André Robitaille, spécialiste en foresterie urbaine.

Les frênes pourraient disparaître à Trois-Rivières

À elle seule, la Ville de Trois-Rivières possède environ 1200 frênes. Malheureusement, ces derniers sont appelés à disparaître du paysage, au cours des prochaines années, puisqu'un insecte nuisible d'origine asiatique, l'agrile du frêne, devrait faire son apparition en Mauricie vers 2015 ou 2016 au plus tard, prévoit André Robitaille, propriétaire de Service d'arbres Robec et consultant en foresterie urbaine dont la spécialité est le diagnostic d'insectes et de maladies des arbres.
Se fiant aux cartes gouvernementales qui dépeignent la progression rapide de l'agrile du frêne au Québec, André Robitaille estime que la Mauricie n'échappera pas à cette invasion qui devrait faire autant de ravages chez le frêne que la fameuse maladie hollandaise avait infligés aux ormes, il y a plusieurs années. «C'est rendu pas très loin du lac Saint-Pierre», dit-il.
C'est par le transport du bois de chauffage et du bois d'oeuvre, notamment, que l'insecte arrive à accélérer sa propagation, explique M. Robitaille.
«Ça nous inquiète au plus haut point», reconnaît le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant.
C'est qu'à part le pic-bois, l'agrile du frêne n'a pas de prédateur au Québec et il n'y a pas de traitement connu pour soigner un arbre infesté.
André Robitaille indique qu'il existe toutefois un produit permettant de faire de la prévention, le TreeAzine, un insecticide à base de plante appartenant au Service canadien des forêts et développé en collaboration avec BioForest.
Le produit, qui est injecté dans l'arbre comme une sorte de vaccin, est efficace en prévention et peut avoir des effets au tout début des premiers symptômes, indique M. Robitaille. Bien qu'efficace, «le produit est cher», précise-t-il. Le coût d'un traitement varie entre 100 $ et 500 $ par arbres... et il faut l'administrer aux deux ans.
Pour ce consultant en foresterie urbaine, il est clair qu'il faut donc privilégier les arbres à valeur patrimoniale ou de grande valeur.
Les spécialistes du service horticole de la Ville de Trois-Rivières ont regardé ce qui s'est fait ailleurs au Québec, jusqu'à présent, là où l'insecte a déjà fait des ravages et il semble clair qu'il y a peu d'espoir de sauver les frênes trifluviens, constate M. Toutant. «La majorité ont coupé et brûlé les arbres pour empêcher la propagation», dit-il.
La Ville s'attend donc à devoir remplacer les 1200 de ses arbres graduellement. Yvan Toutant indique que Trois-Rivières optera alors pour une grande diversité d'arbres afin que si une autre maladie ou un autre insecte venait à s'attaquer à une autre essence, il restera toujours d'autres arbres pour enjoliver les rues et les parcs.
La décision est sage, estime André Robitaille. Ce dernier rappelle qu'il y a 40 ou 50 ans, la Ville de Windsor avait dû abattre une très grande quantité d'ormes, à cause de la maladie hollandaise et les avait tous remplacés par des frênes. Aujourd'hui, cette Ville se retrouve à nouveau dégarnie.
À Trois-Rivières, c'est devant le Ludoplex et sur le boulevard Gene-H.-Kruger qu'il semble y avoir la plus grande concentration de frênes. Fort heureusement, ils ne comptent que pour moins de 2 % des arbres du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Ils sont aussi peu nombreux au Grand Séminaire de Nicolet, mais peut-être un peu plus présents à l'Île Saint-Quentin «car ils aiment l'eau», indique M. Robitaille. On en trouve aussi beaucoup sur la rive sud, près du fleuve où ils poussent en milieu forestier.
Si un frêne présente des symptômes de détérioration de sa cime, il vaut mieux consulter rapidement, dit-il.