La pyrrhotite, un amalgame de fer et de souffre, a la propriété d'affaiblir les fondations lorsqu'elle se retrouve dans le béton. Le problème touche au moins 1300 foyers, surtout en Mauricie.

Pyrrhotite: la Coalition demande 200 M$

La Coalition Proprio-Béton entend demander un soutien financier de 200 millions $ aux gouvernements du Québec et du Canada, en 2014, afin de soutenir les victimes de la pyrrhotite pour les cinq prochaines années.
Yvon Boivin, porte-parole de la Coalition Proprio-Béton.
Le porte-parole de la Coalition, Yvon Boivin, évalue que les dégâts infligés dans la région par la pyrrhotite se chiffreront au final à quelque 1 milliard $.
Or, puisqu'il faut réparer les édifices et les infrastructures, ce milliard $ générera des taxes à Québec et à Ottawa de 15 %, ce qui représente 100 millions $ pour la province et 50 millions $ pour le fédéral, «des revenus de taxes qui n'étaient pas prévus pour les gouvernements», fait-il valoir. Ces sommes devraient donc être retournées aux victimes de la pyrrhotite, estime M. Boivin.
Dépendamment de l'issue du procès, dont le jugement est attendu quelque part entre fin janvier et mars, Yvon Boivin estime que les deux paliers de gouvernement devraient également ajouter 50 millions $ de plus en soutien financier, portant le total de l'aide à 200 millions $ pour les victimes de la région.
«Les deux gouvernements vont retirer de nouvelles taxes grâce à la pyrrhotite. Ils doivent les redonner aux victimes», plaide Yvon Boivin. «En fait, ils vont retirer ces sommes en plus des impôts qui seront générés par la situation. La pyrrhotite en Mauricie génère des emplois et les entrepreneurs qui réparent paient des impôts», fait-il valoir.
Yvon Boivin estime que Québec et Ottawa n'auront guère le choix d'apporter leur soutien dans cette crise, de toute façon. Ce dernier fait valoir qu'à l'issue du procès, les compagnies d'assurances auront probablement un effort considérable à fournir pour dédommager leurs clients. «Or, elles ont des limites», indique-t-il, persuadé qu'il y aura de moins en moins d'argent pour les victimes qui feront partie des autres procès à venir sur la pyrrhotite.
Selon l'issue du premier procès, de nombreuses victimes pourraient être dédommagées et pourraient donc rembourser les sommes reçues dans le cadre du programme d'aide financière du gouvernement du Québec, tel que prévu. Yvon Boivin prévoit que tel ne sera toutefois pas le cas pour toutes les victimes dont la cause sera entendue dans les autres procès à venir. L'aide gouvernementale deviendra donc plus indispensable que jamais, estime-t-il.
La députée de Champlain, Noëlla Champagne, indique que son gouvernement devrait arriver avec des réponses et des solutions dès le début du mois de février, d'autant plus que le caucus du Parti québécois se tiendra à Shawinigan les 5 et 6 février. «Il va beaucoup être question de la Mauricie», dit-elle.
On discutera notamment des pertes importantes en revenus de taxes encourues par la Ville de Trois-Rivières, indique-t-elle.
«Je ne crois pas que mes collègues, mon gouvernement, ma chef en personne vont arriver ici les mains vides», fait valoir la députée. «Il y a des réponses qui devront être données», dit-elle. «Il faut absolument que la Ville sache où elle s'en va avec ce problème-là.»
«Il est clair que toutes les propositions vont être étudiées à leur juste valeur», fait valoir Mme Champagne en parlant tout particulièrement de celle de la Coalition Proprio-Béton.
Le fonds d'aide provincial aux victimes de la pyrrhotite étant épuisé depuis l'été dernier, Mme Champagne indique qu'une semaine intense de discussions est survenue à ce sujet, avant les Fêtes avec la première ministre, Pauline Marois et les ministres Sylvain Gaudreault et Yves-François Blanchet.
Mais avant de s'engager, ajoute Mme Champagne, il est clair que le gouvernement aimerait bien connaître le jugement que rendra l'honorable Michel Richard, dans quelques semaines, ainsi que le nombre relativement exact de victimes qu'il y aura au final en Mauricie. Afin de susciter les gens à déclarer leur problème, il n'est pas impossible que Québec établisse une date butoir pour les tests de pyrrhotite après laquelle il ne sera plus possible d'obtenir une aide financière.
De son côté, le député fédéral NPD Robert Aubin semblait peu optimiste, lundi, face à la perspective d'une aide du gouvernement Harper. «Il ne veut pas bouger», déplore-t-il. Non seulement le gouvernement fédéral s'entête-t-il toujours à faire la sourde oreille face aux victimes, mais selon Robert Aubin, il ne veut pas bouger non plus concernant la modification de la norme sur le béton qui empêcherait que pareil drame se reproduise au pays. Le député tente présentement de contourner le problème en s'adressant à l'organisme de normalisation CSA.
Le député Aubin a l'intention de collaborer à nouveau avec la Coalition afin d'examiner sa proposition concernant l'utilisation des taxes pour soutenir les victimes. Robert Aubin publiera d'ailleurs sous peu les résultats d'une enquête menée par son bureau auprès de 800 victimes, en collaboration avec la Coalition, démontrant la part économique d'Ottawa dans la crise de la pyrrhotite, ne serait-ce que les pertes encourues par la Société canadienne d'hypothèques et de logement.