Le maire de Shawinigan, Michel Angers, en entrevue éditoriale au Nouvelliste mercredi matin.

Michel Angers sollicite un troisième mandat

Michel Angers ne veut pas prédire combien d'années il souhaite encore passer à la tête de la Ville de Shawinigan, mais quand il quittera, le virage entrepreneurial, qui a véritablement pris son envol sous son empreinte, sera devenu irréversible.
Visiblement en grande forme pour entamer les derniers mois de son deuxième terme avant l'élection du 5 novembre, le maire s'est prêté à une première entrevue éditoriale depuis le début de sa carrière politique, mercredi matin dans les bureaux du Nouvelliste
Sans surprise, il réitère qu'il sollicitera un troisième mandat, mais il refuse de donner le moindre indice laissant croire qu'il pourrait s'agir de son dernier... s'il est élu dans un peu plus de neuf mois évidemment.
«Si je veux garder toute ma légitimité de gouverner jusqu'à la dernière semaine, je ne pourrais pas annoncer ça tout de suite», fait-il remarquer.
«Je veux solliciter un troisième mandat et pour le moment, je vais m'arrêter là. Je veux avoir les coudées franches pour réaliser tout ce que je veux faire.»
«J'ai toujours mentionné que je ne m'accrocherai pas et il n'y a personne qui va me montrer la porte», ajoute M. Angers.
«Quand j'étais plus jeune, j'avais un rêve: celui d'être capable de changer un petit morceau de société. (Comme maire), j'ai l'opportunité de faire un petit virage. Ce n'est pas important qu'on m'oublie quand je partirai. L'important, c'est d'avoir été capable de se réorienter. Shawinigan était précaire. Ce virage était primordial et nécessaire.»
Lorsqu'il s'est présenté pour la première fois comme candidat à la mairie en 2009, M. Angers voulait s'attaquer principalement à trois défis: la reconversion économique, la réalisation d'un centre d'entrepreneuriat et la réhabilitation des infrastructures municipales. Aujourd'hui, il pourrait très bien se dire mission accomplie, mais il est encore allumé par des défis et surtout, il souhaite sécuriser son héritage.
«Une personne qui voudra se présenter devra dire clairement à la population ce qu'elle veut faire», prévient le maire.
«Quand je vais quitter, plus personne ne voudra regarder en arrière. Plus personne ne va baisser la tête et se demander ce qui va nous arriver. On va compter sur nous-mêmes et on va regarder en avant. Celui ou celle qui voudra défaire ça, tenez bien votre tuque!»
Équipe unie
Devant les membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan jeudi midi à l'Auberge Gouverneur, Michel Angers soulignera, comme l'an dernier, la contribution des conseillers municipaux à l'avancement de la ville. Depuis 2013, toutes les résolutions ont été adoptées à l'unanimité en assemblée publique, ce qui peut donner comme impression que le maire navigue sur des eaux bien calmes.
Il répète évidemment que derrière les portes closes en séance privée, les conseillers défendent leurs points avec énergie. L'important demeure la recherche d'un consensus et jusqu'ici, les élus sont toujours parvenus à accorder leurs violons.
Compte tenu de cette parfaite harmonie et que tous les conseillers ont déjà confirmé leur intention de briguer les suffrages, Michel Angers souhaite-t-il que les Shawiniganais élisent les mêmes individus autour de la table pour le prochain mandat?
«Je vais laisser la population faire ses choix», répond-il prudemment. «La démocratie va s'exprimer en novembre. Si la population décide de faire des changements, je vais accepter sans problème la décision que les citoyens vont prendre. Je ne crains absolument pas de nouvelles personnes. Mais le modèle est extrêmement précieux. Je vais tenter de le garder jalousement.»
Des candidats commencent à se manifester dans certains districts de Shawinigan, mais à la mairie, ça ne se bouscule pas trop aux portes. Michel Angers assure être prêt à toute éventualité. Il lance fièrement n'avoir jamais perdu une élection de sa vie et il ne lui a pas effleuré l'esprit qu'une imprévisible vague populiste comme on en observe à travers le monde puisse ébranler son trône.
«La politique municipale est très proche des citoyens», nuance-t-il.
«Nous sommes très près de la critique. Un certain cynisme s'est installé dans le monde politique, à tort ou à raison. Tous les gens insatisfaits ont un moment pour s'exprimer et ça s'appelle une élection. En contrepartie, il y a plein de gens qu'on rencontre qui sont heureux à Shawinigan. Ils ont retrouvé leur fierté et leur sentiment d'appartenance.»
Toujours régionaliste
Même s'il a dû avaler de travers à quelques reprises au cours de la dernière année en raison de la tournure du dossier de la compensation pour l'utilisation des équipements supralocaux de Shawinigan, Michel Angers privilégie toujours une cohésion régionale entre les élus afin que la Mauricie retrouve son lustre.
«Si on était des premiers de classe, si on était les meilleurs, on pourrait se permettre de travailler chacun dans notre coin», fait-il remarquer. «Mais quand on regarde les enjeux économiques, seule la Gaspésie est un peu pire que nous. On n'a pas les moyens de travailler chacun de notre côté.»
Le maire de Shawinigan ne sait pas trop si le débat des supralocaux a terni son aura de leader régional. Il assure que dans les autres dossiers communs, ses collègues ne semblent pas lui en tenir rigueur. Et puis, la création du Fonds d'appui au rayonnement des régions servira sans doute de prétexte pour que les élus se mobilisent autour de projets collectifs plus tôt que tard. M. Angers cite, par exemple, la navigabilité sur la rivière Saint-Maurice.
Le maire de Shawinigan demeure prudent sur le leadership joué par son homologue de la capitale régionale. Il ne cache pas qu'il aimerait voir Trois-Rivières réintégrer sa place à l'Union des municipalités du Québec.
«On n'a aucun intérêt à s'isoler», croit M. Angers. «Nous sommes intéressés à ce qu'Yves Lévesque revienne à l'Union des municipalités du Québec. C'est ma ville centre, ma capitale régionale. Mais il doit rester à la table et écouter ce que les autres disent. Je vais toujours l'inciter fortement à revenir.»
Fusion mal faite
M. Angers n'en démord pas, la fusion municipale a été «mal faite» en 2002, au sens où des municipalités comme Notre-Dame-du-Mont-Carmel, Saint-Boniface et Saint-Mathieu-du-Parc auraient dû élargir les frontières shawiniganaises. 
Quinze ans plus tard, ce découpage provoque des tiraillements pour la compensation d'équipements supralocaux.
Pour illustrer sa frustration, M. Angers suggère d'imaginer comment Trois-Rivières réagirait si Pointe-du-Lac, Sainte-Marthe-du-Cap et Saint-Louis-de-France formaient toujours des municipalités distinctes aujourd'hui et s'abreuvaient aux infrastructures de la ville centre sans payer leur juste part.
«En 2002, il y a eu une fusion parce qu'il y avait une iniquité de charges», rappelle-t-il. «J'ai tenté, de mon mieux, d'avoir des ententes.»