Gilles Morissette est le président-directeur général de l'entreprise familiale Charles Morissette inc.

Un entrepreneur latuquois en conflit avec Hydro-Québec est en péril

Charles Morissette inc. est au bord du gouffre. Une facture impayée par Hydro-Québec de près d'un million et demi de dollars, qui fait l'objet d'une réclamation depuis 2010, serait à l'origine de la descente aux enfers de cette entreprise familiale qui fait partie du paysage latuquois depuis 1949. Le président-directeur général dénonce un combat qui s'étire contre Hydro-Québec.
«C'est difficile de survivre à ça. Tout découle de ça. [...] C'est de l'injustice et de l'abus de pouvoir d'Hydro-Québec», lance Gilles Morissette, président-directeur général de Charles Morissette inc.
L'entreprise réclame 1 409 197 $, dans une poursuite déposée devant la Cour supérieure, pour un contrat de déboisement d'une cinquantaine de kilomètres effectués à Rouyn-Noranda en 2010. Un contrat d'environ 3 millions de dollars, incluant les extras.
«C'est un contrat où il y a eu beaucoup de changements et beaucoup d'extras. Malgré les prolongements, on a presque terminé ce contrat-là dans les délais prévus au départ», a expliqué Gilles Morissette, président-directeur général.
L'entreprise Charles Morissette inc. a demandé une rencontre avec Hydro-Québec pour régler hors cour pour arrêter d'étirer le problème. 
«Les tribunaux sont inondés, c'est des années de délais.  L'avocat d'Hydro-Québec a refusé les possibilités de négocier. [...] Le premier avocat d'Hydro-Québec qu'on a rencontré disait que ç'a n'avait pas de bon sens. Il était ouvert à nous écouter, mais en cours de route il a été enlevé du dossier», a lancé M. Morissette.
«L'autre, il a fermé toutes les portes et il étire, étire, étire le dossier. C'est rendu très ardu et difficile. L'avocat d'Hydro-Québec a un langage corporel insultant quand on lui parle et qu'on répond à ses questions. C'est comme si on était des bandits», a-t-il ajouté.
Depuis le contrat de 2010, les difficultés ont été majeures. L'entreprise qui avait un chiffre d'affaires aux alentours de 20 millions en 2010 s'est placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies en 2012.
«Dans une petite ville comme La Tuque, c'est difficile. Il y a eu des pertes de contrat. Il y a eu un froid avec des sous-traitants. Les gens nous font des prix, mais il faut payer sur livraison... L'impact est majeur. Ça nous met presque hors compétition. On est rendus 22 employés. On a aussi perdu des contrats à la Ville», a indiqué Gilles Morissette.
Ce dernier est catégorique, si Hydro-Québec avait acquitté la facture en litige il n'en serait pas là aujourd'hui. L'entreprise, qui a déjà eu plus d'une centaine d'employés, ne tient plus qu'à un fil. 
«S'ils avaient payé, j'aurais payé mon monde et tout aurait suivi son cours comme avant. [...] Je suis en train de fermer mes portes...», a-t-il indiqué. 
«J'ai hypothéqué tout ce que j'avais pour essayer de survivre.»
Les deux parties n'en sont pas à leur premier affrontement. L'entreprise avait réclamé des montants à Hydro-Québec pour des travaux supplémentaires autorisés dans un autre dossier. M. Morrissette assure qu'il avait entre les mains une preuve indéniable des travaux qui avaient été effectués. Si bien qu'Hydro-Québec aurait accepté de s'asseoir et de négocier. 
«J'avais besoin d'argent, j'étais dans la merde jusqu'au bouchon. [...] On a négocié. On a eu des rencontres, ils ont fait une offre qui n'avait pas de sens même si j'étais mal pris et que j'avais besoin de cet argent-là. Puis, ils m'ont offert une autre rencontre cinq semaines après. Dans ma tête, cinq semaines... J'avais besoin de mon argent rapidement. On a renégocié et ils m'ont payé finalement entre 55 et 60 % de ce qu'ils me devaient parce que j'étais pris à la gorge et je devais régler. Ils m'ont écrasé. C'est leur façon de faire», a insisté M. Morrissette.
Ce dernier espère un règlement le plus rapidement possible pour la poursuite en cours. Le paiement de cette facture pourrait fort probablement sauver l'entreprise, et permettre à ses dirigeants de pousser un soupir de soulagement.
«Je peux vous dire que c'est difficile et qu'on a passé des nuits blanches et qu'on en passe encore», a-t-il conclu. 
En réaction, Hydro-Québec a fait savoir que pour l'année 2016, 177 millions $ de contrats ont été octroyés à des entreprises de la région. «Les entreprises de la Mauricie sont de bons partenaires et nous gérons avec rigueur nos contrats qui nous lient à eux.  Depuis 1999, Hydro-Québec a conclu 252 contrats avec l'entreprise de Charles Morissette, contrats totalisant une valeur de plus de 30 M$», a fait savoir Élisabeth Gladu, conseillère relations avec le milieu Mauricie et Centre-du-Québec.
Concernant le contrat qui fait présentement l'objet d'une poursuite, la société d'État ne commentera pas le dossier et affirme qu'elle va respecter le processus actuellement en cours.