de huit jours, ils étaient prêts à me donner mon congé.»
S'il avait eu toute la misère du monde à se brosser les dents avant la greffe, trois semaines après, il marchait son premier kilomètre sur le tapis roulant. «Deux mois après ma greffe, je faisais mon premier 20 km en vélo», renchérit cet amoureux du cyclisme.
Constatant que ç'allait bien, l'étape suivante était les Mondiaux des greffés, à Durban en Afrique du Sud, où il était inscrit aux 5 et 20 km. Comme il n'avait pas d'attente, il mettait on ne peut mieux en pratique l'adage qui dit: «L'important, c'est de participer.» Malheureusement, la veille du5 km, il a été happé par un camion. Malgré le fait qu'il était mal en point, il a participé aux deux courses.
«Le dernier kilomètre du 5 km, je l'ai fait avec une seule jambe», fait-il remarquer. Notre Tête d'affiche prend également part aux Jeux d'hiver des greffés, où il rivalise contre ses pairs en ski alpin. Ce qui ne veut pas dire que la vie de M. Grenier est rose d'un bout à l'autre. La moyenne de survie d'un greffé est de cinq ans, et la sienne se situe présentement à mi-chemin.
«Aujourd'hui, je pète le feu. Mais comme pour n'importe qui, ça peut se terminer n'importe quand». Signe encourageant dans le cas de M. Grenier: sa progression est telle que son examen de routine, qui était à la semaine au début, a maintenant lieu une fois l'an. Mais son système immunitaire est fragile. «Si quelqu'un me tousse au visage et que j'attrape la grippe, je peux en mourir».
Devenu porte-parole de l'Association canadienne des greffés pour la section de la Mauricie, M. Grenier souligne qu'il y a 1250 personnes en attente de greffe au Québec. Et le don d'organes touche une corde sensible pour lui. Il est d'ailleurs en mesure d'en évaluer toute la portée.
«J'en ai bénéficié et j'en ai connu beaucoup d'autres qui en ont bénéficié". Il lui arrive de rencontrer des personnes en attente d'une greffe. «Ces gens ont zéro source de renseignements. Sauf ceux qui sont passés par là. Je vais donc répondre à leurs questions.»
Parmi ceux qu'il a accompagnés, il donne l'exemple d'un ami des Îles-de-la-Madeleine qui a attendu une greffe quatre ans. «Il a été quatre ans sans mettre les pieds dans sa maison. Puis il a été opéré en septembre 2012, est retourné chez lui en avril et il est heureux comme ça ne se peut pas.»