Maude Guérin incarne le rôle principal dans l'excellente pièce de théâtre musical Le chant de Sainte Carmen de la Main.

Sainte Carmen de la Main: la force du message

Un appel à l'émancipation. C'est ce message universel et intemporel que promeut Le chant de Sainte Carmen de la Main, l'excellente production de théâtre musical née de l'imaginaire combiné du dramaturge Michel Tremblay, du metteur en scène René Richard Cyr et du compositeur Daniel Bélanger. Cette tragédie moderne, forte et puissante, était présentée au Centre des arts de Shawinigan samedi.
Que l'histoire se déroule dans un club de la rue Saint-Laurent dans les années de déclin de la Main n'altère en rien le rayon du message. Que les personnages à qui est destinée cette invitation à la rédemption peuplent un univers marginal et glauque ne ternit pas non plus la pertinence de l'appel. Carmen peut être vue dans la pièce de Tremblay comme le messie porteur d'une parole d'espoir et d'affranchissement pour tous, partout.
«Réveille-toé pis lève-toé», chante Carmen, de retour d'un stage de perfectionnement de six mois à Nashville. Un séjour payé par son amant Maurice-la-piasse, considéré comme le roi de la Main, propriétaire du club où revient chanter Carmen. Mais Maurice a envoyé sa pupille au Tennessee pour qu'elle améliore sa technique de yodle et non pour qu'elle en revienne plus confiante, transformée, et désireuse de chanter ses propres chansons en français.
«T'es là pour faire de l'entertainment, pas plus», lui dira Maurice après sa prestation triomphale, cette prestation qui aura touché son public droit au coeur, avec des chansons auxquelles chacun pouvait s'identifier. «La Main veut oublier qui est-ce qu'elle est», croit Maurice, ce à quoi Carmen rétorque: «La Main mérite d'exister. Faut juste l'aider à s'en rendre compte».
Cette nouvelle conscience, cette illumination vers le tremplin de l'action scellera le dénouement tragique du destin de Carmen.
La pièce Sainte Carmen de la Main avait été créée en 1976. En 2012, René Richard Cyr l'a revisitée en formule théâtre musical, en concevant le livret et les paroles des chansons qui allaient ponctuer la trame dramatique de la pièce originale. Daniel Bélanger a signé les musiques qui rythment les interventions chantées des personnages principaux et du choeur de paumés qui idolâtrent Carmen.
L'idée de «musicaliser» Sainte Carmen de la Main était particulièrement pertinente et appropriée, étant donné le prétexte et le contexte de la pièce. L'intégration des chansons entre les monologues ou dialogues se fait tout naturellement et ne semble en rien saugrenue. Les paroles de René Richard Cyr sont suffisamment évocatrices pour appuyer le propos de la trame narrative, et la musique de Daniel Bélanger, tout en subtilité, contribue à fixer les atmosphères.
Distribution de choix
La comédienne latuquoise Maude Guérin incarne Carmen avec un mélange d'assurance et de fragilité bien dosé. Sa voix dans les portions musicales de ses interventions fait parfois penser à un croisement entre celles de Diane Dufresne et de Joe Bocan.
Mon étoile de la soirée est décernée à Éveline Gélinas. Elle tient le rôle de Bec-de-Lièvre, la soeur de Maurice, que Carmen a prise sous son aile en la sortant de son travail de gardienne des toilettes du club pour en faire sa costumière. Bec-de-Lièvre voue une admiration (amoureuse) sans bornes à Carmen et son personnage, tout frêle et naïf, est interprété de façon très touchante par la comédienne originaire de Saint-Boniface.
Normand D'Amour s'avère très crédible en Maurice, et France Castel l'est tout autant dans son rôle de Gloria, la chanteuse au répertoire «sud-américain» déchue, qui souhaite orchestrer son «come back» sur la Main au détriment de Carmen.
Benoît McGinnis personnifie avec justesse Tooth Pick, le sbire de Maurice, tandis que 12 autres comédiens constituent habilement le choeur d'une Main peuplée de prostituées, travestis et autres personnages écorchés.
Enfin, soulignons la richesse d'un accompagnement musical en direct par quatre musiciens maniant percussions, piano, basse et cuivres dans une belle symbiose avec les comédiens chanteurs.
Le chant de Sainte Carmen de la Main sera aussi présenté à la salle Thompson de Trois-Rivières les 28 février et 1er mars.