Robert Deschamps, ex-député de Saint-Maurice.

Programme d'accès à la propriété à Shawinigan: Deschamps dénonce l'initiative

Déjà lourdement taxés, les contribuables de Shawinigan ne doivent pas en plus participer au financement d'un programme qui facilitera l'acquisition d'une propriété aux gens de l'extérieur, dénonce l'ex-député de Saint-Maurice, Robert Deschamps.
L'ancien représentant adéquiste s'est présenté à la période de questions de la dernière assemblée régulière du conseil municipal de Shawinigan pour interpeller les élus à ce sujet.
Rappelons qu'en janvier, ils avaient voté à l'unanimité une résolution demandant à l'Assemblée nationale d'adopter un projet de loi d'intérêt privé qui permettrait à Shawinigan de créer un programme d'acquisition de propriété.
La Ville avait annoncé une initiative comparable en 2007, mais l'an dernier, le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire a questionné la légalité d'une mesure semblable puisqu'en principe, une Municipalité ne peut consentir une aide financière à des particuliers. Le conseil municipal tente donc de contourner le problème en suggérant une loi privée.
Le maire, Michel Angers, a déjà expliqué que le déclin démographique observé à Shawinigan ainsi que l'impossibilité d'en venir à une entente avec les municipalités voisines pour obtenir une compensation pour l'utilisation de ses équipements supralocaux avaient incité les élus à suggérer cette solution. À long terme, la Ville croit qu'elle pourra attirer de nouvelles familles et ainsi, augmenter son bassin de taxation. 
Il s'agit de bien nobles intentions, mais M. Deschamps ne voit pas pourquoi les taxes des Shawiniganais devraient être utilisées pour encourager des citoyens de l'extérieur à devenir des «voisins subventionnés».
Surtout, fait-il remarquer, que ce programme ne s'adresse pas uniquement pour de nouvelles constructions, mais pour favoriser «l'acquisition de propriétés résidentielles», selon les termes utilisés dans l'avis public diffusé à plusieurs reprises au printemps dans l'Hebdo du Saint-Maurice. Ce qui signifie que le programme vise aussi les maisons existantes.
La Ville n'a évidemment pas encore fait connaître précisément ce qu'elle prévoyait comme mesure incitative, mais l'avis public indique qu'elle souhaite «accorder une aide financière ou des crédits de taxes aux particuliers».
«Dans un contexte où nous sommes une ville centre, où nous offrons des services aux municipalités autour, avec un compte de taxes qui est évidemment toujours plus élevé, nous voulons être attrayants», explique M. Angers. «L'objectif avec ce projet de loi privé est de faire légalement ce qui était fait illégalement, avec des critères et des balises.»
Les explications n'ont pas convaincu l'ex-député, qui qualifie la philosophie du conseil municipal de «socialisme intégral». 
«Vous allez créer une iniquité envers les payeurs de taxes», croit-il. «Nous sommes environ 22 000 présentement. Pourquoi les aînés, qui ont payé leur maison et qui paient des taxes, seraient appelés à financer le voisin? Vous allez créer deux types de citoyens.»
Le maire fait remarquer que les municipalités adoptent déjà toutes sortes de stratégies pour séduire certaines clientèles. «On peut ne rien faire pour attirer les familles, les jeunes», reconnaît M. Angers. «La population va continuer à diminuer. On ne peut pas laisser aller les choses.» 
«Pour le conseil municipal, c'est une stratégie d'investissement», poursuit le maire. «Si on veut tirer des dividendes, il faut être attrayant. Que ce soit pour les emplois, les aînés, les personnes immigrantes, nous avons une stratégie d'universalité de services. Les aînés paient pour les jeunes et les jeunes paient pour les aînés. Ce qu'on veut éviter, c'est la décroissance démographique.»
Un peu plus tard à la même période de questions, Sylvain Giguère s'est dit favorable à l'initiative du conseil municipal.
«C'est une bonne méthode pour attirer les gens», croit-il. «On s'en va en baissant à Shawinigan et les taxes vont en montant. Nous avons eu 185 000 $ de taxes de plus (en 2016) pour des nouveaux bâtiments. Ce n'est pas beaucoup.»
Comme prévu, le député de Saint-Maurice, Pierre Giguère, a accepté de parrainer ce projet de loi privé.
«Si tout va bien, il devrait être déposé à l'automne», avance-t-il. Si jamais il est adopté, il s'attend à ce que les municipalités limitrophes rappliquent.
«Personnellement, qu'il y ait une mesure incitative, ça peut être correct si je me mets dans la peau de la Ville», commente M. Giguère. «Mais il faut penser aux autres autour. Si la Ville a le droit, les autres vont le demander.»