Le navire de croisière Adventure of the Seas accosté au port de Philipsburg, à Saint-Martin.

L'officière des Caraïbes sur son géant des mers

Son fard à paupières turquoise nous fournit déjà un bon indice sur le caractère exotique de son lieu de travail. Émilie Dufresne est 2e officière à bord de l'Adventure of the Seas, un navire de la société de croisière Royal Caribbean; croisière comme dans vogue, vogue mon joli géant des mers et Caraïbes comme dans îles tropicales, plages de sable fin et daïquiri à l'ananas. Soupirs d'envie.
Quinze ponts, neuf restaurants, quatre piscines, six bains à remous, une patinoire, un casino, des discothèques, un théâtre de 1350 places, un minigolf, un mur d'escalade, une piste de jogging, un terrain de basket, une bibliothèque sur deux étages, 17 salons et un hôpital avec deux médecins et trois infirmières. Et pour terminer, plus de 4000 oeuvres d'art totalisant une valeur de 12 millions $.
Bienvenue à bord de l'Adventure of the Seas où 1185 membres de l'équipage veillent jour et nuit au confort des 3114 passagers qui mènent la grosse vie sur un monstre de 138 000 tonnes, trois fois plus long que le Titanic. Vitesse de croisière: 22 noeuds sans iceberg à l'horizon.
Pour les chanceux qui viennent de faire relâche scolaire sur ce radeau de luxe, sachez qu'Émilie n'y était pas. Elle était en vacances à Shawinigan, parmi les siens. Dès demain par contre, la jeune femme de 24 ans sera de retour dans ses quartiers où du haut de la passerelle, elle s'assure que le bateau lève l'ancre dans les règles de l'art et revienne à bon port avec tous ses passagers à bord, ravis et bronzés.
Émilie Dufresne est diplômée de l'Institut maritime du Québec, à Rimouski. Elle est devenue officière de navigation au terme d'une formation de quatre ans au cours de laquelle elle a appris un million de choses essentielles: calculer les tirants du navire, la quantité de marchandise pouvant être transportée, le positionnement avec les étoiles, l'utilisation des appareils électroniques, des cartes marines et des instruments, comment sont construits les navires, les manoeuvres pour éviter les abordages, les phénomènes météorologiques, etc. «Les cours en navigation sont très difficiles parce qu'il y a beaucoup de par coeur. Ça prend de la persévérance!», affirme Émilie Dufresne.
Les stages en mer font également partie du programme collégial. En 2009, la Shawiniganaise s'est rendue à bord d'un navire de marchandises générales jusqu'à Thule, la base de l'armée américaine située au nord-ouest du Groenland, avant d'effectuer en 2012 son stage de cadet de pont sur l'Explorer of the Seas, également un bateau de croisière Royal Caribbean. Cette période d'essai s'est avérée concluante puisqu'en janvier 2013, Émilie Dufresne a décroché l'emploi de ses rêves sur l'Adventure of the Seas.
La jeune femme s'assure que le mastodonte flottant garde le cap, peu importe les vents et marées. Formée pour réagir en toutes circonstances, Émilie est partout sauf sur les ponts, à se la couler douce avec les passagers. À la timonerie, la 2e officière assiste le capitaine, mais elle est aussi responsable de l'entretien des équipements et de la sécurité. D'innombrables inspections font partie de sa description de tâches.
«Les gens s'imaginent parfois que le bateau avance tout seul, mais il y a tous les officiers pour aider le capitaine dans ses manoeuvres», rappelle celle qui retrouve parmi les membres de l'équipage une véritable famille composée de 56 nationalités. Elle travaille entre 8 et 10 heures par jour, sept jours sur sept, pendant quatorze semaines consécutives avant de bénéficier de quatorze semaines de congé.
Lorsqu'elle est en fonction, Émilie Dufresne va où bon lui semble pour effectuer ses contrôles de routine, mais durant ses heures libres, ses accès sont contrôlés pour des raisons évidentes de hiérarchie et de discrétion. Vous ne la verrez pas en train de se prélasser sur le bord d'une piscine, encore moins au casino où seuls le capitaine et le directeur du bateau ont leurs entrées.
Émilie Dufresne profite des escales pour visiter un peu, mais avant tout pour s'assurer que tous les membres de l'équipage sont prêts à réagir advenant un incendie, une collision, un échouement ou un déversement. Des exercices ont lieu chaque semaine et chaque mois, incluant la simulation de l'abandon du navire. Tous les radeaux de sauvetage sont alors mis à l'eau, question de vérifier leur étanchéité.
Dans quelques heures, Émilie larguera les amarres jusqu'à l'été. La 2e officière adore son travail qui lui permet d'admirer des couchers de soleil incroyables. Il lui arrive même d'apercevoir une lueur verte autour du soleil. «Ça dure quelques secondes seulement, mais c'est comme la scène du film Le pirate des Caraïbes, quand le ciel devient vert!», s'exclame-t-elle avec bonheur avant de poursuivre sur la beauté éblouissante des nuits étoilées. Gros soupirs d'envie.