J.-Réal Desrosiers est né le 24 mars 1914, à Saint-Paulin. Il était le quatorzième des seize enfants d'Alfred Desrosiers et d'Azélie Lessard.

Monsieur le maire a 100 ans

Il n'y a pas de secret pour vivre 100 ans, à moins de s'appeler J.-Réal Desrosiers, d'avoir été maire de Cap-de-la-Madeleine pendant plus de 20 ans et de rester optimiste face à l'avenir. Mais encore? Son permis de conduire vient d'être renouvelé jusqu'en 2018, année de ses 104 ans.
«Je souhaite que ça continue aussi longtemps que possible. J'aime toujours autant la vie, les plaisirs de la table et parler avec les femmes», énumère le vieil ami lorsqu'on lui demande ce qui le rend heureux à la veille de célébrer son centième anniversaire. À compter de samedi et avec la complicité de son fils Maurice, parents et amis de J.-Réal Desrosiers se réuniront pour célébrer ses 100 ans. Ce lundi, jour même de son anniversaire, un dîner aura lieu en son honneur à la Résidence Cardinal Roy et plus tard en après-midi, l'ancien maire de Cap-de-la-Madeleine sera reçu à l'hôtel de ville de Trois-Rivières par le maire Yves Lévesque et plusieurs invités.
J.-Réal Desrosiers est né le 24 mars 1914, à Saint-Paulin. Il était le quatorzième des seize enfants d'Alfred Desrosiers et d'Azélie Lessard. Le garçon avait huit ans lorsque sa famille est venue s'établir à Trois-Rivières. «Je suis le seul survivant», souligne-t-il tout en se dirigeant tranquillement vers son logement de la résidence pour personnes âgées, sur la rue Cooke. L'homme est dans une forme étonnante étant donné son âge très avancé. Il marche d'un pas lent, mais solide, il parle doucement, mais sans détours. Il est sourd d'une oreille, mais comprend tout ce qu'on lui dit de l'autre.
«Je ne vous fais pas crier et je vous entends très bien. Je ne manque pas un mot!», aime rappeler le gentil monsieur qui ne fait pas son âge, et ce, sans pouvoir nous dire pourquoi ni comment.
«Je n'ai jamais rien fait de spécial, mais j'ai toujours été très actif», suggère M. Desrosiers. Jusqu'à l'âge de 90 ans, il a beaucoup voyagé avec son épouse, Théodora Vallières, décédée il y a dix ans. «Nous passions nos hivers en Floride et nous sommes allés une douzaine de fois en Europe. Châteaudun, la ville jumelée à Cap-de-la-Madeleine, était notre port d'attache», évoque celui qui s'est fait appeler «Monsieur le maire» pendant 21 ans, soit de 1960 à 1981.
C'est à la suggestion de ses compagnons du club Richelieu que J.-Réal Desrosiers a posé sa candidature pour succéder à André Julien. Trois fois de suite, il a été élu par acclamation et par la suite, ses victoires éclatantes sur ses adversaires n'ont laissé aucun doute quant à ses qualités de leader. Président de l'Union des municipalités du Québec en 1973, M. Desrosiers a été décoré de la Médaille du gouverneur-général du Québec en 1981.
«Je faisais de l'administration municipale, pas de la politique. La différence entre les deux est assez facile à expliquer. En politique, on vante nos faits d'arme à coup de gueule tandis qu'en administration, on y va de réflexions posées à chaque séance du conseil. Pour le progrès de la ville, c'est mieux comme ça», prétend l'ancien maire qui n'a jamais été du type flamboyant. «J'ai fait mon possible et mon devoir», dit-il simplement.
Sa plus belle réalisation est sans contredit la création du parc industriel dont la voie principale (reliant la rue Notre-Dame et le rang Saint-Malo) porte d'ailleurs son nom. Situé dans le secteur Sainte-Marthe-du-Cap, à proximité de la route 138, il est d'une superficie de 840 000 mètres carrés et n'offre plus de terrains disponibles. «Ça s'est rempli rapidement», acquiesce avec humilité M. Desrosiers qui, pour donner l'exemple, y avait déménagé au milieu des années 80 son ancienne imprimerie Art graphique fondée en 1949 à Cap-de-la-Madeleine.
D'hier à aujourd'hui
De son propre aveu, J.-Réal Desrosiers ne se souvient pas dans le détail de ce qu'il a fait hier. «Ça me dérange un peu, mais ce n'est pas mortel», dit-il avant de mentionner que sa mémoire à long terme est quant à elle aussi intacte que ses réflexes au volant de sa Buick Allure 1997 qui affiche seulement 58 000 kilomètres à l'odomètre.
«Je continue de passer mes examens à la régie de l'automobile (SAAQ). Je conduis l'inspecteur là où il veut aller», raconte le nouveau centenaire qui, tous les après-midi, retrouve ses amis, des «jeunes» dont la très grande majorité sont âgés entre 80 et 90 ans. Ils ont rendez-vous pour un café au centre commercial situé à moins de 4 km de la Résidence Cardinal Roy. Sauf exception, l'aîné du groupe s'y rend avec sa propre voiture. «Je ne vais pas vite. Je fais bien attention parce que je ne veux pas avoir d'accident. Si j'avais un accrochage, c'est certain qu'on m'enlèverait mon permis et sans mon permis, je vieillirais deux fois plus vite», soutient-il avec humour, franchise et lucidité.
À force de vivre aussi longtemps, le fidèle compagnon a inévitablement dû faire ses adieux à plusieurs membres de sa famille de même qu'à d'innombrables amis et anciens collègues. Pour dire vrai, jamais le Madelinois n'aurait pensé atteindre cet âge plus que vénérable.
«On m'a oublié!», suppose en riant J.-Réal Desrosiers qui dit croire en l'avenir, en Dieu et en la miséricorde éternelle. Pourquoi donc Monsieur le maire? «Ça me rend heureux!», répond en souriant le vieillard respectable qui n'a jamais abusé de l'alcool ni du cigare qu'il a fumé, jadis... «Je faisais juste de la boucane», précise-t-il pince sans rire. «Et je n'ai jamais sacré non plus!», jure enfin le centenaire sans oser insinuer que l'imiter serait un gage de longévité.