François Legault était de passage dans la région cette semaine pour annoncer qu'un gouvernement de la CAQ créerait 7600 emplois en quatre ans à Bécancour et le même nombre à Trois-Rivières. On le voit sur la photo, lors de sa visite, en compagnie de sa femme, Isabelle Brais.

Les promesses de milliers d'emplois sont irréalistes

Un gouvernement de la Coalition avenir Québec créerait 7600 emplois en quatre ans à Bécancour, et le même nombre à Trois-Rivières durant cette période. Le candidat péquiste dans Maskinongé, Patrick Lahaie, s'engage à créer et consolider 1000 emplois dans son comté. À Trois-Rivières, autant le libéral Jean-Denis Girard que le péquiste Alexis Deschênes visent le plein emploi d'ici les prochaines années.
<p>L'économiste et professeur à l'UQTR, Frédéric Laurin.</p>
Les annonces en matière de création d'emplois se sont multipliées dans la région au cours des derniers jours. Pour une région qui, selon les données annuelles de Statistique Canada, a perdu 12 000 emplois en deux ans, de telles perspectives peuvent paraître attirantes. Mais sont-elles réalisables?
«Aucun de ces chiffres n'est réalisable», répond l'économiste Frédéric Laurin de l'UQTR. Selon lui, ces promesses sont trop grosses par rapport à la population active. Parce que quand on parle de création d'emplois, fait-il remarquer, on parle d'un chiffre net, et qu'il faudra donc en créer encore bien davantage pour compenser ceux qui seront perdus durant cette même période.
Selon Frédéric Laurin, les politiciens ont tort de promettre la création d'emplois, car c'est davantage l'entreprise privée qui créera la majorité des emplois. Il appartient par contre aux partis politiques d'expliquer de quelle façon ils comptent mettre en place des stratégies favorables à la création d'emplois. Et afin d'être proactif, le gouvernement doit agir comme chef d'orchestre, plaide le spécialiste.
«On a eu plusieurs annonces positives d'implantation d'entreprises dans les dernières années. Est-ce que les sous-traitants qui sont présents dans la région sont au courant des possibilités de contrats, et donc d'emplois, pour eux? C'est notamment le rôle du gouvernement de veiller à ce que l'information circule bien et que les besoins dans les différents secteurs soient connus», mentionne M. Laurin.
Quant à l'atteinte du plein emploi, soit moins de 5 % de taux de chômage, M. Laurin ne croit pas non plus que ce soit réalisable. «Il y a beaucoup de chômeurs qui ont un niveau de formation très faible. De ce nombre, plusieurs sont âgés et donc très peu disposés à se réorienter. Ça complique les choses», convient-il.
Pour l'économiste, une stratégie de développement économique ne vaut rien si elle ne passe pas d'abord par une stratégie de développement régional. «Si un parti pouvait proposer quelque chose en fonction des caractéristiques de la région, peut-être que ça pourrait fonctionner», fait-il remarquer.
À titre d'exemple, il analyse le projet Saint-Laurent, le grand projet de développement économique de la Coalition avenir Québec. «C'est un bon projet, mobilisateur, mais le diable est dans les détails. Concrètement, on souhaite faire une Silicon Valley de la vallée du Saint-Laurent. La différence, c'est que Silicon Valley se traverse en voiture en à peine une heure et demie. Un espace restreint pour faciliter la transmission de l'information et la coopération entre les entreprises va générer de l'innovation. Mais on veut implanter ça sur une distance de près de 900 km. Ça me paraît difficile», mentionne Frédéric Laurin.
Analyse des programmes
Ce dernier a procédé à l'analyse des différents programmes économiques des partis politiques, une analyse qu'il devrait rendre publique au cours des prochaines heures. Et selon M. Laurin, ce sont les libéraux et Québec solidaire qui obtiendront la pire note au niveau du programme de développement économique.
«Pour les libéraux, c'est tout simplement déplorable. Qu'on ramène le Plan Nord, d'accord. Mais à part ça, il n'y a presque rien. On ne peut pas baser l'économie d'une province sur l'exploitation des ressources naturelles. On se croirait au début des années 1900. Aujourd'hui, le développement passe par l'innovation, et si on ne développe pas aussi dans le sud, on va le regretter dans 15 ou 20 ans», avance-t-il.
Quant à Québec solidaire, Frédéric Laurin reproche au parti de démoniser l'entreprise et craint que d'excellentes idées du programme soient éclipsées par ce genre de position. «Oublier que 80 % de l'économie du Québec est créée par la PME, c'est ne rien comprendre au développement économique. Il y a une façon économiquement intelligente d'être très à gauche. Et le programme contient de bons éléments, comme étendre l'assurance parentale et la retraite universelle à un plus grand nombre de gens. Mais ceci risque d'être masqué par le reste», craint-il.
M. Laurin qualifie le projet Saint-Laurent de la CAQ comme étant un plan qui permet à la fois de regrouper le développement économique tout en parlant d'environnement et de développement durable. Mais il répète que le «diable est dans les détails», et qu'un tel modèle peut difficilement s'appliquer sur une si grande distance.
Finalement, il estime que le programme économique du Parti québécois est très complet, étant donné qu'il est calqué sur les politiques mises en place par le parti avant le déclenchement des élections. Toutefois, il prévient que le problème est dans l'application. «On fait le développement économique à coups de milliards investis par l'État. Il peut aussi y avoir de la réorganisation sans que ça coûte des milliards. Par ailleurs, j'ai peur à la bureaucratie dans ce genre de plan économique, car la bureaucratie peut parfois faire peur aux entrepreneurs», constate-t-il.
Variation des emplois en Mauricie (2009-2013)*
Population active    125 400    118 600    (-6800)
Emplois    113 400    107 400    (-6000)
Emplois à temps plein    89 600    84 500    (-5100)
Emplois à temps partiel    23 800    23 000    (-800)
*Source: Institut de la statistique du Québec