Le gouvernement du Soudan du Sud semble préférer investir dans la guerre plutôt que de soutenir sa population, en dépit de la crise humanitaire majeure qu'elle traverse.

Soudan du Sud: indifférence

Le 21 février dernier, l'Organisation des Nations Unies confirmait l'état de famine au Soudan du Sud, la première dans le monde depuis six ans. Plus de 100 000 personnes sont officiellement en situation de pénurie alimentaire et près de 5 millions de plus, la moitié de la population du pays, pourraient nécessiter une aide d'urgence d'ici le mois de juillet. La catastrophe est attribuée à une cause humaine: une guerre civile qui perdure depuis quatre ans, causant des milliers de morts, et des millions de réfugiés et de déplacés.
Pire encore. Cette famine est provoquée sciemment par les belligérants pour devenir une arme de dissuasion massive.
Jonathan Pedneault de Human Rights Watch est très clair: «... les deux parties ciblent les populations civiles et s'attaquent délibérément à leurs moyens de subsistance, sans être inquiétées. La famine est le résultat direct de cette impunité.»
Que fait le monde face au drame? En décembre, le Conseil de sécurité des Nations Unies a rejeté une résolution demandant un embargo sur les armes destinées au Soudan du Sud.
Selon Amnistie Internationale, «malgré ces situations critiques, l'indifférence de la communauté internationale aux crimes de guerre est devenue la normalité, tandis que le Conseil de sécurité de l'ONU reste paralysé par les rivalités entre ses membres permanents».
Le résultat d'une lutte de pouvoir
Mais que s'est-il passé au Soudan du Sud pour qu'une telle tragédie s'installe à demeure? Comme souvent, il s'agit d'une lutte pour le pouvoir entre deux hommes, représentant deux ethnies, deux religions. D'un côté, le président Salva Kiir, Dinka et catholique.
De l'autre, l'ancien vice-président Riek Machar, un Nuer presbytérien. Les deux ont été camarades durant la lutte pour l'indépendance mais déjà, la dissension existait entre les deux personnages.
En 2013, des combats éclatent à Djouba, la capitale, entre les troupes gouvernementales et les partisans du vice-président Machar qui prend la fuite.
Depuis lors, la guerre fait rage de façon quasi continue, malgré des cessez-le-feu, une tentative d'accord de paix et la création d'un gouvernement de transition.
Non seulement ces affrontements incessants réduisent à néant les moyens de production agricole, obligent des milliers de personnes à quitter leur terre et leur maison, mais ils donnent lieu à des atrocités épouvantables.
Viols systématiques, enrôlement forcé de 13 000 enfants-soldats, tortures, exécutions extrajudiciaires sont des phénomènes courants.
Même si les deux parties sont constamment accusées de crimes de guerre, l'ONU n'hésite pas à affirmer que l'État orchestre la violence.
On assiste à un processus d'épuration ethnique, comparable au génocide qui s'est produit au Rwanda dans les années 90, toujours selon des experts de l'ONU.
Selon Sylvie Brunel, spécialiste des politiques de développement: «Quand on laisse une pénurie s'installer, c'est toujours parce que le processus d'assistance a été enrayé».
En d'autres termes, la famine et la catastrophe guerrière auraient pu être évitées si la communauté internationale était intervenue plus tôt.
Pour en savoir plus: www.cs3r.org