Parti en solitaire le 10 novembre, Frédéric Dion a atteint hier matin le centre de l'Antarctique après avoir parcouru 2100 kilomètres.

Méditer dans le silence absolu

L'aventurier Frédéric Dion a atteint le centre de l'Antarctique en solitaire à l'aide de cerfs-volants à traction le 15 décembre dernier. Ce trajet de 1850 km à travers le continent de glace a permis à l'aventurier de Notre-Dame-du-Mont-Carmel d'être le premier homme à gagner en solitaire le «pôle sud d'inaccessibilité». Non satisfait de son exploit, il poursuit actuellement sa course vers le pôle sud géographique, 900 km plus loin.
Je me trouve actuellement à mi-chemin entre le centre de l'Antarctique et le pôle sud géographique. À l'extérieur de ma tente, les vents soufflent à plus de 70 km/h. Grâce à la force des vents, j'ai parcouru [vendredi] 158 kilomètres. C'est un peu comme une bataille que je mène. Avec des rafales à 80 km/h, mon cerf-volant se transforme en monstre, m'entraînant parfois dans les airs. Ce sont des manoeuvres que je qualifierais d'acrobatiques. Malgré tout, je suis très heureux de la distance parcourue.
Comme on dit que l'audace est l'adage des grandes réalisations, je poursuis mon périple et demeure confiant. Une fois rendu au pôle sud géographique, dépendant de l'horaire, de mon énergie, de ma nourriture, je verrai si j'arrête mon aventure. En espérant de bons vents! Le corps suit bien et le psychologique également. J'ai franchi certaines barrières mentales, par exemple l'ennui de ma famille, alors j'en profite davantage. Quant au confort, j'en ai fait le deuil depuis les dernières semaines. Je rêve d'avoir une chaise avec dossier pour m'y adosser. Mais bon, je me dis qu'à regarder ce que l'on n'a pas, on finit par gâcher ce que l'on a.
Pour l'instant, je profite du moment présent, je médite sur la vie, sur ce que je vis. J'aime écouter le silence. C'est quelque chose de très zen d'être en Antarctique si on se laisse aller. En fait, je vis les deux extrêmes: soit le vent est très agressif et souffle jusqu'à hurler, soit le vent se tait et les seuls bruits que j'entends sont mes pas dans la neige, ma respiration et mon coeur qui bat. Au début, ce silence peut faire peur, peur d'être seul à des centaines de kilomètres de l'humain le plus proche, mais tout compte fait il y a quelque chose de très méditatif à entendre ce silence absolu.
Propos recueillis par Olivier Gamelin