Daniel Lepage

Parce que la vie n'est pas finie...

Pour Daniel Lepage, la prévention du suicide est la cause de sa vie. Depuis près de dix ans, il s'y consacre sans compter. «Cette cause-là, je l'ai dans les tripes», affirme le chargé de projet à l'UQTR qui est l'instigateur du programme des Sentinelles ainsi que le président-fondateur de l'Association des endeuillés par suicide de La Traverse (AES).
En 2004, M. Lepage a vécu l'épreuve du suicide de sa conjointe, ce qui l'a laissé avec trois enfants, âgés de 9, 10 et 12 ans. Le choc, la douleur, ont été apaisés par un entourage de premier ordre.
«Les deuils ne sont jamais faciles, peu importe le contexte dans lequel on les vit. Je m'estime chanceux parce que j'avais un bon réseau d'amis autour de moi: j'étais bien encadré», témoigne-t-il.
«Je suis capable de voir que j'ai bénéficié d'éléments qui ont été facilitateurs pour que je reprenne la routine et que je redevienne productif. Mais ce n'est pas donné à tout le monde», confie-t-il. «Et quand on parle d'un deuil, on sait quand il commence. Mais quand se termine-t-il? Personnellement, je pense qu'un deuil ne se termine jamais. La différence, c'est finalement l'équilibre qu'on va retrouver.»
Et puis, la vie n'est pas finie: elle continue. «Pour moi, c'était important de donner un sens à tout cela. J'ai regardé ce qui pouvait être fait. Souvent, les endeuillés du suicide d'un proche vont vivre dans la culpabilité et dans la honte, et ils vont s'isoler.»
M. Lepage a donc relevé ses manches, a regroupé autour de lui des alliés, et deux ans plus tard, l'AES voyait le jour. Ce regroupement réunit que des bénévoles: aucune permanence pour tenir le fort.
M. Lepage précise que l'AES vient compléter l'offre de service des autres organismes qui oeuvrent dans ce domaine très spécifique. «On n'est pas en compétition avec les organismes qui offrent déjà des services aux endeuillés. On organise des activités qui permettent aux endeuillés de briser leur isolement et d'échanger entre eux dans le moyen et le long terme», explique-t-il.
Et plus récemment, lors d'un échange avec Hélène Roy du centre de prévention suicide (CPS) Les Deux rives, il a été question de l'implantation de réseaux de Sentinelles. C'est là qu'a germé dans l'esprit de M. Lepage l'idée de doter l'UQTR d'une telle brigade. «Heureusement, l'UQTR a accédé à ma demande», se réjouit-il. Depuis septembre 2013, des employés de l'université s'appliquent à détecter les gens qui pourraient être aux prises avec la détresse.
Les Sentinelles établissent le pont entre la personne qui représente un risque suicidaire, qui souffre et qui demande de l'aide, et les ressources déjà en place. «Elles vont les diriger vers les services existants.» Présentement, on compte une vingtaine de Sentinelles à l'université, et une seconde cohorte devrait voir le jour éventuellement. «Il y a une très bonne réponse de la part du milieu», constate M. Lepage. «Heureusement, ce projet bénéficie d'une belle collaboration entre l'université et le CPS Les Deux rives, qui dispense la formation», mentionne-t-il.
L'honneur qui lui est rendu, M. Lepage tient à le partager avec tous les gens qui travaillent dans le domaine de la prévention du suicide au Québec, «parce qu'ils oeuvrent dans des contextes qui ne sont pas faciles. Il n'y a pas d'argent et on attend énormément d'eux. Mais il faut le dire: ils sont, pour la plupart, des passionnés pour ce qu'ils font. Pour moi, ce sont eux les vraies têtes d'affiche.»
La décision de M. Lepage de se retrousser les manches et d'aider l'être humain lui rapporte une sensation de bien-être. «Quand on a l'impression de faire une différence, ça fait un grand bien. Des fois je me demande si on fait vraiment une différence quand on vient en aide à quelqu'un. Je pense que oui. Et ce n'est pas juste les Sentinelles ou les gens endeuillés: c'est toute la population qui peut faire une différence. Si j'avais un message à lancer, ce serait d'inviter les gens à faire une différence dans le cadre de la Semaine de prévention suicide», qui a débuté hier et qui se prolonge jusqu'au 9 février.
Vous pouvez entendre l'entrevue avec notre Tête d'affiche dans l'émission matinale Chez nous le matin, animée par Frédéric Laflamme, au 96,5 FM, entre 6 h et 9 h, ainsi que le reportage présenté au Téléjournal Mauricie du dimanche.