Michel Angers

Services supralocaux: une surcharge administrative qui déplaît

Généralement satisfaits que la Ville de Shawinigan ait décidé d'ajuster ses tarifs à ses activités pour les résidents de l'extérieur plutôt que d'exiger des compensations aux municipalités, les maires des communautés avoisinantes s'insurgent contre la lourdeur administrative du processus d'inscription dévoilé par Michel Angers, mercredi après-midi. Pour la majorité d'entre eux, pas question de traiter les factures pour des loisirs organisés par la ville centre.
Fait étonnant, M. Angers a dévoilé le processus d'inscription en vigueur à compter de l'automne sans même en être venu à une entente avec ses homologues des municipalités environnantes. Cet affront ne passe pas.
Rappelons que dès l'automne, les gens de l'extérieur qui voudront participer à une activité à Shawinigan devront s'inscrire auprès de l'association sportive responsable ou encore, au bureau de leur municipalité. Cette entité devra transmettre au service des loisirs de la Ville la liste de participants à l'activité en question. À partir de cette liste, Shawinigan enverra une facture de tarifs pour non-résidents aux municipalités concernées, qui devront ensuite s'organiser pour recouvrer ces frais.
Les maires s'insurgent contre cette procédure complexe. Ils maintiennent que les citoyens qui veulent participer à des activités à Shawinigan n'ont qu'à s'y inscrire et à payer en conséquence. 
Robert Landry, maire de Saint-Étienne-des-Grès, tombait des nues en prenant connaissance de ce mode de perception décrété unilatéralement par la Ville de Shawinigan.
«Que ça coûte 2000 $, 3000 $ ou 300 $ pour le hockey, peu importe, on veut que le participant défraie les coûts, point à la ligne», commente-t-il. «Le fait de nous faire parvenir la facture, on n'accepte pas ça, c'est sûr. De toute façon, avant qu'une municipalité nous envoie une facture, il faut au moins une entente!»
À Saint-Boniface, Claude Caron tient le même langage. «Quand on se présente pour avoir un service, on le paye et ça finit là», laisse-t-il tomber. «Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?»
Réjean Audet, maire de Saint-Élie-de-Caxton, salue l'effort de la Ville de Shawinigan, tout en déplorant aussi les méandres administratifs.
«Je pense qu'on complique un peu les affaires», commente-t-il. «Je ne sais pas encore comment on va réagir. Les gens s'inscrivent à Shawinigan; pourquoi envoyer la facture chez nous? On sent qu'un effort a été fait, mais je ne suis pas sûr que la gestion nous revienne. Ce n'est pas logique; ce ne sont pas nos clients!»
Le maire de Saint-Paulin, Serge Dubé, qualifie de «sage décision» l'orientation du conseil municipal de Shawinigan sur les tarifs aux non-résidents. En ce qui concerne le volet administratif, il semble pour le moins perplexe. 
«Je n'ai pas pris ça au sérieux», mentionne-t-il. «C'est la première fois que je vois qu'une Municipalité demande aux autres de faire son travail. Vous pensez que c'est sérieux, qu'ils veulent qu'on gère leurs activités? À mon avis, ils n'ont pas le droit de faire ça.»
C'est aussi l'avis de Bernard Thompson, maire de Hérouxville.
«J'ai l'impression de devenir un percepteur pour la Ville de Shawinigan, ce qui ne me plaît pas beaucoup car ça demande du temps», fait-il remarquer. «Si Michel Angers avait l'intention d'envoyer une facture aux municipalités, légalement, on n'a aucune obligation de la payer puisque nous n'avons pas d'entente.»
«Le citoyen qui veut bénéficier d'un service à Shawinigan n'a qu'à s'y inscrire et à défrayer les coûts», appuie André Léveillé, maire de Saint-Tite. «Moi, je n'embarque pas dans ce processus. Si le citoyen veut un service supplémentaire, il ira se le payer à Shawinigan, à Trois-Rivières ou ailleurs!»
«Ça ne passera jamais», prédit Daniel Petit, maire de Grandes-Piles. «Nous comprenons que Shawinigan a des besoins, mais elle a l'odieux de la démarche. On n'a pas de problème avec ses augmentations, sauf qu'elle doit elle-même percevoir les utilisateurs.»
Pas étonnant
Charette ne faisait pas partie de l'étude réalisée par Raymond Chabot Grant Thornton, parce qu'en 2014, aucun de ses résidents n'était inscrit à Shawinigan. Le maire, Claude Boulanger, s'était toutefois joint aux discussions au fil des mois. De son côté, il ne voit pas d'inconvénient à la méthode de facturation rendue publique par le maire de Shawinigan, mercredi.
À Saint-Mathieu-du-Parc, Claude McManus ne semble pas surpris de la tournure des événements.
«La mécanique d'inscription peut faire grimacer un peu», commente-t-il. «Notre-Dame-du-Mont-Carmel fonctionne comme ça pour le hockey. Il va falloir que les conseils municipaux se positionnent pour savoir s'ils acceptent cette méthode. Mais on le savait: le maire Angers nous avait déjà dit qu'il ne voulait pas faire de collecte d'argent pour les non-résidents.»
Effectivement, Notre-Dame-du-Mont-Carmel fonctionnait de cette façon avec Shawinigan pour le hockey mineur. Mais dans sa nouvelle Politique d'aide financière aux activités sportives, la Municipalité s'engage dorénavant à rembourser les frais de non-résidents «sur présentation d'une preuve de paiement». 
«Il va falloir qu'on se rassoie et qu'on s'entende sur la façon de procéder», suggère le maire, Luc Dostaler. «Moi, je n'ai pas d'entente selon laquelle la Ville de Shawinigan m'enverra une facture.»
«On est comme dans un film de Star Wars», soupire M. Dostaler. «Quand on pense que c'est fini, un autre chapitre commence!»