Document rare: un aperçu de notre pêche familiale 2014 de poissons des chenaux. Dans la fenêtre, un journaliste déguisé en pêcheur pour un reportage-choc.

Médaillé d'or et champion olympique...

Il y a de ces choses qu'on n'arrive pas à comprendre. Comme comment les Jeux olympiques de Sotchi peuvent-ils susciter autant d'attention alors qu'on aborde l'ultime fin de semaine finale du Festival de la pêche aux petits poissons des chenaux.
Je conviens que les Jeux offrent un meilleur potentiel télévisuel, et encore... Avec un judicieux enrobage du produit, des effets spéciaux, des descripteurs allumés, des meneuses de claque, Dieu sait à quel niveau on pourrait porter le produit de la pêche à la télé. N'oubliez jamais que Serge Vleminckx (vous ne trouvez pas qu'il manque un y dans son nom?) a marqué les esprits et la télévision québécoise du début des années 90 avec le Défi mini-putt.
De toute façon, je suis un chaud partisan de l'introduction de la pêche aux petits poissons des chenaux comme discipline olympique. Certains d'entre vous souriez mais je signale qu'il s'est fait pire: le souque à la corde a fait partie du programme des jeux entre 1900 et 1920. Le tir aux pigeons vivants (oui, oui) et le croquet étaient également disciplines olympiques aux Jeux de 1900, une édition qui n'est que rarement considérée comme un grand cru par les historiens.
Revenons à nos poulamons. Pour reprendre George Bernard Shaw, je dirai: «Vous voyez les choses et vous dites: pourquoi? Moi, je rêve de choses qui n'ont jamais existé et je dis: pourquoi pas?» La pêche aux poulamons aux J.O., pourquoi pas? Ce sont là quelques médailles potentielles qui viendraient ajouter au total canadien. Ce seul argument suffirait à convaincre Marcel Aubut de faire avancer le dossier et dès lors, ce serait pratiquement chose faite.
Et si vous pensez que nous serions les seuls candidats au podium, c'est que vous êtes d'une naïveté désolante. Il y a déjà un certain temps que les Chinois sont sur le dossier et s'entraînent chez nous chaque hiver plus intensément. Pas fous, ils regardent vers l'avenir et savent flairer les tendances. Cela dit, pour égaler notre savoir-faire, ils ont du riz à manger. Eux n'ont pas de tradition dans ce sport.
Prenez ma famille: à chaque année, et ce, depuis des lustres, on va à la pêche aux petits poissons. Avec chaque fois le même enthousiasme mais pas toujours au même moment de la saison. Il faut sentir la rivière, tutoyer les marées, interroger le vent, consulter ses rhumatismes, communiquer avec les poissons. Malgré cela, comme le fartage en ski de fond, ce n'est vraiment pas une science exacte.
Cette année, nos équipes de techniciens et d'entraîneurs ont fait un travail remarquable: une pêche d'enfer, fin janvier. Une insulte à l'écologie. Un crime de lèse-environnement. J'arrête ici la litanie avant de m'aliéner ce que le monde compte de défenseurs de la nature et leur rappelle, d'une part, ma sympathique propension à m'emporter et d'autre part, qu'il y a plus de poissons dans la Sainte-Anne à ce moment de l'année que de billets de banque circulant dans des enveloppes brunes au Québec. Euh... Disons plutôt autant.
Vous me direz qu'il vaudrait mieux aller à la chasse aux bandits qu'à la pêche aux poulamons et je ne suis pas en désaccord. Je n'arrive cependant pas à évaluer laquelle des deux activités est la plus bénéfique pour l'économie. Tant que je n'aurai pas tranché, je retournerai injecter de l'argent dans la prospérité de la municipalité de MC Gilles.
Notre pêche familiale 2014 a certes été miraculeuse pour le nombre de prises, incalculable par des moyens conventionnels, mais surtout pour la grosseur des victimes. D'inclassables monstres qui relèguent celui du Loch Ness au rang de menu fretin. Pour les amateurs qui comptent profiter des deux jours de pêche qu'il reste au calendrier, sachez que l'essentiel de nos prises a eu lieu en début de matinée. Le poulamon adore apparemment le foie de porc au déjeuner. On n'a pas essayé les oeufs bénédictines.
Je vous confie en terminant un autre truc de pro qui fait toute la différence: l'emplacement de la cabane. Cette année, la nôtre était située tout juste à la verticale au-dessus des poissons.