Joanne Blais, coordonnatrice de la Table de concertation des femmes de la Mauricie.

Moins de femmes candidates

Auparavant une région affichant une croissance du nombre de candidatures féminines lors des campagnes électorales québécoises, la Mauricie se dirige vers une baisse du nombre de femmes à solliciter l'appui des électeurs au scrutin du 7 avril.
En cette Journée internationale des femmes, le taux de candidatures féminines dans les circonscriptions de Trois-Rivières, de Saint-Maurice, de Laviolette, de Maskinongé, de Champlain et de Nicolet-Bécancour se situe à 23 %.
Les données compilées lors des trois dernières élections pour le secteur couvert par Le Nouvelliste indiquent que le taux de femmes candidates est passé de 25,8 % en 2007 à 27,6 % en 2008, alors qu'on comptait une trentaine de candidatures totales à chaque scrutin. On a dépassé le plateau des 30 % en 2012 avec un taux de 30,95 %. À cette élection, 42 candidats étaient en lice.
Même s'il reste des candidatures à être annoncées, il semble peu probable que le taux va approcher les données de 2012.
«La situation nous préoccupe. On se questionne», reconnaît Johanne Blais, coordonnatrice de la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie.
Mme Blais indique ne pas savoir pourquoi exactement la région se retrouve dans une telle situation. Elle rappelle que la Mauricie faisait partie des régions les plus performantes en la matière, au niveau municipal, avant la dernière élection. Le recul s'est fait sentir en novembre 2013: la présence des femmes au sein des conseils municipaux a chuté de 2 %, passant de 33 % à 31 %.
«Quand on parle de vie politique, on parle d'un milieu traditionnellement masculin. L'hypothèse qui circule est celle du plafond de verre. C'est lorsque les femmes occupent des postes traditionnellement masculins. Il y a un plafond invisible qui empêche les femmes de dépasser un seuil critique.»
Selon Mme Blais, on atteint ce plafond de verre lorsqu'on se trouve au tiers du nombre d'élus. La difficulté de dépasser ce seuil s'explique par la présence d'obstacles comme l'autonomie économique des femmes, la conciliation travail-famille, les tâches reliées à la maisonnée et le changement des mentalités.
«Quand tu te lances en politique, il faut que tu aies des sous, car tu dois consacrer du temps pour ta campagne. Plusieurs femmes n'ont pas les moyens de diminuer leur nombre d'heures au travail. Il faut faire garder les enfants. Ce sont des éléments qui peuvent freiner l'arrivée des femmes au pouvoir. Mais il faut que les femmes continuent à prendre leur place, à se faire confiance.»
Marie-Claire Kirkland-Casgrain a été la première femme à devenir députée à l'Assemblée nationale, en décembre 1961. Malgré les progrès notés dans la société québécoise dans l'avancement des femmes, ces dernières sont parfois victimes de propos sexistes, soutient Johanne Blais.
«Il y a encore des femmes qui se sont dire de s'occuper de leurs enfants, de retourner à leurs chaudrons. Il y a encore des résistances. Les hommes ont habité la sphère publique depuis toutes ces années. Il y en a pour qui l'arrivée des femmes, c'est merveilleux, ça donne de la complémentarité. Mais pour d'autres, c'est confrontant. La résistance au changement est un obstable», constate Mme Blais, en ajoutant que des incitatifs supplémentaires devront probablement être mis en place pour permettre aux femmes d'atteindre un autre niveau quant à la représentativité.
En chiffres
> 23 %: taux de candidatures féminines dans les circonscriptions de Trois-Rivières, de Saint-Maurice, de Laviolette, de Maskinongé, de Champlain et de Nicolet-Bécancour aux présentes élections
> 30,95 %: taux de candidatures féminines aux élections québécoises de 2012
> 27,6 %: taux de candidatures féminines aux élections québécoises de 2008
> 25,8 %: taux de candidatures féminines aux élections québécoises de 2007
> 31 %: Taux de femmes élues au sein des conseils municipaux à la suite des élections de 2013. Il s'agit d'un recul de 2 %.