Claudia Douaire a écrit un livre qui paraît aux éditions Première chance. Se battre contre soi-même raconte sa lutte sans merci contre un cancer du cerveau.

Un crabe dans la tête

«Vous avez une tumeur au cerveau et elle est très mal située.»
Claudia Douaire n'avait que 24 ans lorsqu'elle a reçu cette brique en plein visage. Cinq ans plus tard, la jeune femme de Yamachiche publie le contenu du journal intime qu'elle a rédigé avec la peur au ventre et l'énergie du désespoir.
Publié aux Éditions Première chance, Se battre contre soi-même est un condensé d'émotions brutes comme est brutal un diagnostic de cancer. Claudia résume en 96 pages sa vie de juillet 2009 à décembre 2012, période au cours de laquelle écrire était l'unique façon de se libérer de ses tourments.  
Avant juillet 2009, Claudia vivait avec son chum de l'époque, travaillait dans son domaine d'études (éducation spécialisée), sortait avec ses amies, avait des projets à la pelle... Pour citer Marcel Proust, elle avait l'insouciance de ceux qui croient leur bonheur durable. Surtout à 25 ans.
«Ça a commencé par des maux de tête. Parfois, j'avais l'impression de ressentir une crampe au cerveau», raconte la jeune femme dont la pupille anormalement dilatée de son oeil gauche a également éveillé ses inquiétudes oubliées depuis la petite enfance.
Claudia n'avait que 13 mois lorsqu'on lui a découvert une tumeur maligne de la rétine (le rétinoblastome) à l'oeil droit. «Il n'y avait pas d'autre solution que d'enlever mon oeil», explique celle qui a grandi avec une prothèse oculaire et en menant une vie normale, à l'exemple de son père, Pierre Douaire, également touché par ce cancer qui affecte surtout les enfants âgés de moins de 5 ans.
Hypocondriaque de nature, Claudia a insisté auprès de son médecin de famille pour passer un examen d'imagerie médicale. Quelques jours plus tard, elle se présentait à l'Hôpital Cloutier où avait lieu le scan en question, somme toute confiante de se faire rassurer sur son état de santé.
C'est dans une pièce minuscule que la jeune femme a reçu le verdict qu'elle n'attendait pas si vite ni comme ça. Il existe mille façons d'annoncer un cancer et la très grande majorité des médecins le font avec sensibilité. Il a fallu que Claudia tombe sur celui qui tire le rideau, balance la brique sur la gueule avant de tourner les talons pour aller répondre à un autre appel à l'urgence.
Trop sonnée pour réagir, Claudia se souvient uniquement d'avoir été réconfortée par un monsieur anglophone qui avait tout compris derrière le grand tissu supposé faire office de mur de protection.
La biopsie au cerveau, d'une durée de six heures, est venue confirmer la présence du pinéaloblastome, une tumeur maligne détectée que très rarement chez l'adulte. 
Dans le cas de Claudia, elle est apparue 23 ans après son diagnostic de rétinoblastome, mais pire encore, elle était dangereusement grosse et agressive, empêchant le liquide de circuler normalement dans le cerveau. Elle flirtait de trop près aussi avec le nerf optique de son oeil gauche, le seul lui permettant de voir.
Admise au Centre hospitalier régional de Trois-Rivières, la jeune femme a remis toute sa confiance entre les mains du neurochirurgien Alain Bilocq avant que son collègue, Éric Truffer, prenne la relève avec le même empressement.
«C'est mon sauveur», sourit-elle avant de raconter la suite de son histoire qui n'a pourtant rien d'un conte de fées. Quelques semaines plus tard, elle était abandonnée à son sort, le crâne ouvert. Le pire pouvait arriver pendant la délicate intervention chirurgicale qui s'est éternisée pendant onze heures.
«Je pouvais avoir une hémorragie cérébrale, paralyser, devenir aveugle... Je pouvais rester sur la table aussi», énumère froidement Claudia qui, à son réveil, n'avait aucune séquelle si on exclut les plaques de métal derrière la tête et la trentaine d'agrafes cachées sous ses cheveux.
L'opération avait eu raison de 95 % de la tumeur. C'est à Claudia que revenait la tâche de la mettre KO. Elle s'est d'abord rendue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke pour y recevoir de la radiochirurgie par gamma knife, un traitement choc où on lui a carrément vissé sur la tête un casque muni de centaines de trous pour diriger la radiation précisément sur la cible à traiter.
C'est à l'Hôpital général de Montréal que la patiente a poursuivi sa radiothérapie d'une durée de six semaines, à raison de cinq traitements par semaine. Ici, le casque a fait place à un masque moulé à même son visage. 
«Je ne sais pas si vous avez déjà vu le personnage Jason dans le film Vendredi 13, mais mon masque ressemblait un peu au sien», compare Claudia avec humour. Une fois ce truc sur le crâne, elle devait rester immobile pendant une heure, le temps que les rayons atteignent une fois de plus la tumeur.  
Claudia a fait de la chimiothétapie pendant un an au CHRTR, elle a perdu ses cheveux, beaucoup de poids et ses repères. Sans sa mère Louise Baillargeon qui a été toujours présente à ses côtés, elle ne croit pas qu'elle aurait tenu le coup.
«J'ai dû consulter une psychologue. J'angoissais sur tout», avoue timidement Claudia avant d'ajouter qu'au fil de sa thérapie et des pages noircies dans son journal intime, elle a retrouvé un début de paix en elle.
Claudia Douaire ne s'attendait pas à recevoir un jour un diagnostic de cancer du cerveau, encore moins à se retrouver au prochain Salon du livre de Trois-Rivières pour partager publiquement ses états d'âme. 
«J'ai écrit mon journal intime lorsque j'étais vraiment malade», tient-elle à rappeler avant de mentionner que ces derniers mois, elle a repris son boulot d'éducatrice dans une garderie, ses cours de Zumba et ses longues marches avec son chien. La bataille contre elle-même n'est pas encore gagnée, mais Claudia, qui a l'avantage en ce moment sur son adversaire, profite du chapitre qui s'ajoute à son histoire.