Robert Bouchard parcourt plus de 1000 km par semaine pour recevoir ses traitements d'hémodialyse au CHRTR.

Parcourir 1000 km par semaine pour survivre

Imaginez prendre huit heures de votre journée, parcourir plus de 350 kilomètres, et devoir répéter l'opération trois fois par semaine... tout le reste de votre vie. C'est la réalité à laquelle fait face Robert Bouchard, un Latuquois de 86 ans affecté par des problèmes rénaux.
Depuis bientôt cinq ans, l'homme parcourt au-delà de 1000 km par semaine afin de recevoir des traitements d'hémodialyse, essentiels à sa survie, à Trois-Rivières. «Ce n'est pas un cadeau», dit-il dans un soupir. Le jour du diagnostic, c'est non seulement la vie du patient qui est chamboulée, mais celle de sa famille tout entière également, surtout lorsque les traitements ne sont pas à proximité.
«Quand on l'apprend, c'est très décourageant», confirme la fille de M. Bouchard, Line Bouchard-Cliche. En plus de l'organisation exemplaire d'un horaire, la famille doit gérer les inquiétudes. «Les déplacements sont pénibles pour ces gens-là. Ils ont déjà un état de santé précaire. Ils sont très à risque sur la route. En plus de tous ces kilomètres, ils doivent vivre avec les imprévus comme une route bloquée par un accident, les travaux, les conditions climatiques...», souligne Mme Bouchard-Cliche.
Pour le Latuquois, il n'a jamais été question de déménager, même s'il passe près de la moitié de sa semaine à l'extérieur de son domicile. «Ç'a été souvent un sujet de discussion, c'est difficile de déraciner quelqu'un et de l'envoyer demeurer à Trois-Rivières. Il y en a qui l'ont fait et je suis convaincue qu'ils reviendraient à La Tuque s'il y avait de la dialyse», soutient sa fille.
On pourrait croire, après tant d'années, que la routine s'est installée, mais non. Robert Bouchard doit continuer de se motiver. «Je suis tanné, mais tant qu'il n'y en a pas ici, je n'ai pas le choix. Si je choisissais de ne pas en faire, ça ne durerait pas longtemps», souligne-t-il. Il doit également combattre les périodes de découragement, qui viennent avec les saisons. «Il y a des bouts où je voudrais tout arrêter, où je trouve ça décourageant, mais c'est passager. Le lendemain, on fonce», confirme l'octogénaire.
Sa fille unique ne se gêne pas de dire à quel point l'homme est inspirant pour sa famille. «C'est un exemple de courage, il nous inspire».
Il ne fait aucun doute que l'implantation d'un nouveau site d'hémodialyse a ravi la famille et l'homme de 86 ans, mais pour ce dernier les 18 mois prévus à la mise en place apparaissent comme une éternité. «J'aimerais ça être le premier patient, mais je ne sais pas si cela va arriver, 18 mois c'est très long. On va encore voyager quelques hivers», souligne-t-il.
Reste que M. Bouchard est convaincu que de recevoir ses traitements à La Tuque, changerait sa qualité de vie. «Je serais proche, je pourrais dîner et souper chez moi, je serais moins fatigué et je pourrais continuer mes activités.»
C'est d'ailleurs pour cette raison que sa fille a entrepris des démarches, il y a près de deux ans, pour que de tels services soient offerts en Haute-Mauricie. Avec deux autres dames, elles ont lancé une pétition et envoyé des lettres à différents intervenants. «Nous avons demandé des résolutions pour nous appuyer à la Ville de La Tuque, à la municipalité de la Bostonnais, à Lac-Édouard, au conseil de la nation Atikamekws et au conseil de Wemotaci. Ils ont tous répondu favorablement», affirme-t-elle.
L'appui de la population s'est également fait sentir. «Les gens étaient aussi positifs que nous et ils y croyaient. Il y a plus de 5000 noms sur la pétition», note Line Bouchard-Cliche.
Cette dernière souligne également que la collaboration du CSSSHSM a été constante tout au long des démarches. «Ça n'a pas été long que la direction de l'hôpital a accepté de nous rencontrer. Ils ont pris le dossier en main. Ç'a toujours avancé. Lentement, mais sûrement.» Line Bouchard-Cliche se dit très satisfaite de l'avancement du dossier, même si elle espère voir le département ouvrir un peu plus tôt. Elle siégera d'ailleurs au comité formé par le CSSSHSM pour veiller au déroulement des opérations.