Oups, l'avion a bifurqué

Moi qui croyais revenir à la maison après cette escapade en Birmanie, l'avion a bifurqué. 28 jours, ça vous dit quelque chose mesdames? 28 jours ici, c'est la durée pour un visa de séjour.
Un visa que je craignais de ne pas obtenir avant mon départ. C'est qu'ici ils refusent les entrées aux photographes et aux journalistes. Je suis donc devenu un encadreur. Aucune mention de Photomédia, je suis devenu un encadreur. I'm Claude Gill , framer since 27 years.
Mais c'est maintenant que je dois quitter même si j'étais extrêmement bien sur mon balcon du septième étage à Yangon downtown.
Mais, mais, mais, l'avion a fait un virage en U, un u-turn. Un u-turn à Bangkok. Bah, je retrouverai mon chemin. À la nage, en joggant ou en auto-stop, je retrouverai mon chemin. Mauvaises nouvelles pour vous, je reviendrai à Shawi.
Ceci et cela étant dit, maintenant à Bangkok, ça me donne du temps pour vous parler de choses plus sérieuses.
Monkway
Il a treize ans, ne va pas à l'école, orphelin, beau comme cent coeurs, efficace comme pas un et il bosse du matin au soir dans un café de Innlay Lake. De tôt le matin à tard le soir, il bosse. C'est le serveur de la place. Il parle peu l'anglais, mais sait très bien compter. Un sourire craquant, souvent il chante. Il chante très bien, beaucoup mieux que moi. J'aurais aimé chanter comme lui.
Monkway est son nom, mais je n'en suis vraiment pas certain. Il ne voulait pas me dire son nom, c'est son patron qui me l'a ainsi nommé. Et toutes les fois que je l'appelais Monkway, toutes les fois, les gens de la place pouffaient de rire. Ainsi que le gamin. Malgré le fait qu'il vive à Innlay Lake, Monkway n'est pas un Intha mais un Birman comme il me l'a appris lui-même.
Étant un homme, je ne l'ai pas trop cuisiné. C'est Satu, polyglotte, Finlandaise et Allemande, assise à ma table un certain soir qui m'a appris son statut d'orphelin... sans que je ne lui demande. Pendant qu'elle polyglottait dans sa soupe, elle polycommérait en plus. Il y avait de la soupe partout!
Juste avant mon retour pour Yangon, je retourne au café. Alors que je bouffais quelques chaussons birmans fourrés de toutes sortes de choses inédites et non censurées, et surtout pour rencontrer une dernière fois mon gentil gamin, deux hommes descendent d'un gros pick-up et débarquent au café.
L'un d'eux culotté de pantalons d'armée et portant une veste kaki me demande «You're writter?» Ma caméra et mes lentilles sur la table, mon cahier ouvert et mon crayon à la main, je lui réponds «Euuuuh no mister, it's for myself, souvenirs...». Un thé et sont repartis. Ouf!
Je laisse quelques kyats à Monkway, lui fais les dernières salutations et pars à mon tour pour faire une balade de bus à traverser des montagnes suicidaires pendant onze heures et rentrer à Yangon.
Salut gamin!