Humoriste parfois déjanté, Réal Béland est également un fin analyste du monde de l'humour. Il présentera son spectacle Une autre planète ce samedi, 8 mars, à la salle J.-A. Thompson.

Réal Béland: le spectacle de la maturité

Quand, le 8 mars, Réal Béland présentera son spectacle Une autre planète en supplémentaire à la salle J.-A. Thompson, il retrouvera l'activité la plus gratifiante pour lui.
«Comme je suis le producteur de mon propre spectacle, c'est le seul endroit où je contrôle tout et où je fais totalement les choses à ma façon», soutient-il.
Malgré un apparent éparpillement professionnel qui le fait toucher à toutes sortes d'avenues comme la télévision, le cinéma, les narrations, la radio, la mise en scène, Réal Béland est un puriste et un véritable ingénieur de la chose comique. Son spectacle est solidement structuré, résultat de 25 ans d'expérience et d'analyse de l'univers de l'humour.
«Ça me prend une idée de base pour justifier un spectacle et cette fois-ci, l'idée, c'était les biographies. Je commence avec ma propre biographie et ensuite, je prends différents personnages dont j'établis la bio.»
«Dans ce spectacle, je me permets du stand-up, ce que je n'aurais pu faire dans le passé. C'est une question de maturité. À 42 ans, je peux aborder des sujets plus sérieux qui se traitent bien en stand-up. J'ai amélioré mon écriture et je peux parler de ma famille, d'une certaine nostalgie, de mes croyances religieuses, etc. Mais c'est sûr qu'avec moi, ça mène toujours à l'absurde, je l'avoue.»
L'humoriste nuance d'ailleurs ce terme. «Je pense que par définition, l'humour est absurde. Quand on prend un fait de la réalité et qu'on le traite en humour, on l'exagère, on le transforme vers l'absurde pour le rendre comique. Le vrai absurde, comme ce que font les Denis Drolet, par exemple, c'est de l'abstrait. On n'a pas à comprendre, c'est quelque chose qu'on sent et qu'on trouve drôle sans l'analyser. Comme un artiste peintre qui fait une toile avec des coups de pinceau anarchiques et qu'on aime sans trop savoir ce que c'est.»
On peut donc dire que Réal Béland tend résolument vers l'abstrait. «Dans le spectacle, je pars de faits connus des gens mais j'essaie de les entraîner dans cette folie-là. Pour moi, l'humour, ce serait d'arrêter le plus possible de réfléchir et de s'abandonner à ce qui nous fait rire, le plus simplement du monde.»
Il est parfaitement conscient qu'il fait ainsi appel à une totale subjectivité, qu'il risque de perdre des fans en cours de route. «Je sais que je peux les échapper mais dans le spectacle, j'ai toujours prévu de les rattraper rapidement. J'offre quelque chose de très différent par la suite alors, je suis toujours susceptible de retrouver mon monde quelque part. Je fonctionne instinctivement. J'équilibre mon spectacle à l'instinct.»
De la même façon qu'il peut «sentir» son public à chaque soir. Il sait d'instinct jusqu'où, dans l'abstrait, il peut se permettre d'aller avec ce public-là.
«Certains soirs, les gens sont disponibles à aller plus loin que d'autres. J'ai toujours de la réserve pour pousser plus loin mes blagues si je sens que les gens sont prêts à y aller. Je suis toujours prêt à aller au niveau supérieur mais je sais que certains soirs, le public n'a pas envie de ça.»
Bien sûr, l'humoriste reprend ici des personnages qui l'ont rendu célèbre. Un peu parce qu'il ne veut pas priver son public de ce qu'il veut et aime et unpeu parce qu'il en a lui-même envie.
«Deux ans avant le début de l'écriture du spectacle, j'avais décidé de laisser tomber M. Latreille. Les gens l'ont réclamé mais surtout, moi-même, je m'en suis ennuyé. Je l'ai donc ramené comme je ramène le King des ados. Lui, je l'ai fait vieillir un peu: j'en ai fait un agent d'immeuble.»
Après une année de tournée, le spectacle a évolué. «Je dirais qu'en comparant avec la première, il y a 50 % du spectacle qui a changé. J'ai modifié des numéros qui ne marchaient pas suffisamment bien mais surtout, je fais constamment du fignolage. Comme je me produis moi-même, que je fais la mise en scène, j'ai la liberté de le faire mais ça m'oblige à constamment porter unregard sur le spectacle, à le critiquer pour l'améliorer. Il est meilleur qu'au début et je n'ai pas d'hésitation à dire que c'est le meilleur de mes trois spectacles jusqu'ici.»