Après 12 ans d'enseignement, Martin Lessard s'est lancé dans l'aventure d'un premier roman, une histoire de science-fiction qui a été adoptée par les Français et qui fait voyager ses mots à l'étranger.

Martin Lessard: solide plongeon dans la science-fiction

Il avait beau aimer son métier d'enseignant, que ce soit en éducation physique ou en histoire, Martin Lessard avait toujours eu envie d'écrire un livre. Un roman de science-fiction plus exactement, fidèle à ses goûts personnels.
C'est son déménagement de Québec à Trois-Rivières qui lui en aura donné l'occasion, au début de l'année 2009. Mais encore, une fois son manuscrit terminé, le jeune auteur a visé les grandes ligues. Et il a visé juste.
Martin Lessard habite Trois-Rivières mais a été publié en France d'abord, et pas à n'importe quelle adresse. Son tout premier bouquin a été adopté par les Éditions Denoël, une division du groupe Gallimard.
«Denoël a une vieille tradition de science-fiction avec la collection Lune d'encre. Les auteurs québécois publiés en France ne sont pas nombreux, mais il a envoyé son manuscrit et ils l'ont pris», explique-t-on aux bureaux de Gallimard au Québec. «Tout s'est fait par courriel et par la poste. Je ne lui ai même jamais parlé...», sourit l'attachée de presse José Lareau.
Rejoint chez lui, rue Laviolette, l'auteur explique que les choses se sont passées de manière un peu inusitée. En fait, avoue-t-il, il ne connaissait absolument rien aux rouages de l'édition. Martin Lessard explique que pour déterminer à qui il enverrait son manuscrit, il est allé tout bonnement dans sa bibliothèque personnelle et y a vérifié d'où provenaient les romans de science-fiction qu'il avait préférés.
La plupart provenaient de l'éditeur Denoël, alors... «Tant qu'à essayer, aussi bien essayer les grandes maisons d'édition», raisonne-t-il. «Au pire, je me disais que j'aurais essayé.»
Six mois plus tard, début 2010, il recevait toutefois des nouvelles via internet. «Ils étaient intéressés et le directeur littéraire m'annonçait que le livre était officiellement accepté», raconte l'auteur. Si bien que le 13 janvier 2011, son roman, intitulé Terre sans mal, s'est retrouvé sur les tablettes des librairies françaises. Il aura fallu trois mois avant que son bouquin ne traverse l'océan mais depuis le 4 avril, on le retrouve au Québec.
Martin Lessard revit le déroulement de son entrée dans le monde de la fiction avec ravissement. «J'étais sur un nuage... Et je le suis toujours, d'ailleurs.» Même que ces événements ont agi sur lui comme un accélérant. «Leur réponse a été un petit électrochoc. Cette maison a une réputation d'excellence et de commencer en Europe, ça donne accès à un bassin beaucoup plus grand... Disons que ça donne le goût d'en écrire d'autres», dit-il.
Et voilà qui ne sont pas paroles en l'air. «Actuellement, je viens tout juste de terminer un deuxième roman, et je travaille sur un troisième. C'est devenu plus qu'un hobby maintenant.»
Son deuxième roman, toujours de science-fiction, sera intitulé Les saisons de l'indépendance, effectuera un clin d'oeil au monde colonial, et sera évidemment étudié par sa maison d'édition. Son troisième sera cependant différent, dit-il, puisqu'il a opté cette fois pour un polar «très québécois», dit-il, un thriller qui se déroulera à Trois-Rivières, Montréal et Québec.
Quant à son histoire personnelle, il en ignore la suite. Après une douzaine d'années d'enseignement, il ne sait vraiment pas s'il retournera devant des classes éventuellement. «J'ai adoré enseigner mais actuellement, je suis totalement ailleurs...»
S'offrir une critique sociale par la science-fiction
Martin Lessard est originaire de Québec, est père de deux enfants, a étudié l'histoire et l'éducation physique à l'Université du Québec à Trois-Rivières et est de retour dans sa ville étudiante depuis que sa conjointe a été transférée à l'UQTR.
Or plutôt que de se trouver illico un nouvel emploi, il a préféré s'offrir une année sabbatique, histoire de tenter l'écriture d'un roman, comme il le souhaitait depuis des années. Ces derniers mois, son voeu s'est matérialisé sous le titre Terre sans mal.
Fidèle à ses goûts personnels, la science-fiction s'est imposée, lui permettant de mettre de l'avant son propre regard sur le monde. «La critique sociale en passant par notre futur est un beau moyen de se regarder sans que ce soit trop confrontant», souligne-t-il.
Dans ce premier roman, son propos se veut universel, mais son action se passe aussi bien sur la Lune qu'à Washington ou au Québec. Même que la quatrième partie du roman se passe entièrement à Trois-Rivières, que ce soit au centre-ville ou à l'UQTR, ce à quoi ne s'est pas opposé sa maison d'édition française. «C'est du québécois, j'ai été clair avec eux. Les gens du Québec vont se retrouver.»
La première partie du roman se situe en 1337, dans un peuple qui borde l'Amazonie et chez qui on a l'habitude de procéder à une initiation violente pour permettre aux jeunes le passage à l'âge adulte, un rite qui a occasionné la mort du frère de U'tal. Ce dernier est donc résolu à quitter son village à la recherche de la Terre sans mal. «C'est sa quête que l'on va suivre car il va tenter de bâtir cette terre-là», raconte l'auteur.
La deuxième partie transportera toutefois le lecteur en 2088, à une époque où on est très apathique par rapport à la chose politique, dans un contexte où les crises économiques se succèdent, où plane un cynisme ambiant et où le pouvoir s'exerce en vase clos. Arrivera toutefois une entité extraterrestre qui proposera à ce peuple un marché, soit le troc d'humains contre des technologies qui peuvent sauver la planète.
«Je voulais écrire un roman d'anticipation avec un discours intemporel et faire un pied de nez au cynisme dans un contexte où les gens se prennent en mains», observe Martin Lessard. Les gens vivront donc un conflit entre leur désir d'une terre promise et leur sens de l'éthique.
La conférence internationale qui se déroulera à Trois-Rivières, dans ces pages, servira d'ailleurs à répondre aux questions des citoyens. «Où se situe la liberté de choix là-dedans? Où se situe notre culture en tant que société mondiale? Est-ce qu'on laisse cette décision aux gouvernements?» questionne l'auteur.
Pour mettre en mots cet univers où les extraterrestres se frottent aux plus hautes sphères du pouvoir mondial, Martin Lessard a voulu rendre hommage à la fiction des années 1950, celle qu'il lisait lui-même. «C'est très manichéen, et c'est voulu.»
Son premier roman compte 416 pages et est désormais disponible à travers le Québec.