Les rumeurs à l'effet que l'entreprise FerroAtlántica choisirait d'implanter sa nouvelle usine à Shawinigan ont mis un frein aux efforts pour attirer cette dernière à Bécancour.

L'usine de FerroAtlantica lorgne Shawinigan

Pendant que Saguenay et Bécancour se disputent pour obtenir la fameuse usine de silicium de 375 millions de dollars avec ses 300 emplois, l'entreprise espagnole FerroAtlántica irait plutôt s'installer à Shawinigan. Et les rumeurs sont suffisamment sérieuses pour amener les chambres de commerce de Trois-Rivières et Bécancour à mettre un frein à la mobilisation que leurs présidents s'apprêtaient à lancer cette semaine, aux côtés des deux maires, Yves Lévesque et Jean-Guy Dubois, en faveur de Bécancour. Les quatre hommes étaient d'ailleurs réunis mardi matin pour faire le point sur le dossier.
«Ces rumeurs nous amènent à réévaluer certaines choses», admettait en matinée le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Jean-Guy Doucet. «Il ne faut rien faire pour irriter les gens qui sont en train de discuter», renchérissait son homologue de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières, Gaétan Boivin, qui parlait même de «mettre sur la glace» une sortie de sa part.
Or, plus tard en journée, c'est tout le quatuor qui annonçait la mise au rancart de la démarche, ne comptant pas faire d'interventions, ni de pressions politiques, mais souhaitant que les dernières étapes du processus se réalisent de façon harmonieuse et consensuelle.
Il faut dire que le président de la chambre trifluvienne se retrouve dans une position délicate, étant aussi à la tête du port de Trois-Rivières qui pourrait bénéficier d'une implantation d'usine à Shawinigan au lieu de Bécancour. «On est capable d'offrir les services», a-t-il d'ailleurs confirmé tout en précisant «qu'il ne faut pas mêler les rôles».
Mais le président-directeur général de l'Administration portuaire de Trois-Rivières ne veut pas commenter des rumeurs.
«Si le maire de Shawinigan confirme ça, j'en serai très heureux. L'important, c'est que ça vienne dans la région Mauricie-Bécancour. On en a besoin. Personne va être mécontent. Mais on va attendre la suite des choses avant de prendre position officiellement», poursuit M. Boivin qui dit n'avoir pour souhait «que le développement économique».
Pour sa part, le président de la chambre de la rive sud, Jean-Guy Doucet, juge important «de ne pas politiser le dossier» et souhaite que l'entreprise choisisse le meilleur site.
«Il ne faut pas mettre une pression indue, mais nous allons mettre en valeur tous les atouts du parc industriel de Bécancour. Si jamais une décision est prise, on va être heureux si c'est Shawinigan», affirme-t-il.
À l'instar des deux maires et de l'autre président de chambre, M. Doucet considère «qu'il est tout à fait normal et cohérent que les intervenants de Bécancour et Trois-Rivières militent en faveur de Bécancour en raison des avantages connus du port et des installations déjà en place à côté de la firme Silicium».
«Tant et aussi longtemps que la compagnie FerroAtlántica n'aura pas annoncé son choix définitif, nous considérerons Bécancour comme un candidat sérieux», lit-on dans le communiqué qui fut émis conjointement en mi-journée. «Nous croyons toutefois que la décision doit en être une d'affaires. C'est donc la firme FerroAtlántica qui décidera, selon ses critères et ses besoins. C'est l'entreprise qui en fera l'annonce, le plus tôt possible, nous l'espérons», a-t-on ajouté.
Ne voulant pas qu'il se fasse «un petit jeu politique», Jean-Guy Doucet reconnaît qu'il peut être intéressant pour le promoteur de se retrouver sur le site d'une aluminerie comme celle de Shawinigan, avec les anciens équipements tels que le panneau électrique.
Pour sa part, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, veut s'en tenir à la position commune qui fut communiquée aux médias. Mais le premier magistrat sait très bien que sa ville va y trouver son compte, quel que soit le scénario retenu par l'entreprise. Le choix de Shawinigan serait synonyme de retombées pour le port trifluvien tandis que celui de Bécancour se traduirait par un bon nombre de travailleurs sur son territoire.
«Je suis content que le gouvernement ait réussi à convaincre l'entreprise de venir au Québec, mais de l'avoir dans notre région, c'est encore mieux», n'a-t-il pu s'empêcher de conclure.