Âgé de 45 ans, Carl Montpetit apprend à vivre avec le Parkinson depuis 2014, une maladie dont les symptômes ne se résument pas aux tremblements.

Secoué par le Parkinson à 45 ans

Carl Montpetit a pour mentor l'acteur Michael J. Fox, une admiration qui n'a rien à voir avec sa performance dans Retour vers le futur, mais avec sa façon de vivre avec le Parkinson, un nom qui ne relève pas de la fiction.
Le physiothérapeute est également atteint de cette maladie qui se manifeste principalement par des troubles du mouvement. Le verdict a été prononcé il y a deux ans. Carl Montpetit avait 43 ans, un âge où on ne s'attend pas à recevoir un diagnostic qui frappe «comme un coup de 2 X 4 en pleine face».
Je regarde furtivement sa main tenant une tasse de café fumant. À le voir sourire, je comprends qu'il m'observe aussi et qu'il a deviné mon questionnement. En effet, je ne suis pas la première à chercher un signe qui, pour le moment, m'échappe. 
«Je ne tremble pas», m'avise-t-il avant que j'aborde le sujet. 
Carl Montpetit a l'habitude de remettre les pendules à l'heure. Contrairement à la croyance populaire, le Parkinson n'est pas que tremblement. «Je fais partie du 30 % des parkinsoniens qui ne tremblent pas», estime celui dont les symptômes - rigidité musculaire et lenteur du mouvement- ne se voient pas, mais ne sont pas moins handicapants.
Dégénérative parce qu'elle détruit progressivement les neurones à dopamine, cette maladie n'est pas non plus synonyme de vieillesse. À preuve, Michael J. Fox. La star de cinéma avait tout juste 30 ans lorsque le diagnostic est tombé. Carl Montpetit estime que de 10 % à 20 % des parkinsoniens voient leurs premiers symptômes apparaître avant l'âge de 50 ans.
Aucune statistique ne lui échappe. L'homme veut tout savoir sur ce qui se dit et s'écrit sur cette maladie avec laquelle il doit partager le reste de son existence. M. Montpetit se joint à l'occasion à la Société de Parkinson de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour parler de son expérience. Celui dont la profession consiste à aider les gens à recouvrer le maximum de leurs capacités physiques n'hésite pas à raconter son vécu de parkinsonien confronté lui aussi à son lot de bouleversements personnels et professionnels. 
«En tant que physiothérapeute, j'ai enseigné la résilience à mes patients sans penser qu'un jour, j'aurais à l'appliquer pour moi-même.» 
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Carl Montpetit a franchi la quarantaine avec le désir de se remettre à la course à pied, lui qui avait déjà quelques marathons à son actif. En couple depuis une vingtaine d'années, père de deux enfants de plus en plus autonomes, une carrière bien établie, il pouvait se réserver du temps juste pour lui à l'horaire. La conciliation famille-travail allait bon train.
De retour à l'entraînement, le sportif s'est vite rendu compte cependant que sa progression manquait de rapidité, même que l'énergie n'était pas au rendez-vous comme autrefois. Il y a eu ce mal de dos aussi, suivi d'une boiterie au niveau de la jambe droite. Le physiothérapeute a eu le réflexe de s'autotraiter jusqu'à ce que sa conjointe et des collègues lui fassent cette observation: «On dirait que ton bras droit ne balance pas quand tu marches.» 
M. Montpetit a consulté un neurologue qui lui a fait passer une impressionnante batterie de tests. La maladie de Parkinson n'est pas toujours facile à déceler, surtout avant l'âge de 50 ans. 
«C'est bizarre à dire, mais après des mois d'attente et de stress, j'étais soulagé. Je pouvais mettre un nom sur ce que j'avais. Oui, le Parkinson est une maladie dégénérative, mais elle n'est pas mortelle», rappelle celui qui a perdu le sens de l'odorat.
Ainsi, Carl Montpetit sirote son café corsé sans pouvoir en apprécier le parfum. C'est dommage, mais il n'y peut rien. C'est la vie, la sienne et celle de milliers d'hommes et femmes qu'il souhaite encourager.
Si Michael J. Fox a mis plusieurs années avant d'oser parler publiquement de la maladie de Parkinson, Carl Montpetit s'est montré ouvert dès le départ, confiant que cette transparence allait amoindrir la douleur engendrée par le coup de madrier sur la gueule. 
Son médecin lui a fait trois recommandations au lendemain du diagnostic. «Il m'a dit: Bouge, bouge et bouge.»
Parfaitement conscient d'avoir hérité d'une maladie pour laquelle il n'existe à ce jour aucun traitement pour en guérir - «mais les recherches et les avancées se font à pas de géant» - le physio fait ce qu'on lui conseille de faire pour limiter son évolution. 
Chaque matin de la semaine, Carl Montpetit s'arrête au gym avant de commencer sa journée de travail à titre de coordonnateur clinique au Centre de réadaptation InterVal, à Victoriaville. Impossible pour lui de rater ce rendez-vous d'une importance capitale.
«C'est très militaire, mais je n'ai pas le choix. L'exercice fait partie du traitement au même titre que la médication que je dois prendre à heures fixes», explique-t-il avant de me faire remarquer que sa dose est due, lui qui doit avaler entre dix-huit et vingt pilules par jour. 
L'après-midi tire à sa fin. La fatigue le gagne, les hésitations dans sa voix aussi.
Avant notre entrevue dans ce café bondé de Trois-Rivières, le coordonnateur clinique était en réunion pour le boulot qu'il entend pratiquer «tant que je serai capable»... 
Carl Montpetit ne sait pas ce que le Parkinson lui réserve, mais pour le moment, il a un boulot qu'il chérit, une famille qui le soutient, un témoignage à partager et ce voeu le plus cher: «Démontrer que malgré la maladie, on peut contrôler quelque chose dans nos vies.»