Quel rôle pour le Canada en Afrique?

La récente volonté du gouvernement canadien d'acquérir 18 avions de combat relance le débat sur le rôle que pourrait jouer les Forces armées canadiennes dans le monde. Parallèlement, en novembre dernier, la Secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie, Michaëlle Jean, appelait de ses voeux le retour du Canada sur le continent africain. Deux affirmations qui, mises bout à bout, donnent l'occasion de brosser le portrait actuel et les perspectives d'avenir du Canada en Afrique.
À l'aube des années 2000, le Canada occupait une position d'avant-plan en Afrique. D'abord très présent sur la scène humanitaire et diplomatique, jouissant d'une image respectable, le Canada s'est depuis peu à peu retiré de cette sphère d'influence pour investir davantage l'espace économique du continent africain. Dès 2000, Ottawa entreprenait en effet un virage commercial, teintant ses relations bilatérales avec les pays africains. Ce virage s'est accentué en 2013, le gouvernement de Stephen Harper enjoignant ses diplomates postés en Afrique à travailler d'abord pour le bénéfice des industries canadiennes. En attendant que le gouvernement de Justin Trudeau détaille la place que prendra désormais le Canada sur la scène africaine, ce sont donc les entreprises canadiennes, particulièrement les minières, qui accaparent le terrain.
De paix ou de combat?
De l'avis du chef d'état-major de l'Armée canadienne, Jonathan Vance, le Canada déploiera «très bientôt» des soldats en Afrique, possiblement 600 militaires. Traditionnellement, les Forces armées canadiennes ont fait leur niche en Afrique dans le cadre de missions de maintien de la paix. Père fondateur des casques bleus, le Canada était régulièrement sollicité afin de «maintenir» la paix dans des régions en proie à des conflits et où les protagonistes soutenaient l'intervention de l'ONU. Sera-ce le cas avec cette nouvelle intervention ?
Le Mali est le pays le plus souvent évoqué pour accueillir cette mission militaire canadienne. D'autant que les militaires canadiens sont déjà à l'oeuvre dans cette région. Depuis 2013, le Canada a en effet effectué 51 vols dans le cadre d'opérations antiterroristes françaises en Afrique de l'Ouest. Qui plus est, en février 2016, une centaine de soldats canadiens ont participé à l'opération Flintlock au Sénégal, un exercice militaire annuel chapeauté par les États-Unis. 
Au Mali, le mot guerre est davantage d'actualité que le mot paix. Les braises du radicalisme y brûlent et c'est de là que sont coordonnés plusieurs attentats terroristes perpétrés dans la bande du Sahel. En 2016, une vingtaine de casques bleus ont été tués à l'intérieur des frontières maliennes. Le gouvernement canadien s'apprête-il à déployer nos militaires en Afrique de la même manière qu'il l'a fait en Afghanistan, en Libye, ou en Irak ?
Une mission intéressée?
Les intérêts économiques du Canada en Afrique ne sont peut-être pas étrangers à la volonté d'Ottawa d'y décupler sa présence militaire. En effet, les actifs miniers canadiens sur le continent africain avoisinaient les 30 milliards $ en 2014. Plus de 130 compagnies extractives canadiennes y rentabilisent leurs activités, dont près de la moitié en Afrique de l'Ouest, principalement au Burkina Faso, au Ghana et au... Mali.
Avec seulement 13 ambassades officielles et 12 bureaux consulaires implantés dans les 57 pays et territoires africains, on peut se demander si le Canada aurait intérêt à mieux y enraciner ses relations diplomatiques, nourrissant le dialogue, privilégiant la médiation et le consensus, avant d'y débarquer des soldats qui ne sont pas toujours les mieux placés pour parler de démocratie, du respect des droits de la personne, d'égalité et de paix.