Pierre-André Julien a critiqué vertement le Parti libéral dans un courriel.

Sortie en règle de Pierre-André Julien contre les libéraux via le courriel de l'UQTR

Professeur émérite de l'Université du Québec à Trois-Rivières et membre du comité du Fonds de diversification économique, Pierre-André Julien a fait une sortie en règle dimanche soir contre les libéraux via son courriel de l'UQTR, incitant quelques collègues à voter «pour n'importe quel autre parti que le Parti libéral» dans un message dont Le Nouvelliste a obtenu copie.
«J'ai le droit à mon opinion personnelle. Tout le monde fait ça. C'est trop compliqué autrement. Mais je ne voudrais pas que l'université soit mêlée à ça», a-t-il expliqué au Nouvelliste par rapport à l'usage du courriel de l'université pour transmettre de l'information personnelle.
D'ailleurs, le conseiller en communication à l'UQTR, Jean-François Hinse, a confirmé que la politique interne permettait un usage personnel du courriel, en autant que son utilisateur ne représente pas un parti politique. «C'est une démarche personnelle, une opinion personnelle à lui», a-t-il précisé.
Et quand on lui fait remarquer son statut de membre du comité du Fonds de 200 millions de dollars, M. Julien réplique que «s'ils veulent me faire démissionner, je vais être content, ça ne me donne pas une cenne, c'est du bénévolat. Avant chaque dossier, je passe deux jours à l'étudier».
Appelé à commenter la prise de position de l'un de ses membres, le coprésident du comité, Jean-Guy Paré, s'est contenté de dire «qu'ils ont la liberté là-dedans» tout en ayant un code de déontologie à respecter dans le traitement des dossiers.
«C'est son opinion à lui. Il a le droit à ses opinions. C'est un libre penseur qui est un expert pour l'analyse des entreprises. C'est le meilleur», a-t-il soutenu.
Or, le candidat libéral dans Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, trouve inquiétant un tel «geste partisan» alors que, dit-il, «ça prend une grande neutralité au comité du Fonds». «Il devrait y avoir un certain devoir de réserve envers la communauté entrepreneuriale», croit celui qui, du même coup, se demande où son rival péquiste Alexis Deschênes prend son chiffre de 3600 emplois créés en Mauricie en 2013.
Un système de magouilles
Dans son courriel, Pierre-André Julien rappelle à ses destinataires que «Philippe Couillard et au moins 50 % de son équipe ont fait partie d'un des pires gouvernements du point de vue de la corruption depuis Maurice Duplessis et probablement Alexandre Taschereau au début du siècle dernier, si on en croit les historiens».
«Et ce n'était pas de la petite corruption comme on finit par le voir malheureusement en politique, puisque cette corruption était organisée en système dans lequel tous les ministres, dont Couillard, devaient rapporter au parti 400 000 $ en dons basés sur les contrats publics et leurs surcoûts systématiques», poursuit-il.
Selon l'économiste, «ce système de magouilles qu'a organisé Jean Charest durant ses dix années de pouvoir nous a ainsi coûté au moins un milliard par année durant dix ans (30 % du coût des travaux de voiries provinciaux, sans compter le même free-for-all dans de nombreuses municipalités), dont une grande partie payée à la mafia d'Accurso et à tous les petits amis pour garnir la caisse électorale libérale».
«Je vous rappelle qu'Accurso était (et, probablement, est toujours) la porte d'entrée de la famille Bonnano, un des chefs de la mafia sicilienne à New York, pour blanchir l'argent sale de la construction», a-t-il tenu à spécifier.
À son avis, il faut penser que tout cela devrait finir par être dévoilé dans les prochaines séances de la commission Charbonneau, «mais trop tard après les élections». «Déjà, le grand argentier du Parti libéral, Marc Bibeau, est ciblé par les policiers de l'UPAC et par la commission et sera parmi les premiers témoins en avril. Si les libéraux sont élus, évidemment ils feront tout pour bloquer la commission, en espérant qu'ils ne pourront pas le faire comme ils ont été incapables de bloquer la formation de cette commission à cause de la pression publique», a partagé M. Julien.
«De plus, Couillard tentera de bloquer toute discussion sur ses liens avec son grand ami Arthur Porter accusé de détournements graves de fonds pour le nouveau centre hospitalier McGill. Sans compter son travail comme conseilleur du ministre de la Santé de l'Arabie saoudite en dépit qu'Amnistie Internationale ait analysé les nombreuses amputations dans les hôpitaux saoudiens pour ceux qui s'opposent à la dictature de ce pays; sans compter aussi les peines de fouets et la prison pour seulement avoir protesté contre le régime», lit-on dans le courriel avant de rappeler «les petites magouilles de Couillard pour se tailler une très bonne job dans le privé alors qu'il était toujours ministre de la Santé».
Encore une fois, dit-il, «on sait que tous les partis (sauf Québec solidaire et Option nationale, car ils sont trop jeunes) ont participé au système de prête-noms pour se financer, mais jamais à la hauteur que Jean Charest et ses ministres l'ont fait».
«Et ce serait oublier ce coût énorme en votant libéral et être vraiment naïf de croire que ces gens sont devenus blancs comme neige depuis que Charest n'est plus là. Voter libéral, c'est se mordre les pouces, et même toute la main, après les élections. Mais il sera trop tard à ce moment», conclut celui qui a avoué au Nouvelliste «ne pas mâcher ses mots» tout en faisant remarquer «qu'il y a trop peu d'intellectuels qui se mouillent».