Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Qui paiera pour l'asphaltage?

Contrairement à ce qu'elle avait avancé lors de la grande assemblée d'information organisée le 7 mars 2016 à Espace Shawinigan, la Ville songe sérieusement à ne plus répartir à l'ensemble de ses contribuables les coûts d'asphaltage dans le cadre du projet d'assainissement des eaux usées et d'aqueduc autour du lac à la Tortue.
Ce possible virage s'expliquerait par le fait qu'en un an, la facture des citoyens concernés a été passablement réduite en raison d'un programme d'aide beaucoup plus généreux. La Ville voit donc moins la pertinence d'adopter une mesure exceptionnelle pour alléger leur fardeau.
Interpellé sur cette question en début de semaine, le maire, Michel Angers, n'a rien voulu confirmer pour le moment. Il ne nie toutefois pas qu'il s'agisse d'une possibilité. La décision pourrait être dévoilée lors d'une nouvelle rencontre d'information prévue plus tard au printemps, mais une tenue de registre sur le règlement d'emprunt de 40,8 millions $ est prévue... lundi.
«On regarde tous les éléments et quand on aura l'ensemble des coûts, on aura une séance d'information», résume M. Angers.
«L'an dernier, nous étions avec un projet financé à 66 %. Les gens nous ont demandé la possibilité qu'il y ait une contribution de la Ville. J'ai pris mon bâton du pèlerin, on est allé frapper à la porte du gouvernement et on est passé de 66 % à 83 %.»
Effectivement, à pareille date l'an dernier, le projet était qualifié dans le Programme d'infrastructures Québec-Municipalité, lequel prévoyait un partage des coûts égal entre les gouvernements provincial, fédéral et municipal.
Sur la base d'un investissement alors estimé à 40,2 millions $, les trois partenaires s'engageaient à défrayer chacun 13,4 millions $. La part de Shawinigan reposait uniquement sur une taxe de secteur assumée par les citoyens desservis.
Pour réduire cette pression financière sur les riverains, l'Association pour la protection du lac à la Tortue (APL) avait suggéré au conseil municipal de répartir à l'ensemble des citoyens les coûts pour l'asphaltage dans la partie de Shawinigan, estimés à 842 146 $.
Ce principe avait été accepté et ses conséquences avaient été précisées lors de la grande assemblée d'information du 7 mars 2016. L'APL avait salué le geste, mais estimait que la Ville pouvait faire un effort supplémentaire.
En janvier, les ministres François-Philippe Champagne et Julie Boulet confirmaient que le projet d'infrastructures autour du lac à la Tortue se qualifiait dans un nouveau programme, le Fonds pour l'eau potable et le traitement des eaux usées, en vertu duquel Québec et Ottawa absorbent 83 % des coûts admissibles.
Kathy Béliveau, présidente de l'Association pour la protection du lac à la Tortue.
Pas énorme
L'actuelle présidente de l'APL, Kathy Béliveau, s'attend à ce que des gens expriment leur mécontentement si jamais la Ville recule sur le financement de l'asphaltage, même si le nouveau programme réduira substantiellement la facture des riverains.
«Ce n'est pas officiel, mais ce que nous avons entendu, c'est qu'étant donné que la participation gouvernementale est maintenant à la hauteur de 83 %, la Ville n'allait pas couvrir les frais d'asphaltage», reconnaît-elle. «La facture serait refilée aux citoyens (desservis).» 
Malgré la présentation très claire de mars 2016, Mme Béliveau précise que la Ville n'avait jamais officiellement confirmé qu'elle absorberait ces frais.
«Nous avons fait une relance à l'automne et M. Ellefsen (directeur général adjoint) m'avait dit que si le financement à plus de 80 % passait, la Ville n'allait pas contribuer à la voirie. La facture serait refilée aux citoyens.»
Mme Béliveau remet les choses en perspective en mentionnant qu'un montant de quelque 840 000 $ représente bien peu de choses sur un investissement de quelque 43 millions $.
«Ce n'est pas énorme», tempère-t-elle. «C'est sûr qu'il va y avoir des échos de certains citoyens. Mais en général, les gens sont tellement tannés d'entendre parler de ce projet; ils ont hâte que ça aille de l'avant. Tout le monde est content que la facture soit financée à plus de 80 %. Certains vont critiquer le fait que la Ville ne contribue pas vraiment au projet, même si elle a travaillé très fort pour le financement.»
À Hérouxville, le maire, Bernard Thompson, indique que le conseil municipal n'a pas statué sur la répartition des frais de voirie. 
«Il faut penser qu'il y a beaucoup de monde qui passe sur cette route», opine-t-il. «Y a-t-il moyen d'alléger le fardeau des citoyens du lac? Chez nous, la décision finale n'est pas prise, car on attendait d'avoir les montants finaux et complets. Selon les discussions que nous avons eues jusqu'à maintenant au conseil, une partie sera assumée par l'ensemble de Hérouxville pour l'asphalte, ça c'est sûr. Dans quelle proportion, je ne le sais pas.»