La maison de l'Expo pourrait être démolie sous peu, mais des citoyens et des organismes s'opposent.

Maison de l'Expo: «Des limites à ce qu'on peut sauver»

Il faudra vraisemblablement attendre jusqu'au 21 avril avant de savoir combien de citoyens de Trois-Rivières s'opposent à l'émission d'un permis de démolition pour la maison de l'Expo, située tout près de l'hippodrome à Trois-Rivières.
Mardi, l'organisme Patrimoine Trois-Rivières lançait un appel à la mobilisation pour inciter les citoyens en défaveur de cette démolition à aller signer le registre au greffe municipal.
Patrimoine Trois-Rivières faisait valoir, dans une lettre d'opinion diffusée dans nos pages, que le bâtiment devait être sauvé non seulement pour sa valeur historique, mais aussi pour son architecture particulière et son association avec l'architecte réputé Jules Caron, à qui on doit notamment la conception de la vacherie, de la Bâtisse industrielle et de la porte Duplessis, tous sur le terrain de l'Exposition.
Conscient des coûts liés à cette transformation, l'organisme est toutefois d'avis que l'investissement pourrait rapporter tant au niveau touristique que culturel.
«On pourrait par exemple faire de cette maison un centre d'interprétation du monde sportif trifluvien illustrant, entre autres, l'histoire des courses de chevaux à Trois-Rivières depuis 1850», suggère Philippe Charette, président de Patrimoine Trois-Rivières. 
Rappelons que les citoyens qui souhaitent s'opposer à l'émission du permis de démolition ont jusqu'au 21 avril pour se rendre au greffe de l'hôtel de ville et signer le registre en ce sens. Dans sa lettre, Patrimoine Trois-Rivières incite les citoyens à s'y rendre. Certains citoyens ont d'ailleurs déjà indiqué au Nouvelliste l'avoir fait. En cas d'opposition citoyenne, le greffe transférera le dossier au conseil municipal au mois de mai. 
Pour le maire Yves Lévesque, «il y a des limites à ce qu'on peut sauver» au niveau patrimonial. Il rappelle que la Ville est actuellement propriétaire de 480 bâtiments, dont 28 à valeur patrimoniale, et qu'elle peine déjà à entretenir tous ces édifices, sans en plus devoir investir pour sauvegarder les édifices qui appartiennent à des organismes privés ou des corporations.
La maison de l'Expo n'est plus la propriété de la Ville depuis 2006, moment où elle a été cédée à Attractions hippiques dans la transaction impliquant l'hippodrome. Depuis, c'est le Club Jockey du Québec qui a pris le relais, et qui est à l'origine de la demande du permis de démolition.
«Nous avons investi dans l'église Saint-James et la Maison Rocheleau, par exemple. Ces deux bâtiments font partie de circuits touristiques importants, comme le Vieux-Trois-Rivières ou encore le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Mais on ne peut pas tout sauver.
À Trois-Rivières, il y a 280 bâtiments privés qui sont cités comme étant patrimoniaux. Vous imaginez ce que ça coûterait si on devait tous les racheter et les rénover pour les conserver», demande Yves Lévesque.
D'ailleurs, le maire estime que de conserver le patrimoine ne relève pas que d'un mandat municipal, mais que Québec devrait aussi y mettre les efforts pour aider les villes dans cette volonté.
Politique du patrimoine?
De son côté, le candidat à la mairie Jean-François Aubin signale qu'il est probablement déjà trop tard pour la Maison de l'Expo, étant donné son niveau de délabrement, mais qu'il faudra tirer des leçons de cet épisode. 
«Comment on en est arrivé là? En 2006, la Ville avait nommé cet édifice comme faisant partie de sa liste d'édifices jugés à valeur patrimoniale. Je comprends qu'elle a été vendue depuis. Mais ça démontre une chose, c'est que nous n'avons pas de politique du patrimoine à Trois-Rivières, que nous avançons à la pièce. Il n'existe pas de réflexion ou de planification pour se dicter une ligne directrice», croit M. Aubin.
S'il était élu en novembre prochain, M. Aubin est formel: il mettra en place une politique du patrimoine. «Je suis d'accord qu'on ne peut pas tout sauver. Mais qui est-ce qui détermine ce qu'on doit sauver? Qui détermine comment et quand on doit intervenir? De ce qu'on nous dit, l'état de la petite Maison de l'Expo est tellement avancé qu'il est trop tard pour intervenir. On l'a échappée! Mais tirons-en une leçon», ajoute Jean-François Aubin.