Tomy Raymond, propriétaire de l'entreprise d'excavation RS2 inc. de Saint-Étienne-des-Grès, est une des victimes des difficultés financières de Bisson-Prétech.

Pyrrhotite: Bisson-Prétech risque la faillite

Le consortium Bisson-Prétech, qui a réparé des dizaines de maisons aux prises avec la pyrrhotite en 2010, 2011, 2012 et 2013 dans la région, est en proposition concordataire, une étape qui précède le recours à la loi sur la protection de la faillite. Elle doit près de 11 millions $ à des dizaines de créanciers au Québec, dont 1,4 million $ à la Banque de développement du Canada et 5 millions $ à la Banque Nationale.
Aucun contrat n'a été donné à cette firme pour les lots de maisons à réparer en 2014 en Mauricie, indique Marie-Claude Dufour, porte-parole de la Régie du bâtiment du Québec. «L'entreprise n'a plus de licence» de toute façon, dit-elle.
Toutefois, des lots ont été accordés à Bisson-Expert qui, selon la Régie du bâtiment, est une entité complètement distincte de Bisson-Prétech même si leur adresse d'affaires, à Trois-Rivières, est la même dans les deux cas.
La RBQ, assure Mme Dufour, a fait des vérifications pour s'assurer de la solvabilité de Bisson-Expert avant de lui accorder les contrats en question.
C'est ce même discours que tenait, par les années passées, Ronald Ouimet, l'ancien directeur de la Garantie des maisons neuves de l'APCHQ, lorsque la Coalition Proprio-Béton lui demandait pourquoi les contrats de reconstruction des cas de pyrrhotite allaient toujours aux mêmes firmes.
M. Ouimet avait répété à maintes reprises qu'il fallait aller en appel d'offres auprès des entreprises qui avaient les reins les plus solides, avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui.
Parmi ces entreprises, Bisson-Prétech a toujours décroché des lots de maisons à réparer chaque année jusqu'en 2013 inclusivement. En fait, elle a décroché rien de moins que 80 % de tous les contrats de réparation donnés par la Garantie des maisons neuves de l'APCHQ dans le dossier de la pyrrhotite, signale la Coalition Proprio-Béton.
La proposition concordataire de Bisson-Prétech, entreprise constituée en juin 2009 au tout début de la crise de la pyrrhotite, a été émise le 24 mars dernier par le syndic de faillite Richter Groupe Conseil de Montréal.
Sept entreprises de la Mauricie comptent parmi les 141 créanciers au dossier.
C'est aux Entreprises RS2 inc. de Saint-Étienne-des-Grès que le consortium doit le plus gros montant dans la région, soit 39 265 $. Le jeune propriétaire de 35 ans de cette entreprise d'excavation, Tomy Raymond, qui travaille dans le milieu de la construction depuis 15 ans et à son compte depuis 5 ans, ne cache pas son découragement.
M. Raymond raconte avoir travaillé pour Bisson-Prétech en mai et juin, l'an dernier, pour la première fois et n'a jamais été payé pour son travail. Il a dû entamer des procédures judiciaires, en décembre dernier, pour tenter de récupérer son argent. «J'avais quatre pelles qui travaillaient, des dix roues et dix employés. À un moment donné, il faut être payé», fait-il valoir.
Pendant tout ce temps, Tomy Raymond devait payer ses propres sous-traitants et assumer les frais inhérents à l'utilisation de ses propres équipements.
«J'ai payé toutes mes dettes et je me suis demandé si j'allais faire faillite. Les 40 000 $ que Bisson-Prétech me doit, c'était le bénéfice que j'avais dans les poches à la fin de mon année», déplore-t-il. «Alors là, je repars à zéro. Mais tout ça m'a empêché de faire bien des jobs parce que je n'avais plus mon fonds de roulement», confie-t-il.
M. Raymond, qui s'est retroussé les manches et s'est remis en selle malgré tout, admet qu'il n'avait pas vu venir cette situation de Bisson-Prétech. «C'est une très grosse compagnie», fait-il valoir.
À la Régie du bâtiment, Marie-Claude Dufour indique que les propriétaires dont les travaux ont été réalisés par Bisson-Prétech depuis 2010 ne doivent pas s'inquiéter si certains problèmes à leur bâtiment devaient survenir puisque ces travaux sont couverts par une garantie de 5 ans.
«Mais après 5 ans, ils sont couverts par quoi? Et ils vont poursuivre qui?», questionne de son côté le président de la Coalition Proprio-Béton, Yvon Boivin.
«Notre souhait, c'est que les gens aient la certitude qu'ils font affaires avec des entrepreneurs qui ont une solide santé financière et qui vont faire des années et non fermer après 4 ans ou 5 ans», demande M. Boivin au nom des victimes.
«La RBQ et le gouvernement doivent donc donner des certitudes par rapport à ça», estime-t-il.
«Je le redis encore une fois, les acheteurs de maisons neuves ne sont pas bien protégés. C'est un risque d'acheter une maison neuve. C'est le pire risque qu'un individu peut prendre. Tu mets en jeu le principal investissement d'une vie. Tu es mieux d'acheter une maison usagée et là, tu as la capacité de poursuivre celui de qui tu l'as achetée», résume-t-il.