Rock Demers et Jean Beaudry.

Rock Demers garde la foi en son cinéma

De Sainte-Cécile-de-Lévrard, village qui l'a vu grandir, le producteur de films Rock Demers dit avoir récolté plusieurs des ingrédients de base qui ont teinté ses Contes pour tous au fil des ans, que l'on parle de la nature omniprésente, des différentes atmosphères ou de certaines valeurs de base.
«J'ai vécu une enfance très pauvre, mais très heureuse et je pense que plus on offre l'occasion à des jeunes de rire, le mieux on les prépare à affronter les difficultés plus tard», dit-il. Non seulement le producteur garde la foi en ce type de cinéma, mais il est plus convaincu que jamais de ses bienfaits.
L'homme est pratiquement intact. En 1995, dans son bureau des Productions La Fête à Montréal, Rock Demers, alors âgé de 62 ans, se disait fatigué, mais ne pouvait pas réellement se payer le luxe de se reposer, rançon de la gloire puisque sa compagnie se retrouvait en plein essor. Il en était alors à son 15e Conte pour tous.
De passage à Trois-Rivières cette semaine pour la promotion de La gang des hors-la-loi, son 24e, il parle de ce dernier Conte pour tous avec une passion qui illumine toujours autant son regard. Il a 81 ans maintenant et oui, il est toujours fatigué, lance-t-il tout sourire.
«Ça n'a pas changé. Je cherche désespérément la façon d'arrêter, mais je ne sais pas comment faire. Dans la production de films, on sait jamais quel projet va réussir à trouver son financement. Il faut donc en mener quatre, cinq ou six de front», explique-t-il. «Et en plus, tous les films fonctionnent. Chaque jour, je reçois des demandes par rapport à l'un ou l'autre. J'aimerais bien pouvoir trouver quelqu'un pour assurer la relève et à qui je pourrais transmettre un peu mon expérience...»
Le producteur a deux fils, l'un qui est photographe de plateau et l'autre qui est musicien, tout comme il est l'heureux grand-père de trois petits-enfants. Sauf qu'il n'a aucune relève pour sa compagnie de production. Alors il continue.
Rock Demers avait 50 ans quand il a créé son entreprise et son premier Conte pour tous, La guerre des tuques. Il se souvient d'ailleurs précisément pourquoi il avait eu le goût de ce type de cinéma à ce moment-là.
Il venait de lire un article sur le taux de suicide effarant chez les jeunes de 12 à 17 ans, raconte-t-il. «Ça m'avait tellement bouleversé. J'étais à un âge où je savais que la vie était difficile, mais qu'elle valait la peine d'être vécue. Je me demandais ce que je pouvais faire pour certains jeunes qui seraient en réflexion sur ce sujet-là, pour qu'ils se rendent compte qu'il valait la peine de continuer.»
Du coup, il a eu le goût de camper ses films dans un contexte contemporain, de donner ses personnages principaux à des jeunes de 10-12-13 ans, de teinter ses films d'un grand trait de tendresse, de proscrire toute violence gratuite et de les saupoudrer d'humour.
Trente ans plus tard, du haut de ses 81 ans, il observe encore et toujours ce même besoin, ici comme à l'étranger. Il l'a constaté encore le 3 juin dernier, lors de son passage au festival ZLIN, en République tchèque, le plus vieux festival de films pour enfants, dit-il.
La gang des hors-la-loi y a été présenté dans une salle de 1000 personnes, dont environ 800 enfants et 200 adultes, ces derniers étant des accompagnateurs ou des artisans du cinéma. «À la fin du film, la réaction des enfants a été telle que les adultes dans la salle se sont mis à pleurer.» La semaine suivante, il recevait des invitations pour se rendre dans des festivals de Bruxelles, de Francfort, de Giffoni en Italie, de Mexico ou de Pologne, dit-il. «Ils veulent tous le film! La demande est là, mais c'est l'accès aux salle de cinéma qui est difficile.»
Il y a 30 ans, le cinéma américain occupait 70 % du temps-écran.
Actuellement, ils sont rendus à 90 % au Québec et à 98 % au Canada anglais, relate le producteur, et les nouvelles technologies n'aident en rien. «Les salles de cinéma ont dû modifier leurs équipements pour présenter les nouveaux films, des équipements qui ont été financés en grande partie par les Américains qui, de cette façon-là, contrôlent de plus en plus la programmation des cinémas», explique-t-il.
Ceci dit, le besoin demeure, répète-t-il. Alors il continue. «Des projets, j'en ai pour 10 ans devant moi. Je ne sais juste pas, d'une fois à l'autre, si j'aurai la possibilité d'en faire un autre.»
Le producteur Rock Demers présente son nouveau Conte pour tous, le 24e d'une série qu'il aimerait bien voir se poursuivre sans lui.
