Deux ans après la sortie de son premier opus Le treizième étage, Louis-Jean Cormier prévoit lancer son deuxième album solo à l'hiver 2015, histoire de renforcer une identité propre qui est déjà solidement ancrée dans le portrait culturel québécois.

Louis-Jean Cormier: la gloire sans perdre pied

Son année 2014 a débuté avec force en janvier en devenant l'un des coaches de l'émission La Voix. Son été sera tapissé mur à mur des spectacles qu'il livrera dans les festivals du Québec, avec escale jeudi soir au FestiVoix de Trois-Rivières.
Mais encore, son automne se révélera tout aussi intense puisque Louis-Jean Cormier entrera en studio dès septembre, prêt à concocter un deuxième album solo qui devrait parvenir à nos oreilles autour de février 2015.
Actuellement, Cormier a une vingtaine de pièces en création sur sa table de travail, certains titres entièrement de son cru alors que d'autres textes lui proviennent de son grand complice Daniel Beaumont. C'est en tandem avec ce parolier, un Trifluvien d'origine, que le chanteur a remporté le titre d'auteur-compositeur de l'année au dernier Gala de l'ADISQ pour son album Le treizième étage.
«Son point de vue m'importe beaucoup. Il répond à des questions, m'apporte de la confiance et enlève des doutes», dit-il. «Finalement, c'est un peu un directeur artistique.»
Après avoir baigné dans le milieu culturel québécois pendant une quinzaine d'années au sein du groupe Karkwa, Louis-Jean Cormier s'est retrouvé un artiste comblé avec le succès de ce premier album solo. Son parcours des dernières années a littéralement fracassé ses attentes.
«Faudrait vraiment vivre dans le rêve pour être capable d'avoir ces attentes-là en 2014. Je suis un gars plutôt terre à terre. Je vis actuellement quelque chose de super stimulant et inspirant et il faut le prendre pendant que ça passe. Gaston Miron disait que la mode passe et que la suivante la déclasse», cite-t-il. «Je savoure tous les instants parce que c'est un bien drôle de métier qu'on fait... C'est un métier précaire et on ne sait jamais si on ne sera que la saveur du mois.»
L'artiste avoue préférer voir les choses sous cet angle pour éviter de tomber de trop haut. Ceci dit, il ambitionne de durer très longtemps et se dit drôlement inspiré pour la suite des choses, à commencer par son prochain album.
«J'ai comme une espèce de sentiment de bien-être actuellement», note-t-il. «Parfois, question de momentum, t'as peur d'arriver trop vite, mais aujourd'hui, j'ai plutôt l'impression d'avoir une longueur d'avance.»
Ce deuxième album indique du coup que la pause du groupe Karkwa se poursuit.
«Il y a des raisons personnelles qui sont hors de mon contrôle», rappelle-t-il. «Il y a des conflits personnels entre deux membres qui ne me regardent pas. Ceci dit, nous somme cinq amis très contents de nos quinze dernières années et on s'aime encore très fort. On a tous changé de vie depuis qu'on a pris une pause et plus la pause avance, plus la réunion va être difficile à faire», considère-t-il. Mais s'il a un nouveau rendez-vous avec eux, il rejoindra son groupe sans se faire prier.
«J'aime assez ces gars-là et j'ai tellement de respect pour eux que je le referais avec un très grand sourire», dit-il, «mais mon identité propre ne va jamais disparaître. J'ai ouvert une fenêtre qui ne se refermera pas», note-t-il en commentant sa carrière solo.
En entrant en studio cet automne, il conservera d'ailleurs ses musiciens actuels, incluant le tout dernier à s'être joint à l'équipe, soit le claviériste Alex McMahon, originaire de Nicolet. Ces derniers collaboreront tous à l'élaboration du nouvel album, et seront sur la scène du FestiVoix jeudi soir, un show qu'il promet à la fois musclé et planant. «On s'est laissé des terrains de jeux très ouverts.»
Avec son groupe de musiciens et ses quatre techniciens, son équipe estivale est assez imposante, sans compter la nounou. «Mes enfants sont encore jeunes alors quand on est en famille, on apporte une nounou avec nous et on a l'air bien riche...», rigole-t-il.
Coach ou pas, Cormier hésite toujours
Louis-Jean Cormier avait beau avoir connu un parcours de qualité pendant quinze ans avec le groupe Karkwa, le tout suivi de deux années d'une carrière solo florissante, son niveau de popularité a explosé entre janvier et avril 2014 sur le plateau de l'émission La Voix.
«Ça change la vie. Il y a plus d'avantages que d'inconvénients, mais prendre des photos dans le rayon des surgelés à l'épicerie, c'est autre chose. Et en même temps, c'est tellement d'amour qu'on se sent bien mal de refuser ça...», observe-t-il.
Actuellement, ses réflexions vont bon train à savoir s'il sera coach de nouveau pour la prochaine cuvée de La Voix. «Je me dépêche à réfléchir car ça va arriver vite», dit-il. «Ma décision n'est pas encore prise et le questionnement se fait par rapport à mon emploi du temps. Je pourrais avoir le désir de retourner dans mes pantoufles.»
Avec quelques mois ce recul, Louis-Jean Cormier regarde son expérience sur ce plateau comme une aventure étrangère. «Sur cette émission, j'ai l'impression d'avoir fait un métier différent. L'expérience me sortait de mes souliers, mais je ne veux pas non plus que mon personnage d'auteur-compositeur soit collé à La Voix», dit-il.
D'ailleurs il a beau aimer beaucoup les jeunes de la relève qu'il a rencontrés là-bas, il ne se sent pas le devoir d'en faire plus. «Je vais les aider, les parrainer, les conseiller, mais je n'ai pas le sentiment de devoir les chouchouter pour le reste de ma vie», note-t-il.
Évidemment, il se fait poser la question souvent concernant son poulain, Rémi Chassé, qu'il a justement croisé dernièrement. Si son candidat finaliste lui demandait de réaliser son album, Cormier prendrait sa décision en fonction du matériel qui lui serait proposé, et de son propre emploi du temps. «Je l'aime beaucoup, mais si la question arrivait, il faudrait que j'y réfléchisse.»
La Voix lui a donné à vivre des moments de belle exaltation, mais s'il y a un revers de médaille, Louis-Jean Cormier considère que ce serait le risque de perdre pied. «Parfois, j'ai des espèces d'élans où je parle à tout le monde et tout le monde me parle et des fois, je me dis que j'ai aussi le droit de retourner chez moi après un spectacle. L'idée d'être toujours accessible...», hésite-t-il. «Mon rapport avec mes enfants et ma famille est important. Je ne voudrais pas avoir de la difficulté à avoir une vie personnelle.»
Et l'auteur-compositeur-interprète aime bien relativiser les choses.
«L'atout que j'ai, c'est les dix-sept années que j'ai faites dans ce métier et la progression lente que j'ai connue. Il m'est arrivé de constater qu'on était plus nombreux sur scène que dans la salle. J'ai joué devant des salles de quinze personnes et, encore aujourd'hui, je vois tout plein d'amis qui font des disques magistraux et qui sont déficitaires.... Cette situation nous guette tous, tout le temps.»