Xavier Dolan et Marilyn Castonguay jouent un couple de Témoins de Jéhovah qui doivent affronter la maladie de l'homme dans Miraculum, le tout dernier film de Daniel Grou, alias Podz.

Miraculum: la vie et ses tout petits miracles

Les images de la reconstitution d'un crash aérien, du sol jonché de débris sur un immense périmètre sur la portion inutilisée de l'autoroute 30, à Bécancour, avaient laissé une forte impression le printemps dernier.
Qu'on le veuille ou non, cela nous laissait imaginer un film à grand déploiement construit autour de cette catastrophe. Or, c'est à un film certes ambitieux mais somme toute intimiste que le réalisateur Daniel Grou (Podz) convie les spectateurs avec Miraculum.
Précisons-le, les scènes de l'écrasement sont fugaces, quelques secondes à peine. Impressionnantes et conformes à ce qu'on avait pu en voir au tournage, mais fugaces.
Voici ce qu'il est convenu d'appeler un film choral avec quatre histoires indépendantes, sans être étanches. Le recoupement ne vient qu'en conclusion et par extrapolation puisque jamais on ne voit les personnages réunis, bien que le destin les amène à l'être.
Le réalisateur a privilégié une vision intimiste, humaine et sobre, pour raconter cette histoire scénarisée par Gabriel Sabourin, aussi interprète.
On retrouve un passeur de drogue (Sabourin) qui rentre au Québec pour effectuer une livraison en retour d'une prime qu'il destine entièrement à quelqu'un dans une quête de rédemption.
Un couple au bord de la rupture (Ann Dorval et Robin Aubert) s'apprête à partir en vacances dans le sud le soir même alors que le mari passe sa journée au casino plutôt qu'au travail et que son épouse boit à la maison.
Un barman du casino (Julien Poulin) connaît une passion amoureuse tardive avec une femme (Louise Turcot) qui travaille au vestiaire de l'établissement et les deux cherchent à vivre avec toute l'intensité possible cet amour fou et illicite puisqu'elle est toujours en couple.
Julie (Marilyn Castonguay), une infirmière et un électricien, Étienne (Xavier Dolan), tous deux Témoins de Jéhovah sont fiancés et affrontent la maladie possiblement mortelle de ce dernier avec toute la dévotion qu'impose leur foi. Cependant, l'infirmière vit des bouleversements moraux profonds quand un patient, seul survivant d'un crash d'avion commercial, arrive, gravement brûlé à l'urgence de l'hôpital où elle travaille. Or, sa survie dépend de transfusions sanguines d'un groupe sanguin très rare, le même que celui de l'infirmière, mais sa religion lui interdit de donner du sang.
Le film se déroule dans des sauts d'une trame à l'autre mais aussi d'un temps à un autre puisque les trois premières histoires se déploient préalablement à l'écrasement. Cela rend le récit un peu laborieux, surtout dans la première portion. On note bien une photo particulièrement blême dans l'univers des Témoins de Jéhovah quand on y plonge, mais c'est essentiellement par les événements qu'on se reconnaît dans cette narration en étoile.
Grou pose un regard discret et teinté de tristesse sur ces histoires. Seul l'amour de Raymond et Louise apporte un peu de joie dans ces univers un peu glauques. Et encore.
En même temps, tout est offert avec une finesse qui évite le sordide. En fait, on sent un respect des créateurs envers les spectateurs, leur laissant tout l'espace pour interpréter. Il en reste une certaine morosité que la conclusion n'atténue guère. Le récit intelligent et sensible de Gabriel Sabourin ne chemine pas résolument vers la lumière mais ouvre la porte à l'absolu. Il parle de destin, de ce que peut y faire notre volonté. De hasard, aussi. Il parle de forces qui agissent, à notre insu, pour définir le cours des choses.
Pour véhiculer cette approche subtile de Daniel Grou, il lui fallait des interprètes forts, capables de véhiculer l'émotion avec intensité sans appuyer. Il ne lui fallait pas forcément de gros noms mais le prestige dont il jouit désormais dans le cinéma québécois a sûrement aidé à ce qu'il en aligne quelques-uns dans son générique: Xavier Dolan, Ann Dorval, Gilbert Sicotte, Julien Poulin, Sylvain Marcel.
Elle n'est peut-être pas encore vedette mais Marilyn Castonguay est la plus brillante interprète du groupe pourtant prestigieux. Elle démontre son talent dans une retenue touchante. Comment l'émotion perle-t-elle à travers ses grands yeux et sa réserve, mystère, mais pourtant... En personnage pivot, elle est parfaite.
Dans son incarnation d'un personnage trouble, Gabriel Sabourin est impeccable. Son histoire est intéressante mais, à l'instar de tout le film, elle se conclut sans nous bouleverser. Un mot sur Xavier Dolan dont le jeu maniéré est le moins convaincant de la distribution.
Si ce récit complexe est fort bien mené, sa faiblesse est de ne pas nous chambouler. On se laisse entraîner sans peine et sans regret dans ce récit fascinant et humain mais sans le miracle suggéré par le titre.