L'auteur de romans policiers Martin Michaud a raconté avec enthousiasme à des détenus de l'établissement de détention de Trois-Rivières le chemin tortueux qui l'a amené à devenir un écrivain à succès.

Un écrivain chez les détenus

Quand Martin Michaud, l'auteur de romans policiers à succès, s'est présenté devant des détenus de l'établissement de détention de Trois-Rivières, il aurait dû être en pays de connaissance. C'était pourtant sa première fois en établissement carcéral et il la doit à la programmation hors les murs du Salon du livre de Trois-Rivières.
Brillant raconteur, il a subjugué son auditoire d'une cinquantaine d'hommes, en racontant comment il est devenu écrivain. Combien cahotique a été son parcours, combien de fois il a tout laissé tomber pour finalement s'y remettre jusqu'à devenir un romancier à succès.
L'écrivain n'est toujours qu'à un échec près de reprendre son boulot d'avocat d'affaires, auquel il s'est consacré pendant une vingtaine d'années. Entre-temps, chaque minute passée à écrire est une bénédiction.
Michaud dit n'avoir aucune intention de livrer un message dans ces rencontres, il raconte simplement son parcours avec un sens inné de la narration, la plus grande force de son écriture, soutient-il.
Les détenus ont semblé fascinés. Par sa passion, autant que par son cheminement, pied-de-nez constant au défaitisme auquel il a quand même cédé souvent. Il se voyait déjà couronné du Goncourt avant d'essuyer des refus de toutes les dizaines de maisons d'éditions auxquelles il avait envoyé un manuscrit de son deuxième roman. Il a même connu la dépression à une époque où les assises de sa vie ont cédé. Il s'est relevé, plus fort.
Les détenus ont retenu cette leçon qui ne cherchait pas à en être une. «Il nous a montré qu'il faut aller au bout de ses rêves même si on connaît des déceptions, a confié un détenu qu'on ne peut identifier. Quand on frappe du négatif, quelque part, il y a du positif qui se cache. Lui, il est allé plus loin que le négatif et le positif est arrivé. La vie est une roue qui tourne.»
«Je n'ai rien modifié de mon propos en fonction de ce public, dit l'écrivain. Je suis là pour raconter mon parcours dont on me dit qu'il est marqué par la persévérance dans la poursuite de rêves. Si j'arrivais en disant simplement que c'est important de persévérer dans la vie, ce serait moins intéressant. Je laisse les gens faire les liens pertinents pour eux.»
«Avec cette gang-là, ce qui m'a interpellé, c'est que je me demande comment il se fait que des gars comme ça sont en prison. Ce sont des gens instruits dans plusieurs cas, brillants. J'ai été touché par leur réceptivité. J'ai complètement oublié que j'étais dans une prison. C'était comme les gens que je rencontre au Salon du livre. Quand je vois que ces gars-là m'écoutent et qu'ils me posent des questions parce qu'ils sont intéressés, j'ai l'impression qu'ils m'ont apporté plus que ce que je leur ai apporté.»
L'activité était inscrite dans le cadre de la formation académique offerte aux détenus. «On croit que ça peut donner quelque chose à nos gars, estime Nancy Corriveau, conseillère en milieu carcéral. Oui, on veut susciter le goût de la lecture, leur apprendre à connaître des auteurs, mais si on leur donne de nouvelles inspirations en leur faisant connaître des démarches de vie différentes de la leur mais qui peuvent servir d'exemples, ça leur amène du positif. Vu sous l'aspect de leur réhabilitation, c'est important.»