La pyrrhotite, un amalgame de fer et de souffre, a la propriété d'affaiblir les fondations lorsqu'elle se retrouve dans le béton. Le problème touche au moins 1300 foyers, surtout en Mauricie.

Pyrrhotite: pas d'autres solutions que la démolition

Il n'existe encore aucune solution connue, pour l'instant, à part la démolition, pour remédier à la présence de pyrrhotite dans les fondations en béton. La Coalition Proprio-Béton veille donc au grain pour que personne ne fasse croire le contraire aux consommateurs qui sont aux prises avec ce grave problème.
La Coalition enverra d'ailleurs sous peu une mise en demeure au Groupe Solroc de Montréal afin de lui interdire de mettre en annexe de ses rapports d'analyses une référence au Guide d'aide aux victimes de la pyrrhotite qu'elle a rédigé.
«Ils l'ont fait sans notre permission», indique le porte-parole de la Coalition, Yvon Boivin.
C'est que dans ses rapports de pyrrhotite, Solroc mentionne qu'il existe des produits qui mériteraient d'être expérimentés pour réparer les fondations sans avoir recours à la démolition.
Solroc prend toutefois soin d'aviser ses clients que les manufacturiers de ces solutions n'offrent aucune garantie.
«De nos jours, un diagnostic de pyrrhotite est vu par maints propriétaires comme un diagnostic de sida de leur maison. Or, de la même façon que le sida se traite désormais, la science de la protection du béton a sans doute en main des outils qui ont le potentiel de préserver l'actif des propriétaires trifluvien (sic) injustement pénalisés de la sorte», peut-on lire dans le rapport de Solroc.
«En annexe C, nous présentons quelques produits qui pourraient (NDLR: ce mot en souligné en italique) avoir cette vertu, notamment le Xypex, utilisé au Japon pour stopper l'attaque du béton par des produits acides, ou le Krytex, ou les membranes hydrofuges de Bakor, ou de Sika», poursuit le rapport de Solroc.
«Nous avons vainement essayé de trouver un produit que les manufacturiers oseraient garantir, mais c'est là un engagement potentiellement très coûteux qu'aucun d'entre eux ne veut prendre. Pourtant, il faudra bien que quelqu'un propose une autre solution que le démantèlement des fondations de milliers de maisons en excellent état», ajoute le rapport.
La Coalition refuse catégoriquement de voir son nom associée à ces propos. En effet, à l'occasion du procès sur la pyrrhotite, l'an dernier, des experts de renommée mondiale ont démontré à la cour qu'aucune technique, pour l'instant, ne permet de réparer un ouvrage béton contenant de la pyrrhotite tout en promettant que ce dernier aura la même vie utile et la même solidité que s'il était construit de béton sain.
La Coalition craint donc que des rapports rédigés par des experts aussi crédibles que des firmes de géologues, où seraient mentionnés des moyens alternatifs de réparation, fassent perdre aux propriétaires la possibilité d'obtenir plein dédommagement lors de procédures judiciaires.
L'auteur du rapport de Solroc, Guy Arbour, s'est dit «troublé», lundi, en apprenant l'interprétation que la Coalition a fait de son document d'inspection. Il invite la Coalition à lire ce dernier avec attention. Le rapport, fait-il valoir, ne suggère nullement à ses clients d'adopter une solution alternative. «On présente des voies de recherche», explique-t-il, en insistant sur le fait qu'il ne conseille nullement à ses clients d'appliquer une de ces solutions.
Dans le rapport dont la Coalition a obtenu copie, Solroc prend malgré tout la peine d'inclure une annexe où elle présente les «produits de protection du béton contre l'humidité» tout en précisant qu'«aucun n'est garanti, mais le Xypex mérite d'être testé.»
L'ingénieur-géologue Guy Arbour souhaite qu'on encourage au plus vite la recherche afin de trouver d'autres solutions que la démolition.
«Je ne peux pas croire qu'avec toutes les ressources qu'on a au Québec en termes d'équipes de recherche, on ne peut pas se pencher pour essayer de voir s'il n'y aurait pas une façon de boucher ou d'empêcher l'accès à l'humidité à la pyrrhotite qui est en surface», plaide-t-il. «Il devrait y avoir un effort de recherche pour essayer de sauver, si c'est possible», ces fondations.
Si la Coalition n'apprécie pas que Solroc compare la pyrrhotite au sida, M. Arbour, lui, fait valoir qu'il a remarqué la réaction psychologique des victimes. «C'est un peu comme si l'on déclarait que leur maison avait le sida. J'ai vu des couples en grande difficulté divorcer à la suite des problèmes financiers que ça engendre», illustre-t-il.
Guy Arbour dit qu'il ne veut en aucun cas se mettre à dos la Coalition. Toutefois, il se sent dans son droit de mettre en lien, dans son rapport, le Guide d'accompagnement de la Coalition pour aider ses clients puisque le Guide est déjà en ligne, donc public, dit-il.
En mentionnant certaines solutions alternatives dans ses rapports sur la pyrrhotite, M. Arbour assure qu'il ne fait que présenter «des trucs qui pourraient peut-être marcher. Nous, on ne le garantit pas parce qu'on ne l'a pas essayé. C'est sûr que dans la mesure où un manufacturier ne garantit pas, ce n'est pas une solution qui est applicable», fait-il valoir.
La Régie du bâtiment, de son côté, n'a pas d'assises légales pour se prononcer publiquement en faveur d'une méthode de réparation du béton ou d'une autre.
«Vous pensez bien que s'il y avait une méthode moins coûteuse (que la démolition et la reconstruction), la GMN (Garantie des maisons neuves de l'APCHQ) l'aurait examinée», fait valoir la porte-parole de la RBQ, Marie-Claude Dufour.