Des jeunes d'une classe de 4e année à l'école Marguerite-Bourgeois de Trois-Rivières participent au projet de résidences d'artistes mis de l'avant par le Centre d'exposition Raymond-Lasnier. Sur la photo, on retrouve, de gauche à droite: Étienne Roach, Ève Tellier-Bédard, artiste, Chantal Berthiaume, artiste, et Laurianne Biron-Lafrance.

Mettre de l'art dans la vie

La volonté du Centre d'exposition Raymond-Lasnier de sortir de ses murs de la Maison de la culture est officielle depuis un certain temps déjà. On annonçait hier la mise sur pied de deux initiatives bien concrètes.
Il s'agit d'un projet de résidences d'artistes dans deux milieux différents. Un premier au sein d'une classe de 4e année de l'école Marguerite-Bourgeois, de Trois-Rivières, et un autre à la résidence pour personnes âgées Les Marronniers, de Trois-Rivières. Dans chaque cas, le projet est mené par une artiste en arts visuels qui intègre ces interventions auprès de néophytes dans le cadre de sa propre production.
Ainsi, Ève Tellier-Bédard a d'abord fait visiter une de ses expositions aux jeunes de4e année avec lesquels elle travaille et à chaque rencontre avec eux, leur apporte une de ses oeuvres dont ils discutent ensemble. Elle applique ensuite avec eux certaines des techniques qu'elle utilise elle-même.
Chantal Berthiaume, pour sa part, travaille avec des personnes âgées à qui elle enseigne certains rudiments du dessin de sorte qu'au terme de ces ateliers on produira une grande oeuvre murale formée de plusieurs petits dessins qui, amalgamés les uns aux autres, en forment un grand. Or, celui-ci doit représenter un oeil d'oiseau en gros plan, un élément typique de la production artistique de Chantal Berthiaume.
Dans les deux cas, les oeuvres réalisées par les participants seront exposées dans les salles du Centre d'exposition Raymond-Lasnier lors de la Semaine des découvertes culturelles, du 25 au 27 avril 2014.
L'initiative se veut une démarche pour démocratiser l'art contemporain et actuel explique Marie-Andrée Levasseur, directrice du Centre d'exposition Raymond-Lasnier.
«On voulait sortir des murs du Centre et aller dans le milieu de vie de certaines clientèles. On va vers les gens pour démystifier l'art contemporain de sorte que ces gens s'y intéressent et finissent par venir voir nos expositions.»
«On a choisi des artistes qui avaient déjà de l'expérience de travail avec les clientèles choisies en plus d'avoir des productions qui cadrent bien avec leur mandat. On voulait que ça puisse toucher les gens visés et ça fonctionne très bien jusqu'ici.»
Chantal Berthiaume aime la rencontre que cela lui permet avec des personnes âgées.
«C'est un beau partage. J'apporte quelque chose de nouveau dans leur vie et eux contribuent, par leur expérience, à mon apprentissage. Je leur propose quelque chose d'accessible. Souvent, jeunes, on s'est fait dire qu'on n'était pas bon en dessin et c'est fini à jamais. Avec moi, ils apprennent à oser et à se faire confiance un peu plus. Certains se sont déjà équipés pour avoir chez eux du matériel pour travailler, ce qui démontre que ça les interpelle vraiment.»
Ève Tellier-Bédard, pour sa part, voit chez ces jeunes des critiques pertinents de ses oeuvres.
«Au début, je leur ai parlé de mes techniques de travail mais là, ils sont entrés dansla création de leurs oeuvres à partir de ces techniques. Même si ce n'était pas forcément le but, ça va transparaître dans mes propres créations: le côté naïf de l'enfant, les idées qu'ils m'apportent, etc.»
«Les mots qu'ils utilisent pour commenter mes oeuvres, ça m'entraîne vers autre chose. Au départ, c'est un peu déstabilisant, pour être honnête, parce qu'ils n'ont pas toujours beaucoup de filtres. Par contre, c'est toujours très respectueux. Si l'oeuvre ne leur dit rien, ils ne disent rien. Par ailleurs, ils sont très sensibles à l'imaginaire, au côté magique qu'ils décèlent et ça, c'est très nourrissant. C'est fou parce que des fois, ils vont me dire qu'ils voient quelque chose dans l'oeuvre et dès lors, je n'arrive plus à y voir autre chose!»
«Pour eux, c'est un jeu mais je pense qu'il peut leur en rester quelque chose. Quand on incite des jeunes à dessiner, ils disent souvent qu'ils n'ont pas d'idée. Je les incite à se lancer pour stimuler l'inspiration et ça, ça pourrait être un réflexe durable. J'espère, au moins, que ce sera une ouverture à l'art.»