René Goyette

Phase 2 de Savoura: la Régie dit non et vise le compostage

Le nouveau président de la Régie des matières résiduelles de la Mauricie, René Goyette, n'est pas très chaud à l'idée de voir pousser une phase 2 au complexe de serres à tomates Savoura, à Saint-Étienne-des-Grès.
M. Goyette estime en effet que l'expérience vécue avec la productrice de tomate, jusqu'à présent, «n'a pas été bénéfique pour la Mauricie et ne l'est pas encore». C'est que la Régie n'a encore tiré aucun revenu de son partenariat. Un premier chèque a toutefois été mis à la poste cette semaine a tenu à préciser, jeudi, la présidente des Serres du Saint-Laurent, Marie Gosselin.
La construction d'un deuxième complexe de serres nécessiterait un apport supplémentaire important de biogaz généré par les matières résiduelles enterrées au lieu d'enfouissement technique de Saint-Étienne-des-Grès.
Un peu plus tôt, cette semaine, la présidente des Serres du Saint-Laurent s'est inquiétée des conséquences de la politique québécoise de gestion des matières résiduelles qui interdira l'enfouissement des matières putrescibles et obligera leur valorisation dès 2020.
Pour Marie Gosselin, cette politique signifie rien de moins qu'un frein à son projet de développement à Saint-Étienne-des-Grès parce que le LET ne générera plus suffisamment de biogaz pour alimenter le deuxième complexe qu'elle veut construire.
Le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a confirmé, cette semaine, qu'il n'avait pas l'intention de modifier sa politique bien qu'il soit conscient des difficultés que cela engendrera pour certaines entreprises du Québec qui sont dépendantes du biogaz.
Le président de la Régie, de son côté, indique que la région se soumettra à la politique du ministère en choisissant probablement le compostage pour valoriser les matières putrescibles.
L'idée d'une usine de biométhanisation, qui était dans l'air depuis quelques années, n'apparaît plus très intéressante pour la Régie, principalement pour une question de coûts, explique René Goyette. «On a à peu près 50 millions $ de dettes pour le lieu d'enfouissement de Saint-Étienne», dit-il.
La saga judiciaire avec Savoura entourant la mise en service des installations de biogaz a coûté cher, rappelle-t-il. «Ça a coûté des millions $ à l'ensemble des gens de la Mauricie», rappelle le président.
La Régie, rappelons-le, a perdu sa cause contre Savoura en appel à la suite d'un procès de plusieurs mois. «Et on n'a pas encore reçu un chèque de la part de Savoura» pour le biogaz fourni, ajoute-t-il.
La Régie est-elle prête à tenter une nouvelle expérience avec Savoura? «Je pense que, personnellement, non», répond René Goyette, «et le conseil d'administration, non», ajoute-t-il.
«Ce n'est pas facile. Ce n'est pas encourageant. Si c'était gagnant-gagnant pour tout le monde, ce serait le fun, mais ça n'a jamais été gagnant», fait-il valoir.
La présidente des Serres du Saint-Laurent n'a pas voulu répliquer, jeudi.
Marie Gosselin indique qu'elle a demandé une rencontre avec le conseil d'administration de la Régie et qu'elle souhaite qu'une rencontre soit aussi tenue avec le ministre Yves-François Blanchet afin de trouver une solution qui ferait l'affaire de toutes les parties.
La Régie, quant à elle, a déjà une bonne idée de la manière dont elle se conformera à la politique. «Présentement, on envisage le compostage» pour mettre en valeur les matières putrescibles, indique René Goyette, «parce que c'est une méthode qui va coûter meilleur marché pour la Mauricie. Mon objectif, c'est de diminuer la dette à moyen terme», plaide le président.
Ceci semble d'autant plus logique, fait-il valoir, qu'il y a à peine 10 % des 200 000 tonnes de matières résiduelles enfouies à Saint-Étienne-des-Grès qui sont considérées comme putrescibles.
La Régie voit d'ailleurs un portrait se dessiner dans un horizon pas très lointain. Plus les années passent, plus les matières résiduelles seront valorisées de différentes manières et moins elles seront abondantes dans les lieux d'enfouissement sanitaire. René Goyette croit donc qu'il faut prendre les actions nécessaires pour ne pas endetter les générations futures avec de gros projets de biométhanisation, d'où le choix de plus en plus clair du compostage pour la Mauricie.