La directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier.

Surmédication: une pratique dénoncée

L'histoire du père de Chantal Thiffeault fait réagir différents intervenants oeuvrant auprès des personnes âgées et défendant leurs intérêts, qui déplorent que des bénéficiaires vivant dans des centres d'hébergement privés ne reçoivent pas un encadrement adéquat en raison d'un manque d'employés et que dans certains cas, ils soient bourrés de pilules afin de ne pas être trop exigeants pour le personnel.
L'histoire du père de Chantal Thiffeault a fait réagir.
Le traitement qui a été réservé à cet homme souffrant de troubles cognitifs et qu'a dénoncé sa fille dans l'édition du Nouvelliste de samedi dernier a notamment fait sursauter l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP). Le directeur des communications de cette association, Mathieu Santerre, mentionne que cette histoire prouve que le fait que les résidences privées ne soient pas assujetties à un ratio minimum en ce qui a trait au personnel peut entraîner des situations problématiques.
«Entendre une histoire comme celle-là, ça nous inquiète. C'est sûr qu'il y a des résidences qui vont bien, mais un cas problématique en est un de trop, surtout lorsqu'il est question d'une clientèle semi-autonome, qui a davantage de besoins. Il faut mettre deux fois plus d'attention dans ces cas à notre avis. Le protecteur du citoyen a d'ailleurs déjà fait une évaluation de plusieurs cas, et ça a fait l'objet de rapports. Ça nous avait également inquiétés à ce moment-là et nous avions interpellé la ministre Dominique Vien, qui est responsable de ces dossiers au sein du gouvernement», indique M. Santerre.
Bien que les résidences privées devront prochainement respecter un ratio pour le personnel en vertu d'un règlement qui devrait entrer en vigueur à l'automne, ce dernier sera insuffisant selon l'AQRP. À la lumière de son interprétation du projet de règlement sur la certification des résidences privées pour aînés, les résidences hébergeant moins de 100 personnes âgées semi-autonomes devront compter sur une seule personne responsable en tout. Ce seuil minimal sera de deux responsables pour les résidences de 101 à 200 résidents et de trois pour les établissements de 200 et plus.
«Ça semble déjà être difficile à un préposé pour 16 [Comme c'était le cas à la résidence où vivait le père de Chantal Thiffeault]. Imaginez un préposé pour 100. Ce ratio est très insuffisant à notre avis. Pour une clientèle semi-autonome, comprenant des personnes ayant des troubles cognitifs légers et des capacités physiques un peu réduites, une personne pour 100 résidents, c'est ridicule. Ça ne prend pas un gros événement pour que la personne soit complètement dépassée», avance M. Santerre. La directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier, tient des propos similaires. Oeuvrant auprès de personnes souffrant de la maladie d'Alzheimer depuis maintenant 27 ans, elle indique que ces façons d'agir ne datent pas d'hier.
«Il y a 27 ans, la première personne que j'ai accompagnée avait vécu exactement la même situation. Mais à l'époque, il y avait beaucoup plus de contention physique. On attachait les gens avec des ceintures aux pieds et aux mains. Aujourd'hui, on a transformé la contention physique en contention chimique. La ceinture est moins visible», image-t-elle.
Afin de régler cette problématique, Mme Poirier estime que l'imposition d'un ratio d'employés ne suffira pas. Selon elle, la mise en place de programmes de formation pour le personnel des résidences pour personnes âgées constitue une des solutions qui devraient être envisagées par les décideurs.
«Même si tu montes le ratio à un pour un, si tu agis mal, ça ne réglera rien. Il y a tout un système que nous devons revoir. L'histoire des ratios, c'est une petite goûte dans l'océan. Ils ne régleront pas le fond du problème avec ça», laisse-t-elle tomber.