Michel Boudreault, président-directeur général de Sotrem.

Sotrem prête à passer à autre chose

Le président-directeur général de Sotrem, Michel Boudreault, garde une mince ouverture pour réaménager certains éléments du nouveau contrat de travail proposé aux syndiqués du centre de coulée de Shawinigan. Mais il s'agirait assurément de changements mineurs, qui ne toucheront pas les clauses monétaires.
«Notre offre était extrêmement correcte», insiste-t-il. «S'ils ne peuvent pas accepter ça, le projet est peut-être compromis à long terme. J'attends un retour; ils vont sûrement m'expliquer ce qui s'est passé.»
Sotrem doit aussi négocier ses tarifs d'électricité avec le gouvernement du Québec, son approvisionnement en aluminium et en eau. De ce côté, les discussions semblent encourageantes. Le vote de cette semaine a toutefois interrompu l'élan pour l'acquisition du centre de coulée.
«Nous aurions pu simplement déposer nos offres et demander aux gens de voter», fait remarquer M. Boudreault. «Nous avons vraiment travaillé avec l'équipe syndicale en place. Nous avons fait beaucoup de compromis, notamment en reconnaissant les années d'ancienneté pour leur donner le maximum.»
«On peut rejouer sur des textes, mais c'est sûr qu'au plan monétaire, la réalité est là. On n'a pas beaucoup d'espace. Si le syndicat n'accepte pas ça, on fait un trait et on passe à autre chose.»
Le dirigeant convient que les syndiqués ont pu se sentir bousculés par les événements. Mais rien, dans les négociations, ne lui laissait présager ce résultat.
«Le délai était peut-être court un peu pour tout expliquer», reconnaît-il. «C'est quand même un gros changement pour les employés, j'en suis conscient. L'équipe de négociation collaborait bien; c'était même surprenant. Le climat de négociation était parfait.»
Suite inquiétante
M. Boudreault s'inquiète de l'impact de ce rejet sur les clients, qui seront peut-être tentés de s'approvisionner ailleurs s'ils sentent trop d'incertitude sur l'avenir du centre de coulée de Shawinigan au-delà du 31 décembre.
Des craintes justifiées, puisque Claudine Gagnon, porte-parole de Rio Tinto Alcan, doute que la multinationale puisse entreprendre des négociations et conclure une entente avec un nouveau repreneur avant la fin de l'année. Elle rappelle que les négociations avec Sotrem avaient été amorcées bien avant l'entente d'exclusivité.
«C'est sûr qu'on est déçu de voir que le repreneur potentiel et les employés ne soient pas arrivés à une entente», exprime Mme Gagnon. «Pour nous, le groupe formé de Sotrem et Pluri-Capital représentait la meilleure solution pour assurer la viabilité et la poursuite des activités du centre de coulée de Shawinigan.»
«Ça met presque en péril la reprise des activités (après le 31 décembre)», poursuit Mme Gagnon. «Trouver une autre compagnie aussi crédible que Sotrem, avec les connaissances et l'expertise qu'ils possèdent, les mêmes intentions, ça va être difficile. Le temps joue définitivement contre nous.»
Mme Gagnon réitère que Rio Tinto Alcan quittera son site du boulevard Saint-Sacrement à la fin de l'année. «Nous avons annoncé nos intentions en août 2013», rappelle-t-elle. «On n'exploitera pas le centre de coulée plus tard que le 31 décembre 2014, c'est très clair.»