Pyrrhotite: SNC Lavalin va en appel

Faisant écho à la décision de SNC-Lavalin de porter le jugement en appel, le porte-parole de la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite (CAVP), Yvon Boivin, se montre amèrement déçu, mais conserve une attitude combative. Il redoute que la multinationale cherche, par ce geste d'affront, à établir les bases d'une stratégie de négociation afin de réduire les compensations de 196 millions de dollars que le juge Michel Richard avait intimées aux parties défenderesses de verser solidairement aux victimes. SNC-Lavalin avait été reconnue responsable à 70 %.
«Ce que l'on croit comprendre, c'est que SNC-Lavalin désire aller en appel par stratégie. Si c'est dans le but de négocier à la baisse, ses avocats se trompent totalement de stratégie. Il n'y aura pas de négociation à la baisse, il faut être très clair à ce sujet», affirme d'entrée de jeu M. Boivin.
Si SNC-Lavalin ne change pas son fusil d'épaule et qu'il persiste et signe dans son désir de faire appel de la décision, la CAVP entend mobiliser l'opinion publique et les différents paliers gouvernementaux d'un océan à l'autre pour s'assurer que l'image publique de l'entreprise ne ressorte pas indemne de cette aventure.
«La riposte des victimes de la pyrrhotite sera catastrophique pour l'image de SNC-Lavalin, soutient M. Boivin. Nous entendons mettre en branle des actions concertées et soutenues pour dénoncer l'attitude de cet ancien fleuron québécois. Nous ferons des démarches dans tous les médias francophones et anglophones pour demander aux décideurs publics et à ceux qui confient des contrats aux firmes d'ingénierie de boycotter SNC-Lavalin. Je ne crois pas que les différentes villes du Québec et les différentes provinces seront insensibles au fait qu'une région du Canada est en train de crever à cause de cette crise», insiste M. Boivin avec aplomb. 
«Dans une société comme la nôtre, on ne peut pas permettre à une entreprise dont la responsabilité s'élève à 70 % de jouer au Robinson avec des victimes comme nous. C'est une tache noire importante et une honte dans l'histoire de SNC-Lavalin.»
D'autres actions seront également entreprises, mais la CAVP ne veut pas étaler les détails de sa contre-attaque sur la place publique. «SNC-Lavalin doit comprendre qu'on est sérieux», riposte M. Boivin. 
Dorénavant, la CAVP tiendra pour acquis que la multinationale est directement responsable des problèmes futurs inhérents à la présence de la pyrrhotite. «L'appel de SNC-Lavalin, qui peut durer jusqu'à deux ans, va entraîner des nouveaux suicides, des faillites, des séparations, des maladies chez les victimes. Le drame humain va se poursuivre. Chose certaine, les nouveaux décès seront imputables à SNC-Lavalin.»
M. Boivin ajoute que cette situation en suspens, si elle perdure ad vitam eternam, fera très mal à l'économie régionale. «J'ai parlé à un concessionnaire automobile qui me disait que ses ventes avaient baissé dramatiquement et que la cause principale était la pyrrhotite. Des commerces font faillite, des restaurants ferment leurs portes, faut pas se le cacher, la pyrrhotite a plus d'impact sur l'économie que la fermeture de la centrale Gentilly. Cette crise est en train de créer une véritable récession dans notre région.»
À la Ville de Trois-Rivières, on se montre aussi extrêmement déçu de la décision de SNC-Lavalin, bien que l'on respecte en toute lettre le droit de justice de l'entreprise de porter sa cause en appel. La Ville assure qu'elle continuera à soutenir les victimes de la pyrrhotite au meilleur de sa capacité. «Nous espérons qu'une décision finale sera prise le plus rapidement possible. Ce qu'on veut, c'est que les maisons soient réparées sans tarder», dit Yvan Toutant, porte-parole de la Ville.
Un appel prématuré
Me Pierre Soucy, qui représente le premier groupe de victimes de la pyrrhotite, considère que la demande en appel de SNC-Lavalin est prématurée, car le juge Michel Richard n'a pas encore déposé son jugement final.
«Je ne suis pas surpris que SNC-Lavalin fasse appel, mais on considère que l'appel est prématuré et non pas de plein droit. Nous avons une preuve d'expertise fort documentée qui cible la pyrrhotite comme unique cause, ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Nous avons d'excellents arguments à faire valoir à l'encontre de SNC-Lavalin.»
Cette demande en appel pourrait brasser considérablement les cartes, selon Me Soucy. «Il faut savoir que l'appel est un couteau à double tranchant, car les autres parties pourraient dire à SNC-Lavalin: ce n'est pas 70 % de la responsabilité que vous devriez assumer, mais 100 %. C'est une position que les autres défendeurs pourraient soutenir.»
L'avocat des victimes de la pyrrhotite ne sait pas si la décision de la multinationale s'inscrit dans une stratégie de négociation. «On sera toujours présents pour revendiquer les droits qui ont été accordés aux demandeurs. Si en cours de route, il arrivait que SNC-Lavalin nous fasse des propositions, on les écoutera et on fera les recommandations qui s'imposent à nos clients. Mais on n'en est pas là. Je ne peux donc pas spéculer sur le caractère stratégique ou non de leur appel.»
Au moment de mettre sous presse, les responsables de SNC-Lavalin n'avaient toujours pas retourné nos appels.