Julie Lessard, chercheuse principale à l'IRIC de l'Université de Montréal.

Traitement prometteur pour vaincre la leucémie

L'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université de Montréal a de quoi pavoiser. La chercheuse principale et instigatrice de ce laboratoire, Julie Lessard, qui est originaire de Sainte-Ursule en Mauricie, a découvert avec son équipe une nouvelle approche prometteuse pour le traitement de la leucémie.
La méthode consiste à inactiver le gène Brg1, qui est responsable de la maladie, en inhibant l'enzyme qu'il produit.
Éventuellement, lorsqu'un médicament sera fabriqué à partir de cette découverte, les patients devront le consommer quotidiennement afin de maintenir le gène en état d'inactivité possiblement toute leur vie.
«Le gène que nous avons identifié, le Brg1, est essentiel à la cellule souche leucémique», explique la scientifique.
«On sait maintenant qu'il y a une hiérarchie cellulaire aussi dans le cancer. Donc, ce ne sont pas toutes les cellules du cancer qui sont identiques. Il y en a qui sont génératrices, qui sont à l'origine du cancer et c'est celles-là qu'on se doit d'éradiquer si l'on veut vraiment attaquer le cancer à sa source», explique-t-elle.
L'IRIC possède des librairies de composés qui seront criblés pour identifier des drogues capable d'inactiver le gène dans des cellules leucémiques. «Il faudra ensuite les tester dans des cellules, puis dans des modèles animaux, chez des patients aussi en essais cliniques», dit-elle.
Le laboratoire de Mme Lessard étudie ce gène depuis quatre ans en collaboration avec l'Université de Stanford.
Il fait partie d'une famille de gènes que connaît bien la chercheuse puisqu'elle les étudie depuis son postdoctorat qu'elle a fait dans cette université de Californie. «On connaissait le gène, mais nullement sa fonction dans le cancer», affirme-t-elle, fière que la découverte ait été faite dans son laboratoire de Montréal.
Julie Lessard estime qu'on devra attendre une dizaine d'années environ avant d'espérer qu'un médicament découlant de sa découverte puisse se retrouver dans le système des soins de santé. «Pour utiliser cette observation-là en clinique, il nous faut un médicament. C'est notre prochaine étape», poursuit-elle.
«À l'IRIC, on est tout équipé pour faire la découverte de médicaments», lance-t-elle. «On va le faire en collaboration probablement avec les compagnies pharmaceutiques qui vont s'intéresser, on l'espère, au projet parce que ça, ça peut accélérer les choses», fait-elle valoir.
La biologiste moléculaire a fait ses études collégiales à Trois-Rivières, puis des études universitaires à Ottawa, à Montréal et finalement en Californie au niveau postdoctoral. Elle a su orienter ses études et sa carrière dès qu'elle a commencé à étudier le code génétique.
Curieusement, il n'y a aucun chercheur dans sa famille. «Je n'avais aucun modèle autour de moi», dit-elle. Toutefois, il y a eu des cas de cancer parmi ses proches, ce qui n'a pas été sans l'influencer aussi dans ses champs d'intérêts professionnels, reconnaît-elle. «Ça a fait en sorte que je me suis retrouvée avec un labo de recherche», il y a six ans, ajoute-t-elle en riant.
Julie Lessard cherche «des gènes qui sont essentiels au maintien du cancer, mais qui n'ont pas de fonction dans les cellules souches normales. C'est ça qui est le défi. De cette façon, «les drogues qu'on va développer n'auront pas ou peu d'effets sur les cellules saines.»