Trois-Rivières se classe sixième au palmarès des villes les plus polluées du Canada.

Qualité de l'air: Trois-Rivières et Bécancour parmi les plus polluées

Rien de rassurant sur l'air que les Trifluviens et les Bécancourois respirent quotidiennement. Selon les plus récentes données sur la qualité de l'air émises par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les deux villes de la région se classent respectivement sixième et huitième sur 130 villes étudiées en terme de concentration moyenne annuelle de particules fines dans l'air.
<p>Bécancour prend la huitième place du palmarès de l'Organisation mondiale de la santé.</p>
Ainsi, l'air de Trois-Rivières recèlerait 34 PM10 (particules d'un diamètre inférieur à 10 micromètres) par mètre cube, à égalité avec la ville de Montréal, alors que l'atmosphère de Bécancour en contiendrait 32 PM10. À titre de comparaison, la ville canadienne dont l'air est le plus pollué, Calgary, enregistrait un taux de PM10 de 53, alors que la moyenne mondiale se situe à 71 PM10. Notons que le seuil recommandé par l'OMS est de 20 PM10 par mètre cube.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce néfaste palmarès mauricien et centricois, souligne André Belisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), notamment l'histoire et la base industrielle de Trois-Rivières et des villes avoisinantes, le chauffage au bois dans des poêles à combustion lente de piètre qualité, ainsi que le parc automobile grandissant et en triste état.
À ce propos, M. Belisle rappelle que le Québec accuse un retard gênant en ce qui à trait à l'entretien obligatoire des véhicules qui circulent sur son réseau routier. «Contrairement au reste du Canada et aux pays membres de l'Union européenne, le Québec n'a toujours pas mis en place un programme d'inspection obligatoire. Ainsi, nous possédons l'un des parcs automobiles le plus polluant d'Amérique.»
Sans oublier le calcium répandu sur les routes durant l'hiver et qui, une fois séché, virevolte dans l'air et gonfle la quantité de particules en suspension. La ville de Trois-Rivières étant balafrée par le passage de l'autoroute 40, le nombre de particules fines soulevées et respirées par les Trifluviens est donc décuplé.
Qui plus est, la région se situe au coeur d'un courant d'air transfrontalier qui trimbale dans ses voiles des particules fines à travers tout le continent. «L'Amérique du Nord est traversé par un vent transrégional qui souffle du sud-ouest des États-Unis vers le nord-est du Québec, souligne le président de l'AQLPA. Ce vent souffle sept jours sur dix et traîne dans son sillon la pollution des grandes villes industrielles du Midwest américain jusqu'au Québec.»
Une hypothèse confirmée par le ministère du Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques (MDDLCCC) du Québec. Dans son dernier état de la situation, le ministère souligne que le flux transfrontalier de particules fines en provenance des États-Unis représente 25 à 30 % de la pollution de l'air ambiant dans le sud-ouest du Québec. Ce chiffre grimpe de 30 à 60 % lorsqu'il s'agit de particules fines dérivant de l'Ontario.
«Les régions les plus touchées par le smog transfrontalier sont situées dans le sud du Québec, près des limites ontarienne et américaine. Plus on s'éloigne de la région des Grands Lacs, plus les sources de smog sont attribuables aux émissions québécoises», souligne Patrick Simard, directeur du Conseil régional de l'environnement de la Mauricie.
Enfin, la construction résidentielle et les travaux d'entretien des artères routiers mettent en suspension une nuée de nouvelles particules fines qui, par la suite, seront respirées par les citoyens. Comme les projets de construction domiciliaire pullulent dans la cité de Laviolette, il n'est pas exclu que cette effervescence participe, certes, à la dynamisation économique de la région, mais également à la détérioration de son air environnant.
Au-delà de la limite PM10 recommandée par l'OMS, l'air respiré peut représenter un danger potentiel pour la santé humaine, en outre en augmentant les risques de maladies respiratoires causées par l'altération des fonctions pulmonaires, et d'autres problèmes tels la cardiopathie, les accidents cardiovasculaires cérébraux et certains cancers.
«L'exposition humaine aux sources industrielles est plus variable, certaines industries étant situées près des communautés contribuent significativement à l'exposition des populations locales», insiste Rosalie Lefebvre, conseillère en santé environnement à la direction de santé publique de la Mauricie.
«Les principaux effets sur la santé sont l'aggravation des maladies cardiorespiratoires et une diminution de la capacité pulmonaire. Dans les effets à long terme on retrouve l'augmentation des cas de bronchite chronique et d'asthme ainsi qu'une augmentation du risque de cancer du poumon».
En 2012, plus de 7 millions de personnes seraient décédées dans le monde, attribuables aux effets de la pollution de l'air. Notons que le MDDLCCC a mis en place un indice québécois sur la qualité de l'air, qui permet aux citoyens de connaître la quantité de polluant atmosphérique dans une région donnée.
Villes les plus polluées au Canada
1- Calgary
2- Red Deer
3- Sarnia
4- Squamish
5- Montréal
6- Trois-Rivières
7- Regina
8- Bécancour
9- Edmonton
10- Windsor