La comédienne Latuquoise Maude Guérin incarne le rôle principal dans Le chant de Sainte Carmen de la Main, une production de théâtre musical à l'affiche le 1er février au Centre des arts de Shawinigan ainsi que les 28 février et 1er mars à la salle Thompson de Trois-Rivières.

Maude Guérin jongle avec la télé et la scène

À travers la quarantaine de représentations de la tournée Le chant de Sainte Carmen de la Main partout dans la province, Maude Guérin doit trouver le temps d'insérer des tournages de télévision, des auditions, des soirées de lecture de poésie... «J'ai moins d'énergie qu'à 20 et 30 ans, et je travaille plus que jamais!», observe la comédienne de 48 ans, originaire de La Tuque.
Depuis sa sortie de l'École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en 1986, Maude Guérin a agencé son agenda de manière à pouvoir développer en parallèle les volets de sa carrière sur les planches et à l'écran, petit ou grand. Ces dernières années, les téléphiles ont pu la suivre dans Providence, Toute la vérité et Mémoires vives, alors qu'au théâtre, elle a visité l'univers de Michel Tremblay dans trois productions depuis 2009.
Après avoir interprété Nana dans Fragments de mensonges inutiles sous la direction de Serge Denoncourt avec la compagnie Jean Duceppe, c'est René Richard Cyr qui a sollicité la comédienne pour incarner Pierrette Guérin dans Belles-Soeurs, le spectacle musical adapté de la pièce phare du dramaturge québécois. Daniel Bélanger avait signé la musique animant les paroles du livret de René Richard Cyr.
«Michel Tremblay, René Richard Cyr et Daniel Bélanger, c'est un trio gagnant!», apprécie Maude Guérin, qui a retrouvé les trois hommes pour l'adaptation de la pièce Sainte Carmen de la Main, une oeuvre un peu moins connue du répertoire de Tremblay, créée en 1976. Dans la «généalogie» des familles qui alimentent les chroniques, romans et pièces de Michel Tremblay, Carmen est la fille de Léopold et Marie-Louise, le couple désabusé d'À toi pour toujours, ta Marie-Lou.
Après le décès de ses parents, Carmen part à Nashville pour développer sa carrière de chanteuse western, avant de revenir à Montréal et réintégrer le milieu des clubs de la Main et sa galerie de personnages plus ou moins désaxés et/ou excentriques. Son séjour au Tennessee l'ayant motivée à interpréter son propre matériel en français, on peut dire que le destin tragique de Carmen est tout de même teinté d'un appel à l'indépendance, à l'action, à la prise en charge.
Trente-cinq ans après sa création, comment l'adaptation de la pièce s'inscrit-elle dans le contexte du Québec de 2014? Maude Guérin confie qu'en amorçant la tournée, certains membres de l'équipe étaient préoccupés par la réception du public hors Montréal. Le public allait-il se sentir interpellé par une pièce qui dépeint le red light montréalais d'une autre époque? Allait-il pouvoir s'identifier?
«C'est l'univers de la Main et de la Catherine. Mais c'est comme un hommage aux gens qui sont moins bien nantis, qui sont plus paumés, qui ont eu moins de chance de se relever pour s'en sortir. Ce que Carmen dit c'est ''Levez-vous, tenez-vous debout, vous êtes capables!''», observe Maude Guérin en évoquant le message intemporel et universel de la pièce de Tremblay.
«Les gens suivent ça comme un suspense. Ils regardent les bons et les méchants, les côtés noirs et les côtés blancs. Ils voient Carmen comme le messie. Le public découvre un autre monde, il est happé par la trame dramatique. En ramenant ça à la plus simple expression, ce qui ressort, c'est l'âme humaine», remarque-t-elle aussi en décrivant la réaction émanant des premières représentations de la tournée amorcée à Québec le 10 janvier.
«C'est du théâtre musical, qui conserve la trame dramatique, à la différence des comédies musicales qui enchaînent une chanson après l'autre. C'est important pour René Richard Cyr de faire appel à des acteurs qui vont chanter plutôt qu'à des chanteurs qui vont jouer», détaille la comédienne, illustrant la forme adoptée pour donner une seconde vie à la pièce de Tremblay.
Maude Guérin, elle, a toujours été intéressée par le jeu, le chant et la danse. «J'aurais pu vivre aux États-Unis et faire juste de la comédie musicale! J'ai un côté quétaine qui aime les comédies musicales, celles avec des artistes comme Fred Astaire, Esther William ou Barbra Streisand. Aussi, je me souviens quand j'étais petite avoir chanté par dessus des disques de Diane Dufresne avec une brosse à cheveux comme micro!», raconte l'artiste qui, enfant, a aussi suivi des cours de danse avec l'espoir de devenir danseuse.
Pas facile, la langue de Tremblay
Au théâtre, Maude Guérin a joué du Anton Tchekov, du Tennessee William, du Eric Emmanuel Schmitt, du Georges Feydeau... On pourrait présumer qu'il soit tout naturel et aisé, pour un comédien québécois, que d'interpréter un texte de Michel Tremblay, dans une langue familière transpirant le joual. Mais non!
«On pourrait penser que c'est facile, du Michel Tremblay. Mais c'est une langue inventée. C'est une langue très théâtrale. C'est une partition qui ressemble à une partition musicale - c'est pour ça que ça se met bien en musique», commente la comédienne, en ajoutant qu'il n'est pas plus facile d'apprendre du Tremblay que de s'approprier du Racine.
«Une fois que tu as appris le texte, c'est jouissif! Mais ça demande une grande énergie et une grande rigueur pour le maîtriser», considère-t-elle.
Au-delà de la langue, l'univers du dramaturge québécois séduit aussi pour les personnages qui le peuplent. «Michel Tremblay a écrit des rôles magnifiques pour les femmes. J'aimerais ça tous les faire: Albertine, Thérèse...», commence à énumérer celle qui a récemment incarné Pierrette Guérin dans Belles-Soeurs et qui personnifie présentement Carmen Brassard dans Le chant de Sainte Carmen de la Main.
«Ce sont des personnages qui ont la même souche. Mais Pierrette représente le côté plus sombre, c'est par elle qu'arrive la tragédie, tandis que Carmen illustre le côté plus lumineux. Pierrette est la lune, et Carmen le soleil», analyse Maude Guérin.
Le théâtre pour apprendre le métier
Maude Guérin partage son temps entre le théâtre et la télévision. En février et mars, elle présentera Le chant de Sainte Carmen de la Main à Shawinigan (le 1er février), Gatineau, Brossard, Joliette, Sherbrooke, Trois-Rivières (le 28 février et le 1er mars), Longueuil, Sainte-Thérèse, Terrebonne, Chicoutimi, L'Assomption et Saint-Hyacinthe, pour un total de 24 représentations.
À travers tous ces déplacements, la comédienne doit aussi se rendre sur les plateaux de tournage des séries Toute la vérité et Mémoires vives, en plus de consacrer du temps à d'autres projets périodiques (par exemple, elle était à la bibliothèque Gatien-Lapointe de Trois-Rivières jeudi dernier pour une soirée de poésie avec Christian Vézina).
Pour plusieurs comédiens, le théâtre et la télévision sont complémentaires. «À la télé, on n'a pas le temps de peaufiner, tout va très vite. Il faut être très performant, très efficace. Si on n'avait pas le théâtre, on ne pourrait pas apprendre notre métier pour être aussi efficace. En télévision, il faut être capable de s'adapter à toutes les situations», constate la comédienne qui se réjouit du fait que les réalisateurs de télévision fassent de plus en plus appel à des comédiens de théâtre.