Denis Pellein

Redonner aux enfants

Denis Pellerin est resté sous le choc quand le directeur de l'école Yamachiche-Saint-Léon, Claude Chartrand, est entré dans l'autobus qu'il conduisait une journée du mois de novembre 2012 pour lui demander de venir en aide financièrement à des enfants dont les parents n'avaient pas les moyens de payer des habits pour l'hiver imminent de même que de la nourriture.
L'école avait l'habitude de faire appel à la fondation Stratos de Trois-Rivières, mais cette année-là, l'argent leur manquait. De retour chez lui, ébranlé, le transporteur scolaire de deuxième génération a longuement réfléchi et de là lui est venue l'idée de mettre sur pied une fondation dont le but serait de recueillir de l'argent pour permettre à ces enfants défavorisés d'améliorer leur sort et de se développer au meilleur de leurs capacités.
Le directeur, dont l'école affiche l'indice de milieu défavorisé le plus élevé (10/10), raconte qu'il ne s'attendait pas à un projet d'une telle ampleur et qui plus est, qu'il soit mis si rapidement en branle. «Ça m'est rentré dedans. On entend souvent parler de pauvreté, mais je ne pensais pas que ça existait ici à Yamachiche», se rappelle M. Pellerin, natif de la municipalité.
Pour former son conseil d'administration, ce dernier a rejoint des bénévoles qu'il savait dévoués à la cause et ayant des compétences complémentaires, dont sa propre fille. «Ça les a touchés autant que moi».
Quelques mois et des formalités administratives plus tard, la Fondation école Yamachiche-Saint-Léon voit le jour. Entouré d'enseignants, de parents, de grands-parents et du directeur de l'école, le président Denis Pellerin assure aux 350 élèves des deux écoles, de maternelle quatre ans à la sixième année, un accès aux mêmes privilèges, en leur permettant de vivre dans un milieu scolaire stimulant et d'améliorer leur estime de soi.
De l'aide concrète
Durant cette première année, les 15 000 $ amassés ont permis d'offrir le petit-déjeuner aux enfants dans le besoin, de remettre des certificats à l'effort, de fournir des habits neufs et d'acheter dix BMX et dix planches à roulettes pour permettre à tous les enfants de profiter des installations en place pendant les cours d'éducation physique.
«C'est au-delà de mes espérances!», assure Claude Chartrand. C'est donc que l'aide financière amassée a non seulement permis de combler des besoins primaires, mais aussi de développer d'autres projets qui n'auraient pu être financés par l'école. M. Pellerin se dit confiant pour la prochaine année: «Je pense qu'on va se rendre à 20 000 $. C'est plus facile maintenant qu'on est davantage connus» soutient-il, une lueur de fierté au fond des yeux.
Ce sont les professeurs et le directeur qui font leurs demandes en lien avec la mission de la fondation. «Je sais que l'argent est bien utilisé alors je n'ai pas besoin de savoir à qui elle va directement», explique M. Pellerin, qui consacre beaucoup d'énergie pour ces enfants qu'il ne connaît pas personnellement. Les commentaires reçus ici et là permettent toutefois d'affirmer hors de tout doute que cette aide tangible est grandement appréciée.
Donner au suivant
Propriétaire de l'entreprise de transport scolaire fondée par son père il y a plus de 50 ans, Autobus Pellerin aujourd'hui devenu Autobus DenPell, Denis Pellerin reconnaît que les enfants lui ont permis de bien gagner sa vie et c'est aussi pour cette raison qu'il est redevable envers eux. Il se compte très chanceux de ce succès professionnel et il se dit fier de pouvoir redonner à ces enfants qui ont toujours fait partie de sa vie: «Aujourd'hui je leur en dois. Je suis très content de pouvoir faire ça pour eux».
Mise sur pied il y a maintenant un an, la Fondation école Yamachiche-Saint-Léon est là pour rester et d'autres projets verront le jour dès l'an prochain. Les bénévoles visent entres autres l'amélioration de la cour d'école et ils veulent recevoir des artistes tels que le conférencier Jasmin Roy, qui lutte contre l'intimidation, ainsi que des troupes de théâtre qui sensibilisent à propos du décrochage scolaire.
C'est une vision à long terme et une pérennité que souhaite léguer à la fondation celui qui prendra sa retraite d'ici quelques années.