> Le martien de noël (1971)
> La guerre des tuques (1984)
> Opération beurre de pinottes (1985)
> Bach et bottine (1986)
> Le jeune magicien (1987)
> C'est pas parce qu'on est petit qu'on peut pas être grand (1987)
> La grenouille et la baleine (1987)
> Les aventuriers du timbre perdu (1988)
> Bye bye chaperon rouge (1989)
> Pas de répit pour Mélanie (1990)
> La championne (1990)
> Danger pleine lune (1990)
> Fierro... L'été des secrets (1991)
> Vincent et moi (1991)
> Tirelire, combines & cie (1992)
> Le retour des aventuriers du timbre perdu (1994)
> Viens danser sur la lune (1997)
> Mon petit diable (1999)
> Régina (2000)
> La forteresse suspendue (2001)
> Un été avec les fantômes (2003)
> Daniel et les superdogs (2004)
> Un cargo pour l'Afrique (2009)
Jean Beaudry est de retour avec ses hors-la-loi
De Trois-Rivières, sa ville natale, le comédien et cinéaste Jean Beaudry colporte depuis trois décennies un amour de la culture qu'il a découvert dans son tout jeune âge au Séminaire Saint-Antoine, collège dirigé à l'époque par les Franciscains et qui est devenu, depuis, le campus de l'Université du Québec à Trois-Rivières.  
C'est en compagnie des Franciscains qu'il a abordé le théâtre comme acteur, puis comme metteur en scène, sillon qui l'a mené à devenir le cinéaste que l'on a découvert plus tard avec les longs métrages Jacques et Novembre (1984), Les Matins infidèles, Pas de répit pour Mélanie (1990) et Tirelire, Combines et Cie (1992).
C'est avec son troisième Conte pour tous, intitulé La gang des hors-la-loi, qu'il était de retour cette semaine à Trois-Rivières, ville qui a été témoin de ses débuts de comédien avec la troupe du Point-Virgule, de ses débuts au cinéma dans un film de Michel Audy, et de ses deux années d'enseignement au Cégep de Trois-Rivières.
Il était donc déjà dans la vingtaine quand il a quitté Trois-Rivières pour gagner la métropole à une époque où sa ville natale était bien différente du portrait d'aujourd'hui. Ces dernières années, il la redécouvre en posant un oeil admiratif sur les travaux réalisés pour donner aux Trifluviens l'accès à leur fleuve. Il adore le parc portuaire, le Musée Boréalis et le projet de l'amphithéâtre. S'il n'en coûtait pas si cher de déplacer une équipe de tournage, il aimerait bien un jour diriger ses caméras sur son patelin d'origine. «Faudrait bien que j'écrive une histoire qui se déroule ici...»
Or voilà, le cinéma étant ce qu'il est dans le contexte actuel, le financement est tout, sauf évident. Il en a encore fait l'expérience sur le plateau de tournage de son dernier Conte pour tous. «Les budgets sont plus petits aujourd'hui que dans le passé, c'est un peu étrange, mais c'est comme ça», note-t-il.
Heureusement, certaines choses ne changent guère. Jean Beaudry l'observe notamment avec les générations d'enfants qu'il a dirigés dans ses films. Que l'on ait 8, 10 ou 12 ans en 1984 ou que l'on se retrouve à ces âges en 2014, les réalités ne sont pas si différentes, observe-t-il, à l'exception peut-être de tous ces textos et courriels qui circulent allègrement et qui, dit-il, changent la dynamique et resserrent les liens sur un plateau de tournage peuplé de jeunes gens.
Il l'a vécu l'été dernier en tournant La gang des hors-la-loi. «Rapidement, ils ont formé une gang. La cohésion s'est établie tout de suite et encore maintenant, ils gardent contact parce qu'il s'écrivent à tous les jours», dit-il. Là cessent toutefois les comparaisons. «Les jeunes d'aujourd'hui connaissent plus de choses, mais le jeune être humain, lui, n'a pas beaucoup changé.»
Mais encore, M. Beaudry estime que le jeune spectateur n'a pas vraiment changé non plus même si, ces dernières années, ces cinéphiles ont été bombardés de films au rythme passablement plus rapide que celui des Contes pour tous. «Quand les jeunes se reconnaissent et sont touchés par des personnages qui sont comme eux et qui parlent comme eux, ils ne font pas la différence.»
Jean Beaudry n'avait pas sorti de film depuis 1996, depuis Le cri de la nuit, qui n'avait pas obtenu des résultats escomptés au box office, ce qui lui a donné du mal à obtenir du financement par la suite pour ses autres projets. Si on ajoute à cela qu'un de ces projets le liait au producteur, scénariste et réalisateur Marcel Simard, qui s'est suicidé, on peut en conclure que ses dernières années n'ont pas été les plus faciles. C'est dire que ce nouveau Conte pour tous était une bien agréable nouvelle. Or, s'il n'en tenait qu'à Rock Demers, Jean Beaudry en aurait bien d'autres à réaliser sous peu.
«Il y a des réalisateurs dont j'admire beaucoup le travail, mais que je ne vois pas du tout diriger des enfants. Jean est un excellent directeur de comédiens qu'ils soient enfants ou adultes. Il a la sensibilité qu'il faut.»